Bibliographies > Jeanne d'Arc

Les analyses présentées ci-dessous concernent les livres acquis par le Centre Jeanne d'Arc depuis 1990.

AKISATO (W.), Bon courage, pucelle !, 4 volumes, Tokyo, Shogaku-kan, 1995-1996.

Un écrivain japonais, qui écrit des romans sur Jeanne d'Arc, nous a fait cadeau d'une série de mangas. Un manga est une bande dessinée, la plupart du temps en noir et blanc, représentant des personnages japonais sous des traits occidentaux, mais dans un environnement japonais. Notre visiteur a heureusement pris la précaution de nous résumer l'intrigue de ces mangas, et de nous préciser qu'ils se lisent de droite à gauche. Dans celui-ci, deux étudiants, Yuri Kodo et Takatoshi Midai, sont les réincarnations de Jeanne d'Arc et de Charles VII : lorsqu'ils tomberont amoureux l'un de l'autre, l'âme des meurtriers de Jeanne sera sauvée. Un étudiant français, ami de Takatoshi, est en fait l'archange saint Michel, chargé de veiller sur eux. L'histoire se passe de nos jours et elle paraît assez compliquée, avec intervention de divers démons et petits anges. La fin n'est pas très claire : les deux tourtereaux n'ont pas l'air de vouloir consoler les mânes de Pierre Cauchon. S'il s'agit bien de lui, car l'auteur semble se référer à la pièce de Schiller, dans laquelle la Pucelle meurt sur le champ de bataille dans les bras de Charles VII.


AMAKAWA (S.), Jeanne d'Arc, Tokyo, Kadokawa Shoten, 1995.

Encore un manga populaire, en noir et blanc, racontant l'histoire de Jeanne d'Arc en quelques épisodes : Vaucouleurs, Chinon, Orléans, Reims, Compiègne et Rouen. Seule invention : Louis de Coutes réussit à pénétrer dans la prison de Jeanne pour encourager celle qu'il aime de tout son cœur.

Un visiteur japonais nous a fait don de deux mangas sur Jeanne d'Arc. Un manga est une bande dessinée, la plupart du temps en noir et blanc, représentant des personnages japonais sous des traits occidentaux, mais dans un environnement japonais. Notre visiteur a heureusement pris la précaution de nous résumer l'intrigue de ces mangas, et de nous préciser qu'ils se lisent de droite à gauche. Dans celui-ci, deux étudiants, Yuri Kodo et Takatoshi Midai, sont les réincarnations de Jeanne d'Arc et de Charles VII : lorsqu'ils tomberont amoureux l'un de l'autre, l'âme des meurtriers de Jeanne sera sauvée. Un étudiant français, ami de Takatoshi, est en fait l'archange saint Michel, chargé de veiller sur eux. La fin n'est pas très claire : les deux tourtereaux n'ont pas l'air de vouloir consoler les mânes de Pierre Cauchon. S'il s'agit bien de lui, car l'auteur semble se référer à la pièce de Schiller, dans laquelle la Pucelle meurt sur le champ de bataille dans les bras de Charles VII.

ANONYME, Jeanne d'Arc, Monaco, édition du Rocher, 144 p.

Voilà le degré zéro de la biographie de Jeanne d'Arc : pas de nom d'auteur, pas de table des matières, pas d'index, une illustration abondante certes mais souvent anachronique et coupée n'importe comment, avec un crédit photographique réduit à sa plus simple expression et des légendes bien succinctes, pour ne pas dire pauvres. Un texte limité à l'essentiel, sans explication aucune : des faits, des dates, des paragraphes réduits parfois à une seule phrase : sujet, verbe, complément. Peu de choses, en vérité, mais, il faut bien le reconnaître, pas non plus beaucoup d'erreurs flagrantes. Bref, si vous ne connaissez pas l'histoire de Jeanne d'Arc, ce petit livret ne vous permettra pas de comprendre grand chose, et si vous la connaissez, il ne vous apprendra rien. Inodore et sans saveur, on n'arrivera pas non plus à le retrouver dans nos collections au milieu de la soixantaine d'autres ouvrages anonymes intitulés Jeanne d'Arc que nous possédons déjà.


ANONYME, Jeanne d'Arc par elle-même, histoire de Jeanne d'Arc dictée par elle-même à Ermance Dufaux, Philman, L'étang-la-ville, 1999, 205 p.

Réédition d'un roman paru en 1855, mais publiée cette fois, par L'union spirite française et francophone (sic), dont l'intitulé semble être un gag en lui-même. Jeanne d'Arc par elle-même fait partie de ces romans à la première personne dont les éditeurs ne feignent pas, d'habitude, de croire que c'est le héros lui-même qui l'a rédigé. Mais il faut croire que la personnalité de Jeanne d'Arc ne favorise pas, chez certains, l'usage de la réflexion. Au demeurant, il s'agit là probablement d'un des premiers romans rédigés sur le personnage, dans un style qui sent encore l'inspiration du XVIIIe siècle, à une époque où Jeanne était encore davantage connue par le poème de Voltaire que par le recueil de Quicherat, qui venait pourtant d'être entièrement publié, à peine six ans plus tôt. C'est en tous cas à un auteur savant que nous devons ce roman généralement mal connu, mais qui n'est pas à rejeter d'emblée en raison de l'usage tardif qui en est fait. L'auteur est savant quoique anonyme - et tenait à le rester comme le pseudonyme "du-faux" tend à le montrer - et s'il ne s'agit pas de Quicherat lui-même, alors le nom de l'auteur est à chercher du côté de Vallet de Viriville et des autres érudits latinistes et bon connaisseurs de l'histoire de Jeanne d'Arc, à une époque où les sources latines n'étaient pas encore traduites. Si l'œuvre est symptomatique d'une époque qui faisait encore jouer un grand rôle à une Agnès Sorel qui devait alors avoir en réalité à peu près huit ans, c'est surtout une mise en roman de quelques chroniqueurs et du procès de condamnation, bref une vulgarisation qui n'est parfois pas sans allure.

BADIOU (A.), CHANTRE (B.), DELAY (F.), FINKIELKRAUT (A.), " Les France de Péguy et Jeanne d'Arc. Nationale, révolutionnaire et chrétienne, la Jeanne d'Arc de Charles Péguy, cent ans après ", Esprit, n° 238, décembre 1997, p. 11-43.

Joli, mais un peu creux : sur une Jeanne imaginaire, rêvée au travers de la pièce de Péguy et des souvenirs d'école, quatre auteurs font pleuvoir des rafales de citations qui achèvent de brouiller l'image qu'on en peut avoir. C'est bien dit, joliment écrit, mais cela n'apporte pas grand chose sur Jeanne, et puis, cela n'encombre pas l'esprit. A la demande de Benoît Chantre (éditeur de Péguy), Alain Finkielkraut (philosophe), Alain Badiou (philosophe de l'histoire) et Florence Delay (dramaturge et romancière) devaient exposer les trois figures de Jeanne, nationale, révolutionnaire et chrétienne. Notons que seule Florence Delay, peut-être parce qu'elle avait joué le rôle de Jeanne d'Arc dans le film de Robert Bresson, semble avoir pris la précaution de lire Péguy et le procès de Jeanne d'Arc avant de parler de la Jeanne de Péguy. En revanche, ceux qui travaillent sur l'image de Jeanne, littéraires et historiographes, seront ravis de cette nouvelle pâture qui en dit plus sur l'idée que nos contemporains ont de Jeanne que sur tout autre chose.

BAGLIOLO (G.), Giovanna d'Arco, Milan, Bur, 2001, 255 p (coll. Super saggi).

C'est la réédition sans mise à jour d'un ouvrage paru en 1986 (Milan, Rizzoli), grâce à la sortie du téléfilm de Duguet dont l'actrice figure sur la couverture avec les sous-titres : "Elle sauva la France et fut brûlée comme sorcière. Histoire d'une femme symbole de la Liberté". C'est un travail assez terne et classique, au plan chronologique sans surprise et aux topoi parfaitement attendus. Une chronologie, un index et une bibliographie classique et internationale complète ce qui peut être pour les Italiens une introduction sérieuse en dépit d'une couverture racoleuse.

BEATH (A. R.), Robert Southey's Joan of Arc : a critical Edition of the first edition (1796), thèse soutenue à la Kansas State University, 1974, U.M.I., 1995, 402 p.

Nous avons acheté cette thèse américaine qui est essentiellement une étude littéraire. Il s'agit d'une édition critique de la première édition de la Jeanne d'Arc de Robert Southey. Le titre est à première vue curieux : une édition critique de l'oeuvre de Southey aurait consisté à comparer les différentes éditions de l'oeuvre, et à donner les différentes variantes du texte à partir d'une édition choisie comme référence. Mais comment donner une édition critique à partir d'une seule édition ? Il s'agit en fait d'une édition critique des manuscrits de Southey, la première édition étant choisie comme référence. Il s'agit donc plutôt d'une réédition de la première des six versions du poème, mettant en relief les différentes étapes de sa mise au point.
Oeuvre de jeunesse de Southey (1774-1843), poète romantique anglais, Joan of Arc est inspirée par la révolution française. D'abord sensible à la condition féminine, aux souffrances du peuple et des simples soldats, Southey fut rebuté par l'impérialisme de Napoléon, et réédita par la suite son ouvrage dans une optique plus poétique et moins politique.

BENDJEBBAR (A.), Histoire de la France, Paris, Hachette, 1986, 163 p., ill., ph.

Une Histoire de France illustrée à l'usage des enfants : Jeanne d'Arc apparaît aux pages 62-63.

BENSAÏD (D.), Jeanne de guerre lasse, chronique de ce temps, Gallimard, 1991, 295 p.

Jeanne intervient dans la vie de l'auteur entre le 8 et le 30 mai. Dialogue véhément, brouillon et lié à notre actualité. Dix ans après, il faut des notes explicatives. Livre d'auteur et d'humeur, dans lequel Jeanne parle de ce qui touche l'auteur plus que d'elle-même. Dans un sens cela vaut mieux : on comprendrait mal qu'elle parle en de tels termes de Thérèse de Lisieux.

BON (L.), Jeanne d'Arc et la musique au XXe siècle à travers l'oratorio d'André Jolivet "La vérité de Jeanne", Mémoire de maîtrise de musicologie réalisé sous la direction de Mme Janine Cizeron, Université Lumière-Lyon II, 1994, 183 p.

André Jolivet avait été chargé de composer un oratorio pour le 500e anniversaire de la réhabilitation, c'est ici la genèse et la forme de l'œuvre qui sont étudiées, après une brève présentation historique du personnage et du mythe et le rappel des diverses commandes musicales depuis 1909. C'est sur la suggestion d'Antoine Golea que Carl de Nys, chargé du programme des fêtes du 20 mai 1956 dans les Vosges, demanda à Jolivet un oratorio. Ce dernier écrivit également le livret en trois mois et demi, en collaboration avec sa femme, d'après le Procès de réhabilitation, le Ditié de Jeanne d'Arc, les Vigiles de Martial d'Auvergne, Gerson, un poème de Charles d'Orléans. L'œuvre fut créée par l'orchestre et les chœurs de la R.T.F. (et Jane Rhodes, Bernard Demigny, Jean Giraudeau, etc.) devant la maison de Jeanne à Domrémy. L'analyse musicale montre la grande place offerte au chœur, le leitmotiv qui "porte" Jeanne, et la variété des inspirations : grégorien, folklore et motifs atonaux. L'ensemble aujourd'hui paraît presque classique.

BONNAIRE (S.), Le roman d'un tournage, Jeanne la Pucelle, Paris, Lattès, 1994, 127 p.

Avant, pendant, après. Quelques pages de réflexions et de sensations d'une actrice à qui on a proposé un des rôles écrasants du répertoire... Jeanne d'Arc. Ses connaissances sont succinctes, elle le reconnaît et l'assume. Ce qui est finalement le plus intéressant pour nous est, à propos du personnage de Jeanne, la prise de conscience de sa jeunesse, thème qui revient à plusieurs reprises ; et sur l'art du comédien de cinéma : le décousu. On est loin, pourtant, dans la forme comme dans le fond, des confessions des actrices américaines interprètes de B. Shaw.

BONO (E.), I Templari. La grande e la piccola morte, recueil de 4 pièces en 1 acte, Microart's Edizioni S.P.A., 1986, Italie, 184 p. (en italien).

Cette pièce, éditée en Italie, nous fut, sur notre demande, gracieusement envoyée par l'auteur. Le rideau se lève sur la matinée du 30 mai 1431. Jeanne attend son exécution, lorsque Cauchon vient la soumettre à une dernière tentation : Charles VII ayant payé sa rançon, Jeanne est libre, elle sera enfermée dans un couvent, où elle subira lentement la mort mesquine de l'enfermement, au lieu de la grande mort brutale sur le bûcher. Pour ne pas déconsidérer l'Eglise, qui a déjà rendu son jugement, on brûlera à la place de Jeanne une autre condamnée. D'ailleurs cette remplaçante est déjà là, on l'enferme avec Jeanne d'Arc pour que la comédie soit plus véridique. C'est une vraie sorcière, elle a mérité cent fois la mort, elle-même n'attend que cela, pour se libérer d'elle-même et de ce qu'elle a fait. Pourtant Jeanne gardera sa place, pour accomplir son destin sur le bûcher, pour ne pas devoir la vie à la mort d'une autre, parce qu'elle préfère la grande mort à la mort mesquine.

BORDONOVE (G.), Jeanne d'Arc et la guerre de Cent Ans, Paris, Pygmalion, Gérard Watelet, 1994, 451 p.

Après avoir, dans la série "Les rois qui ont fait la France", rédigé la biographie de tous les souverains français (à l'exception de Jean Ier le Posthume), M. Bordonove s'attaque aux grands mythes historiques : les croisades, les cathares, les templiers, Jeanne d'Arc. Partant d'une bibliographie étendue bien qu'hétéroclite et parfois hors d'âge, l'auteur réalise là une œuvre de vulgarisation tout à fait correcte, sans parti-pris visible, quoique rédigée sur un mode tantôt héroïque et tantôt tragique. On ne peut toutefois considérer ce livre comme un ouvrage de référence : rédigé sans index ni renvoi aux ouvrages utilisés, il doit être lu d'un bout à l'autre, comme un roman. Notons tout de même une certaine imprécision dans les détails : entre autres choses, emporté par l'enthousiasme, l'auteur fait ainsi déclarer à Jeanne qu'elle "aimerait mieux être décapitée dix fois que d'être ainsi brûlée" (p. 297); c'est trois de trop, comme on pourra le vérifier dans l'édition du témoignage de Toutmouillé établie par le père Doncœur. De même, l'archevêque d'Embrun, Jacques Gelu, est ici appelé Claude (p. 136), et le témoignage de Béatrice Estellin est attribué au curé Dominique Jacques (p. 378). On s'en offusquera ou on s'en moquera, au choix, mais si on n'a pas là une œuvre immortelle, on ne peut pas ne pas reconnaître que d'autres ont fait bien pire sur ce sujet.

BOUTET de MONVEL (M.), Jeanne d’Arc, traduit en japonais par Sumiko Yagawa, Tokyo, Holp publisher, 1973.

Un de nos correspondants japonais a bien voulu offrir au Centre Jeanne d’Arc cette belle édition de Boutet de Monvel en japonais. Nos visiteurs japonais seront ravis de trouver ce livre écrit dans leur langue.

BOUZY (O.), Jeanne d'Arc, mythes et réalités, Orléans, Ateliers de l'Archer, 1999, 191 p.

De format peu encombrant, avec des titres courants qui permettent un repérage rapide, une partie centrale consacrée à l'analyse chronologique de la vie de Jeanne, suivie de considérations historiographiques, d'annexes, d'une bibliographie et d'indices, c'est un manuel au sens propre du terme.

Le projet est de poser les certitudes historiques sur la vie et l'action de Jeanne, d'exposer certains points qui méritent de s'arrêter (le règne de Charles VII, les armoiries de Jeanne, son anoblissement, la biographie de P. Cauchon), d'attirer l'attention sur d'autres que les historiens récents ont pu éclairer (l'entrevue de Chinon grâce à V. I. Raytsès), de présenter des documents mal connus (J. Gélu), de relever des erreurs répétées sans vérifications (la bannière de Chandos). Un effort particulier a porté sur l'historiographie et offre des points de vue sur les thèmes de la bâtardise ou de la survivance. En fait, l'A. a essayé de faire un récapitulatif des questions qui sont posées au Centre Jeanne d'Arc par ses correspondants et y répond avec clarté et concision. Dans bien des cas la gageure est tenue, sans fioritures de style, avec quelques coups de pattes parfois un peu secs et peu compréhensibles aux non initiés.

Il n'est pas d'ouvrage parfait, les comptes-rendus de cette livraison le prouvent encore : les coquilles du texte sont fort nombreuses et des maladresses de style et quelques vraies erreurs apparaissent qui n'altèrent pas trop, heureusement, la bonne tenue générale de l'information (p. 15 : les brus de Philippe le Bel sont à revoir ; entre les pages 111 et 177 la date et la capture à Compiègne a changé ; p. 117 il faut comprendre que Cauchon, décédé en 1442, était déjà mort en 1456 ; p. 141 l'expédition de Louviers est du 13 avril 1431 ; p. 162, l'inauguration de la statue de Foyatier eut lieu en 1855 ; p. 164 la date et la proclamation de la Vénérabilité est le 27 janvier 1894).

CADIOU (M.), Jeanne d'Arc, émissaire secrète [sic] de la politique de la Maison d'Anjou, Opéra Editions, s.l., 2003, 207 pages.

Confus potage dont on a du mal à saisir le fil, en dehors de quelques imprécations contre le Centre Jeanne d'Arc qui "fait de l'histoire partisane, engagée (derrière l'Eglise), dogmatique, passionnelle et fielleuse" (page 10), "caisse de résonance de la pensée conformiste en cours", qui "conforte aussi bien les bons bourgeois conformistes républicains que les traditionalistes obtus de compte l'Eglise" (page 11 note 3). Il faut dire que l'auteur considère que la Jeanne de Michelet et de Régine Pernoud est "trop démocratique pour être crédible" (page 6). C'est donc une Jeanne d'Arc aristocratique, conforme aux thèses de Pierre Caze, qui est défendue ici, bien que par son titre elle semble se rattacher aux théories "bourguignonnes".
La clé de lecture se trouve à mon avis en bas de la page 158 : "d'autre part le confesseur de sainte Colette s'appelait Pierre de Vaux (qu'il ne faut pas confondre avec le chroniqueur de la croisade des Albigeois)". Pierre des Vaux de Cernay, auteur de l'Histoire albigeoise, ne peut en effet pas être confondu avec son presque homonyme : il écrivit aux environs de 1212-1218. Mais que Martial Cadiou tienne à préciser qu'il ne faut pas confondre deux auteurs séparés par plus de deux siècles d'écart donne la mesure de la confusion chronologique, mais aussi géographique et politique, dans laquelle baigne le reste de l'ouvrage. Ainsi, Christophe Colomb aurait été un corsaire au service de René d'Anjou (p. 121). Le tout baigne dans une ambiance de sociétés secrètes et ésotériques bien fatigante.

CAMPO (V.) et INFANTES (V.) éd., La Poncella de Francia, la Historia castellana de Juana de Arco, Madrid, Iberoamericana, 1997, 293 p.

La chronique dont est proposée ici une édition critique ne peut prétendre à une authentique véracité historique mais elle est représentative à la fois de la répercussion de l'épopée de Jeanne d'Arc à son époque et de la façon dont, à partir de ce qui était déjà devenu un mythe, on a pu rédiger dans la seconde moitié du XVe siècle dont il ne subsiste aujourd'hui que des éditions du siècle suivant (la première est de 1520). La Poncella raconte la ruine du royaume de France après l'assassinat du duc d'Orléans (placé ici en 1428 !), puis le meurtre du duc de Bourgogne, l'arrivée des Anglais appelés par les Bourguignons, enfin le roi de France enfermé dans Orléans. Une jeune fille du Dauphiné fait le rêve de délivrer le roi et finit par partir avec un de ses frères pour rencontrer le souverain. Ensuite la jeune fille mène diverses batailles, emploie volontiers la ruse et l'assassinat. Prisonnière du duc de Savoie, elle est libérée, récupère l'oriflamme de saint Louis à Sainte-Catherine-de-Fierbois, se fait aider par la flotte du roi de Castille pour assiéger La Rochelle, victoire qui prélude à une reconquête de la partie médiane du royaume et finalement à la reprise de Paris. La Pucelle, après avoir refusé le duché de Berry et toutes les plus flatteuses demandes en mariage, coule ses jours en étudiant la vie des héros antiques et en donnant des conseils éclairés aux souverains d'occident. Au chapitre XII, (p. 143-144) nous avons une description physique de la Poncella, car l'auteur prétend l'avoir vue en France peinte de façon très fidèle par un excellent peintre : elle aurait été très grande et très forte, le visage masculin (mas veronil que dama) elle avait donc les yeux jaunes (los ojos tenia amarillos) et les cheveux très longs et blonds (los cabellos muy largos et rovios), flottant librement, et qui lui servaient de signe de reconnaissance dans les combats.
En dépit de ses fantaisies qui en rendent le décryptage des plus hasardeux, ce texte (excellemment analysé en 1990 par Adeline RUCQUOI dans le Journal des savants) ouvre de riches perspectives de recherche : la réception de Jeanne d'Arc à la Rochelle et dans le nord de la Guyenne, l'iconographie de la guerrière aux cheveux longs et répandus, la reconnaissance de Sainte-Catherine de Fierbois comme lieu de fidélité royale, et enfin les sources possibles de la Jeanne d'Arc de Shakespeare.
Cette édition qui sort de l'opprobre un texte intéressant pour l'historiographie de La Pucelle, avec sa copieuse introduction et ses notes abondantes et éclairantes est donc très bienvenue.

CARDINI (F.), Giovanna d'Arco, Milan, Mondadori, 1998, 195 p.

Le grand médiéviste italien contemporain offre une nouvelle version de son travail sur Jeanne, qui était paru à Florence en 1998. Il a choisi pour cela de très beaux titres de chapitre et en particulier il ose en tête offrir "ma Jeanne", c'est à dire une analyse objective et une vision subjective de son sujet : un personnage extraordinaire, une "lionne" au combat et devant ses juges . Les chapitres s'articulent autour des mois de mai : "le mai des fées", "le mai de la gloire", "le mai du feu", ce n'est totalement neuf mais soutenu avec un talent peu ordinaire. En ce qui concerne la mission de Jeanne, il rappelle le rôle émotionnel joué par la résistance du Mont-Saint-Michel connu au fond des campagnes fidèles au roi, et aussi, ce qui n'est pas contraire, "le moment magique et fragile, magnifique et terrible" propre à la puberté, ici, si Cardini commet l'erreur, liée à la transcription erronée de Quicherat, de dire que dans le jardin de Domremy, Jeanne était à jeun la veille du jour où elle entendit les voix, il rappelle à juste titre que les conversations sacrées étaient un thème courant du christianisme.
Il faut surtout remarquer l'intelligence avec laquelle sont indiquées les fêlures qui apparaissent dans le camp royal dès les lendemains de Patay et se poursuivent jusqu'à la prise à Compiègne (chap.5 "triomphe et chute"). L'auteur passe aussi un long moment à interroger les rares témoignages sur les haltes de la captivité période où fut mise en place la structure du tribunal, dont les tenants et aboutissants sont clairement expliqués. L'interprétation du procès est très proche, ce qui ne saurait étonner, des vues de Georges Duby, et il accorde un place particulière, favorable à Jeanne aux dominicains de l'Inquisition, suivant peut-être un peu facilement la déposition postérieure de Martin Ladvenu. La question de l'abjuration du 24 mai est notée comme demeurant fort confuse, ce qui est reconnaître une limite aux explications que peuvent donner les historiens.
Le chapitre final et attendu sur le(s) mythe(s) autour de Jeanne d'Arc est une très correcte mise au point, à l'usage des Italiens et donc pour nous intéressante car dépassionnée de ce qui obère l'opinion française, en particulier tout un passage sur les théories "médicales" qui se termine sur la phrase lapidaire ; "[toutes] balayant (ou ignorant tranquillement) les horizons mentaux du XVe siècle". Cardini nous apprend aussi que l'Italie de 1998 a pu assister aux représentations d'une Jeanne d'Arc de Lucca Fontana, confrontation entre le spiritualisme new age et la résistance institutionnelle cléricale.
La conclusion est à la fois attendue et ouverte : Jeanne reste un passionnant mystère.
A noter la très remarquable bibliographie pour un livre qui se veut grand public.


CARPENTIER (E.)
, Enfants d'Alsace et de Lorraine, illustrations de Zier, Paris, Emile Guérin, s.d., 316 p.

Il s'agissait de rappeler aux petits Français d'après 1870 que les provinces perdues avaient vu naître des héros nationaux. Le plat de couverture (dû au relieur Engel) présente déjà Jeanne d'Arc à cheval entrant à Orléans. La première histoire - avant même l'évocation de sainte Odile - est bien celle de notre héroïne, ici fermement "Lorraine". C'est un récit vif, très dialogué, en épisodes sans liens entre eux et guère historiques. Après l'enfance et un récit très détourné des origines de la mission de la jeune fille, Jeanne part délivrer Orléans. Arrivée dans la ville et après avoir lancé l'assaut final, on trouve le récit parfaitement imaginaire de la mort de Louis de Coutes dit Minguet (dont la carrière s'est poursuivie jusqu'en 1483 !) aux Tourelles. Sans doute pour préparer les jeunes Français au sacrifice patriotique ? A Rouen, c'est l'intrusion de personnages inventés ou romancés comme l'Ecossais Kannède qui complote inutilement l'enlèvement de Jeanne. La dernière phrase du chapitre : "Le nom de Jeanne d'Arc […] signifie : dévouement, confiance en Dieu, amour du sol natal et haine de l'étranger !", est, comme tout le récit, étroitement à remettre dans le contexte des années 1870-1914. Suivent les vies, également revues et corrigées d'une dizaine de personnages fort divers, du duc de Guise à Oberkampf. Une mention spéciale doit être faite à la vie d'Oberlin, un pasteur philanthrope (1740-1826), ce qui prouve que nous n'avons pas affaire à un ouvrage d'obédience catholique. Le fait mérite d'être souligné et éclaire l'absence totale de référence religieuse dans la vie de Jeanne d'Arc, ce qui pour l'époque est plutôt exceptionnel.


CHABANNE (Robert), Jeanne d'Arc ou la négation du droit, Paris, la Pensée Universelle, 1992, 177 p.

M. Chabanne exècre Jeanne d'Arc, il ne trouve en elle que "incivilité, indocilité, insociabilité, indiscipline, insoumission, insubordination, indélicatesse, insolence, indépendance, intolérance, inconscience, etc." (page 146). Pour lui, Pierre Cauchon a bien fait de la faire brûler, et l'injustice de l'histoire fait que c'est le juge qui fut finalement condamné par l'opinion. Pour dire cela, M. Chabanne a déjà écrit six livres, et fait paraître ce septième à compte d'auteur. Le livre se présente comme une longue suite de réfutations des arguments favorables à Jeanne, et la réfutation de ces arguments nécessiterait évidemment un livre aussi long que celui qu'il a écrit. Il est tout de même curieux qu'après avoir longtemps soutenu que le procès de Jeanne n'était pas un procès politique (p. 114), l'auteur finit par écrire que Cauchon n'a fait, sans la critiquer, qu'"appliquer la loi anglo-bourguignonne" (p. 161). Enfin, si pour l'auteur le procès de nullité de la condamnation est sans valeur, puisque celui de condamnation avait "l'autorité de la chose jugée" (p. 14). ne pourrait-on penser que ce sont les docteurs de Poitiers, qui avaient rendu un verdict favorable à Jeanne, qui devraient, avant tout autre, avoir l'autorité de la chose jugée. Mais l'ouvrage est avant tout polémique, et si l'on ne doit donc pas en exiger la même objectivité méthodique que celle d'un livre d'histoire, on n'est pas obligé non plus de lui accorder le même crédit.

CLAUDEL (P.), Jeanne d'Arc au bûcher, traduit en espéranto par André Cherpillod, Paris, 1939, reprint 1986, 139 p.

Inventé en 1887, l'espéranto avait pour ambition de devenir une langue universelle, en remplacement des langues nationales, afin de faciliter la compréhension entre les peuples. Elle fut très à la mode à la veille de la seconde guerre mondiale, ce qui nous vaut cette traduction. En fait, il s'agit d'une langue essentiellement de construction latine, ce qui freina considérablement sa diffusion, surtout dans les parties anglo-saxonnes et slaves de l'Europe, et empêcha complètement son développement partout ailleurs. L'idée, utopique, est maintenant abandonnée. Cette traduction, qui n'apporte d'ailleurs rien au texte d'origine, est une curiosité.

CONTAMINE (P.), De Jeanne d'Arc aux Guerres d'Italie, figures, images et problèmes du XVe siècle, Orléans-Caen, Paradigme, 1994, 288 p.

Ce recueil propose une quinzaine d'articles dont trois ont été publiés dans notre Bulletin ou lors du colloque de 1979. L'introduction, inédite, rappelle les fils conducteurs de ces travaux : une époque, un pays : le royaume de France en pleine vitalité après avoir touché le fond de l'abîme. A rapprocher plus directement de nos intérêts, une contribution parue dans Francia : "le souvenir de J.A. après le procès de réhabilitation..." qui permet de se rendre compte que les différents visages de Jeanne, la bergère, la guerrière, voire la sainte sont déjà en germe à la fin du XVe siècle. La relecture du Henry VI de Shakespeare donne l'occasion d'une mordante explication rapide de texte. Enfin, l'évocation de la longue vie de Jean d'Estouteville, grand-maître des arbalétriers de France (1410-1494) permet à l'auteur de tracer le portrait d'un seigneur normand engagé, par tradition familiale, aux côtés du roi Charles VII. Capitaine de Fécamp, puis de Harfleur, le seigneur de Torcy a un moment hésité entre le dauphin Louis et le roi, puis a rallié le souverain pour le recouvrement de la Normandie et participé aux combats de Guyenne, comme capitaine d'ordonnance. Il mena le deuil du roi en compagnie de Dunois. Lors du changement de règne son purgatoire fut assez bref, et il devint un des proches de Louis XI ; P. Contamine lui prête le mérite d'avoir su maintenir la Normandie dans la stricte obéissance. Tout cela lui fut financièrement profitable, et il resta fort tard encore en service. Au déclin de sa vie, sans enfant vivant, il fonda avec sa femme un monastère de clarisses, ce qui est en fait plutôt inhabituel.

COSSON (P.), L'insolence des coquelicots. Conte, S.L., S.D. [1998], 129 p.

Dans ce conte, la narratrice (fictive, l'auteur est un homme) raconte sa découverte d'une copie du journal de Pierre d'Arc, frère de la Pucelle. Ayant appris à écrire pendant sa captivité, Pierre a relaté les événements auxquels il a participé, du départ de sa sœur pour Chinon jusqu'à sa mort à Rouen. La narratrice tente de confronter le manuscrit (il s'agit en fait d'un copie tardive, l'original ayant disparu) et les sources de l'histoire de Jeanne, se rend au Centre Jeanne d'Arc et y rencontre un M. Nollé qui bien sûr se montre aimablement inflexible.
Un livre agréable à lire qui ne présente pas seulement une histoire romancée de Jeanne d'Arc, mais aussi son écho à notre époque.

CROUCH (I. M.), Joan of Arc and four playwrights : a rhetorical analysis for oral interpretation, thèse soutenue à la Southern Illinois University, 1971, U.M.I., 1995, 254 p.

Cette thèse tente à travers des analyses rhétoriques, de comprendre le personnage de Jeanne d'Arc tel qu'il apparaît dans les quatre pièces suivantes: "The first part of King Henry the Sixth" par William Shakespeare, "Saint Joan" par Bernard Shaw, "L'alouette" par Jean Anouilh, "Joan of Lorraine" par Maxvell Anderson. L'objectif ne se limite pas uniquement à fournir une image de Jeanne d'Arc telle qu'elle est représentée dans ces quatre pièces ; mais démontre également la valeur prise par la critique de forme à l'égard du drame, particulièrement vis à vis de l'acteur.

CURMONDO (S.), Qui était Jeanne la Lorraine ? Pucelle énigmatique, Saint-Jean-d'Angely, Ed. Bordessoules, 1996, 126 p.

Petit ouvrage publié par un journaliste écrivant sous un pseudonyme, d'un style souvent un peu trop emphatique. Les ouvrages consultés pour la rédaction sont peu nombreux, même si l'auteur a pris le soin de venir se renseigner au Centre Jeanne d'Arc. Le tableau est finalement sans surprise : Charles VII est pourri et indolent, Yolande d'Aragon hyper-active, bref il s'agit d'un énième avatar de la théorie bourguignonne qui fait de Jeanne d'Arc une machine téléguidée par les Angevins.

DREYER (C. Th.), Réflexions sur mon métier, Paris, 1997, 192 p. (Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma).

Il s'agit de la réédition d'un recueil d'articles paru en 1983. Le film "La Passion de Jeanne d'Arc" y est évoqué à partir d'un thème récurrent dans l'oeuvre de Dreyer : la "mystique réalisée" que le cinéaste revendique dès 1933 afin de faire entrer le spectateur dans sa démarche et l'amener à adhérer totalement à ce "triomphe de l'âme sur la vie". Dreyer insiste sur le refus de tout embellissement des décors aussi bien que des visages. Plus loin, il défend l'historicité des casques d'acier des Anglais et les lunettes d'écaille d'un des juges et en même temps prône une simplification qui ne vise qu'au seul réalisme psychologique.
Dans une partie consacrée aux témoignages est reproduit un article de 1962 du décorateurs de la "Passion de Jeanne d'Arc" (qui fut aussi celui du "Cabinet du docteur Cagliari" de Murnau) Hermann G. Würm. Celui-ci rappelle que la durée exceptionnellement longue du tournage et son coût furent liés au temps de préparation psychologique des acteurs, des non-professionnels pour la plupart, plus qu'à la reconstitution minutieuse des décors ou les frais de studio. C'est Dreyer qui insista pour des fonds unis et clairs et de rares détails visibles en gros plans. Dreyer "utilisa l'authenticité comme instrument esthétique" et seule la saignée est un raccord dont Falconetti est absente.

Espace vécu, mesuré, imaginé. Numéro en l'honneur de Christiane Deluz, Cahiers de Recherches Médiévales, 1997, n° 3, 142 p.
Ce numéro est majoritairement consacré à un bouquet de neuf articles sur le voyage, sujet de recherche de Ch. Deluz qui a tant contribué à une meilleure connaissance de Jean de Mandeville, l'auteur qui fit rêver longtemps aux pays d'orient. Le cahier contient également des Varia, celles-ci portent sur deux aspects de l'histoire de Jeanne d'Arc. F. Michaud-Fréjaville revient sur la façon dont les chroniques du XVe siècle ont considéré la peine des hérétiques infligée à Jeanne. On sait que le premier bûcher médiéval antihérétique fut dressé pour des chanoines d'Orléans en 1022. Que pouvait signifier pour ses détracteurs et pour ses partisans une peine qui était tout à la fois anéantissement et purification? J.-F. Kosta-Théfaine réexamine la composition du Ditié de Jeanne d'Arc de Christine de Pisan à la lumière du symbolisme des nombres, article difficile et sans aucun doute sujet à polémique de spécialistes.

FAUCHON (F.), PUYO (J.), SCHIFRES (A.), Jeanne Insolite, Les éditions Spirales et Claude Lefort imprimeur, Orléans, 1992, 60 p., phot.

Le texte d'Alain Schifres, que l'on peut trouver ou spirituel ou indigent, est moins bien, de toutes façons, que les photographies. Les fêtes de Jeanne d'Arc à Orléans sont prises sur le vif, d'un objectif sensible au cocasse, à l'imprévu voire à l'irrespect envers les autorités, mais jamais méchant, ni vulgaire.

Fresh Verdicts on Joan of Arc, sous la direction de Bonnie Wheeler et Charles T. Wood, New York et Londres, Garland Publishing, 1996, 317 p. Recueil des actes du colloque de Kalamazoo.

On y trouve essentiellement des articles de professeurs américains en littérature médiévale, française ou anglaise.

FRANCE (A.), Vie de Jeanne d'Arc, Orléans, Atelier de l'Archer, 1999, 527 p., ill.

On n'avait pas réédité l'ouvrage d'Anatole France depuis 1949, et c'est bien dommage, puisqu'il s'agit de la biographie de Jeanne d'Arc la plus lue et la plus éditée dans le monde. D'autre part la démarche de l'auteur est celle d'un honnête homme qui cherche à se faire une idée du personnage historique à une époque (1908) où Jeanne est au carrefour de toutes les luttes politiques, situation qui ne favorise pas une analyse sereine et impartiale des documents. Qu'il soit honnête au point de mettre finalement de côté ses a priori de départ n'empêche pas la présence d'un certain nombre de scories, au premier rang desquelles cette idée préconçue sur la manipulation de Jeanne d'Arc par les prêtres, qui imprègne quand même la première moitié du livre. On peut aussi regretter que l'auteur n'ait pu se dégager des défaut de son temps, c'est à dire d'une part de naïveté et de maladresse en présence des documents historique, et d'une documentation un peu inégale. Il ne s'agit donc pas d'un pur joyau, mais d'une œuvre sérieuse, et qui fit date dans l'historiographie de Jeanne d'Arc. On ne perd pas son temps en la lisant, mais on n'est pas non plus obligé de l'avoir lue pour tout connaître de Jeanne d'Arc.

GARDES (G.), Histoire monumentale des deux Savoies, mémoire de la montagne, Lyon, HorvatH, 1996, 391 p., ph.

Bien que le sujet étudié ici ne soit pas Jeanne d'Arc à proprement parler, il en est tout de même question à propos de la politique du gouvernement de Vichy dans les années 1940-1944. Il semble qu'il y ait eu en Savoie non seulement la volonté de conserver les statues des héros anti-anglais, mais aussi de remplacer systématiquement toutes les statues de bronze, destinées à la fonte, par des statues de Jeanne d'Arc.

GILLON (P.), Jehanne, la Pucelle, Paris, L'écho des Savanes/Albin Michel, 1997, 110 p., bande dessinée.

En 1993, la première partie de cette histoire était parue, en couleurs, et Mme Michaud-Fréjaville en avait dit tout le mal qu'elle en pensait. Cette fois, il ne s'agit pas de la suite, mais de l'intégralité de la bande dessinée, tomes 1 et 2 confondus, mais en noir et blanc, comme si l'auteur n'avait pas réussi à s'intéresser lui-même à son histoire jusqu'à mettre en couleurs les dernières planches. Et quelle histoire ! Jeanne est amoureuse de Gilles de Rais au point qu'elle mourra en criant Gilles - et non pas Jésus comme la vraie - mais elle veut rester pucelle : nous avons donc un catalogue de toutes les positions qui permettent à Gilles d'entreprendre Jeanne de tous les côtés sans qu'elle cesse d'être vierge. Cela sent un peu la finasserie et le kama-soutra, sous le patronage, revendiqué mais lointain, de Voltaire et de Michel Tournier. On ne va pas s'énerver à critiquer un ouvrage, aux dessins finalement beaux mais froids, alors que l'auteur lui-même semble s'être ennuyé.

GOMEZ (M.), Jeanne d'Arc, légende et vérité, Cheminements, s. l., 2000, 281 p.

Il y aurait beaucoup à dire sur la somme d'inventions diverses qui figurent dans ce livre, mais il faudrait s'y reprendre plusieurs fois à chaque page, et ce serait mettre à la correction un soin et une somme de travail que l'auteur n'a visiblement pas daigné y apporter. Il s'est contenté parfois de mettre certaines affirmations en gras, sans doute pour signaler au lecteur fatigué que là se trouvait le passage intéressant, ce qui semble le dispenser de soutenir ses affirmations de la moindre référence. En tous cas, quelle imagination ! Ouvrant le livre au hasard, je tombe page 156 sur une citation de Louis de Coutes : "La nuit, Jeanne avait toujours des femmes près d'elle". Rien à redire à cette citation, sinon qu'elle se poursuit, sans aucun hiatus, par le passage suivant : "Elle avait une façon bien à elle de se faire aimer et ce n'était qu'avec regret qu'elles se séparaient de Jeanne". Le lecteur éperdu se référera en vain au témoignage de Louis de Coutes dans le Procès de nullité de condamnation, édité par Pierre Duparc, t. IV, p. 47 ; il n'y trouvera pas le reste de la citation. Quand à cette "façon bien à elle de se faire aimer", l'auteur ne cache pas que Jeanne, ayant dormi nue avec une Ninon de la Roche-Dransart dont nous sommes bien aise de découvrir l'existence, a passé une nuit dont "Dame Jeanne non plus ne l'oubliera pas". Pas étonnant qu'elle soit restée pucelle.
Il s'agit donc d'un roman, plutôt pornographique, même si le mot ne figure pas sur la couverture, roman qui commence par "Pucelle, Jeanne ! mon cul" et qui sous prétexte de revisiter l'histoire de France, nous fait suivre Jeanne dans quelques galipettes. Bien entendu, Jeanne s'entend au mieux avec Gilles de Rais, dont on nous rappelle à plaisir les goûts sodomites. Et l'auteur de conclure que cela "lui aurait procuré un plaisir nouveau dont elle ne pouvait qu'ignorer l'existence" (p.188).
A noter que, contrairement à Voltaire, Manuel Gomez n'écrit pas en alexandrins.

GUITTON (J.), Le génie de Jeanne d'Arc, Paris, Editions de l'Emmanuel, 1998, 95 p.

Réédition de l'ouvrage de 1961.

HASSE (H. S.), En la forêt de longue attente. Le roman de Charles d'Orléans, Paris, Seuil, 1991, 682 p.

Traduit du hollandais, le roman écrit en 1949 par Hella Hasse, est une biographie romanesque du prince-poète. La première phrase donne le ton de l'ouvrage : "Dans son lit d'apparat entouré de courtines vertes, Valentine Duchesse d'Orléans écoutait carillonner les cloches de Saint-Pol". Ce récit s'appuie sur des événements historiques et des personnages réels : la vie de Charles d'Orléans, neveu de Charles VI, coule au milieu des intrigues passionnées de la Cour de France, des alliances politiques entre les grands, ses oncles, et finalement des guerres qui l'entraînent : c'est Azincourt, la capture, 25 ans de détention en Angleterre. Le poète découvre son inspiration en captivité et nous apparaît mélancolique et seul. Le ton du récit est vif et palpitant et nous remet en mémoire l'histoire et les personnages de la période.

HEROLD (M.) Jeanne, rette Frankreich ! Der Auftrag der Jeanne d’Arc, Miinchen, Deutscher Taschenbuch Verlag junior, 1989, in-120, 191 p., ill..

Ce petit livre offre une présentation classique, presque du type troisième république, du personnage de Jeanne d’Arc, mais en évite toutefois les archétypes les plus éculés. A noter que son format et sa présentation en font plus un ouvrage du genre Que-Sais-Je qu’un livre «pour la jeunesse».

HILL (H.), Playing Joan, actress on the challenge of Shaw's Saint Joan, twenty six interviews, Theatre Communication Group, New York, 1987, 255 p., ill.

Nous devons à un visiteur d'outre Atlantique l'envoi de cet ouvrage. Trente six actrices - pour la plupart inconnues du public français - qui disent leur émotion à jouer l'héroïne de Bernard Shaw. L'émotion mais aussi les difficultés : des habits rugueux pour l'une, porter l'armure avec une féminine assurance pour l'autre ; trouver le ton juste pour "être sainte", et surtout, presque toutes le disent, écouter les voix sans être ridicule. Il faut ne pas être trop émue pendant le procès, brûler avec le moins de pathos possible. Toutes conservent un souvenir poignant de cette expérience théâtrale, un certain nombre étaient venues dans notre pays voir les lieux. On imaginerait avec plaisir un ouvrage semblable qui donnerait les souvenirs et impressions des actrices françaises.

L'Hostellerie de pensée. Etudes sur l'art littéraire du Moyen Age offertes à Daniel Poirion par ses anciens élèves, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1995, 511p.
De ce très remarquable florilège, nous retiendrons surtout deux contributions : celle d'E. Hicks, fort subtile, qui traque chez Christine de Pizan les stéréotypes féminins (la femme solitaire, en larmes, pitoyable aux deux sens actifs et passifs, qui n'a pas la parole, en un mot l'aliénation féminine) et leur transgression par une écriture qui n'est pas sans ambiguïté. Robert Deschaux, à travers Christine de Pizan, Martin Le Franc et Martial d'Auvergne étudie la mise en place dès le XVe siècle du personnage littéraire et populaire de Jeanne d'Arc.


HUSSTEDT (E.), Die Stimmen der Jeanne d'Arc enträtselt, kircliche Manipulation und tödliche Intrigue, Aachen, K. Kischer Verlag, 1998, 312 p.

Ce livre, rédigé d'un point de vue médical (l'auteur est médecin), s'appuie uniquement sur les actes des procès de condamnation et de réhabilitation. Il est articulé autour d'une analyse des voix et apparitions de Jeanne.
S'appuyant sur l'analyse d'Anatole France, qui en 1908, soupçonna que Jeanne avait été utilisé comme outil politique, l'auteur utilise ses connaissances en psychologie et psychiatrie modernes pour son analyse. Selon Elfriede Husstedt, Jeanne était apte à percevoir les voix de son cœur et de sa conscience, mais mentionnait aussi des voix lui ayant annoncé des choses présentes et futures qu'elle ne pouvait pas connaître. Ces informations ont donc dû lui être insufflés par quelqu'un. Le fait que toutes les prédictions de la Pucelle ne se soient pas avérées prouve d'ailleurs qu'elles ne pouvaient être d'origine divine. L'influence extérieure est évidente surtout dans la façon dont elle présente sa vocation "divine" de libérer la France de l'occupation anglaise et de faire couronner le roi légitime, et lorsqu'elle prédit sa captivité et son martyre. L'auteur estime qu'il existe certaines indications quant à l'identité de ceux qui la manipulaient : des personnes qui devaient avoir de bonnes notions de psychologie. La mort de Jeanne devait probablement empêcher la découverte de cette manipulation. Lors du procès de réhabilitation, des erreurs évidentes du premier procès furent mises à jour, ce qui confirme l'auteur dans l'idée que le procès de condamnation ne s'était pas déroulé comme il faut. On peut d'ores et déjà critiquer cette première partie en faisant la remarque que si Anatole France soupçonnait en effet l'influence de religieux dans la genèse de l'action de Jeanne d'Arc, il lui reconnaissait toutefois une indépendance et un libre arbitre qu'Elfriede Husstedt semble lui dénier complètement. Entre autres, France notait que dans certaines action Jeanne d'Arc avait fait la preuve de son indépendance d'esprit vis-à-vis des prêtres qui l'auraient suscitée, et qu'elle aurait même été capable d'aller à l'encontre de leur volonté. Sans parler même du fait que supposer l'existence ne serait-ce que de notions de psychologie au XVe siècle est un anachronisme criant, il est évident que l'auteur suppose une collusion entre les juges du procès de condamnation et leurs adversaires du parti armagnac pour supprimer les preuves de la manipulation, ce qui est une hypothèse bien difficile à défendre, d'autant qu'on ne comprend plus pourquoi les Armagnacs auraient finalement pris le risque de souligner les incohérences de la condamnation et de révéler ainsi la manipulation.
L'auteur présente ensuite les différentes causes médicales susceptibles de provoquer la perception de voix ou d'apparitions visuelles. Dans le cas de Jeanne, elle exclut une telle cause médicale. Ici se termine la partie utile et sérieuse de l'ouvrage ; on entre ensuite dans le domaine des hypothèses gratuites.
Dans le chapitre suivant, l'auteur décrit des pratiques utilisées depuis toujours par des prêtres païens et chrétiens pour tromper les croyants. Dans le cas de Jeanne, ses manipulateurs auraient utilisé le fait qu'elle avait sans une bonne ouïe, comme les jeunes en général - ce qui est une hypothèse gratuite, et qui sera bien cruelle à lire pour les lecteurs sourds de naissance - pour fabriquer ses voix en lui parlant en chuchotant, sans bouger les lèvres, comme des ventriloques, ou, dans sa captivité, en chuchotant par un trou pratiqué dans le mur - trou qui est mentionné en effet dans les sources mais qui n'avait pas été fait pour qu'elle puisse se confesser, comme l'auteur semble se l'imaginer. Les saints que Jeanne dit avoir vu et touchés auraient été joués par des personnes physiques, qui se servaient de déguisements et d'effets de lumière (lumière éblouissante, contre-jour) pour éviter d'être bien vues. Le jeûne fréquent observé par la jeune fille a dû favoriser sa perception de telles images. Pour qui maîtrise les techniques psychologiques nécessaires, il est donc possible de manipuler comme des marionnettes des personnes honnêtes et prêtes à se sacrifier. Pour finir, l'auteur conclut sur la question : combien de telles manipulations a-t-il pu y avoir dans l'histoire ?
Le livre est très structuré, avec une chronologie ainsi qu'un index des noms, mais s'appuie sur une bibliographie tout à fait sommaire, dont une partie seulement concerne Jeanne d'Arc.

HUYSMANS (J. K.), Là-bas, Paris, Booking international, Paris, 1994, 349 p.

Bien que ce roman de 1891 soit souvent cité dans la littérature johannique (y compris dans l'ouvrage évoqué plus bas de Leo Linder), il concerne plutôt Gilles de Rais.

Images de Jeanne d'Arc, Actes du colloque de Rouen, 25-27 mai 1999, sous la direction de Jean Maurice et Daniel Couty, Paris, P.U.F., 2000, 281 p.

Organisé par l'Université de Rouen à l'occasion des fêtes de Jeanne d'Arc, sous la direction tout à fait sérieuse de Gabriel Biancotto, Philippe Contamine, Jean Maurice et Michel Zink, avec un concours logistique très compétent de la ville de Rouen, le colloque de Rouen était le premier colloque organisé sur Jeanne d'Arc depuis ceux d'Orléans en 1979 et de Compiègne en 1980, et en tous cas certainement le premier organisé par l'Université à des fins d'études et non de célébration (550e anniversaire des sièges d'Orléans et de Compiègne), à moins qu'on considère le 570e anniversaire de la levée du siège d'Orléans comme une fête suffisamment importante. Bien que très satisfaisant dans l'ensemble, le colloque avait également ses petites faiblesses, au premier rang des quelles un thème ambiguë, la plupart des communicants ayant en fait traité de l'image littéraire de Jeanne, les seuls à parler d'iconographie étant paradoxalement les historiens (F. Michaud-Fréjaville, "Images de Jeanne d'Arc, de l'orante à la sainte" et O. Bouzy, "Images bibliques à l'origine de l'image de Jeanne d'Arc"). Certains, il faut bien le dire, avaient choisi la facilité en résumant un ouvrage, plus ou moins inédit (F. Greiner, "La Pucelle d'Orléans de Béroalde de Verville", C.-G. Dubois, "Rôle historique et fonction prophétique de Jeanne d'Arc dans Les merveilleuses victoires de femmes de G. Poste", F. Bessire, "De l'épopée burlesque à l'histoire : la Jeanne d'Arc de Voltaire"). Certains, conscients de participer à une sorte de revue littéraire non concertée, se tirèrent d'ailleurs admirablement bien de cette mauvaise passe en adoptant un ton humoristique qui fit la joie des auditeurs (Lionel Acher, "Jeanne, héroïne d'un roman historique contemporain : La Pucelle de H. Monteilhet (1988)").

Jeanne d'Arc en garde à vue, essais rassemblés et présentés par Dominique Goy-Blanquet, Bruxelles, Le Cri, 1999,177 p.

La préface indique le but de l'entreprise contribuer à examiner par des approches pluridisciplinaires le processus qui construisit le personnage de Jeanne de siècles en siècles. Une interdisciplinarité nécessaire parce que l'histoire se fait non seulement avec les historiens mais avec les poètes, les peintres, les romanciers et aujourd'hui les cinéastes. Quatre contributions font passer le lecteur de Shakespeare à Rivette. D. Goy-Blanchet analyse avec la finesse de l'angliciste les sources - pas toutes anglaises et bien plus variées qu'on pourrait le croire : Monstrelet, Gaguin, Fabyan, Polydore Virgile, Hall, Holished - qui ont abouti au Henry VI de Shakespeare. Puis elle passe à Voltaire et la Pucelle volontairement iconoclaste mais aussi son Essai sur les mœurs qui manifeste une belle critique historique. Plus tard, sous la Révolution, R. Southey (avec Coleridge, son complice pour la première version) voulut racheter l'Angleterre d'un crime odieux et présenta successivement une Jeanne championne de la liberté, puis une Maid of Orleans nettement plus historiciste. Tout cela, finalement, permit le grand succès de Schiller qui tout en ayant connaissance des textes des procès exhumés par Laverdy et en faisant de nombreux emprunts textuels, ne s'est pas "lié à l'exactitude des faits" afin de mieux émouvoir son public. De fait, rarement oeuvre aura été mieux adaptée à la sensibilité de son temps. Jeanne, devenue héroïne européenne, connue, ridiculisée, aimée, adorée pouvait alors être reprise comme sujet d'érudition par les historiens.
Le cas particulier de la France du Grand siècle est étudié par F. Michaud-Fréjaville. Les auteurs français n'avaient guère à leur disposition que des sources de seconde main, des histoires générales où l'épopée de Pucelle n'est qu'un épisode de l'histoire ou encore un chapitre d'un recueil de vies de femmes illustres. À Pont-à-Mousson en 1581 Fronton du Duc avait fait jouer une pièce de circonstance qui montrait cependant une bonne connaissance des sources. En 1612 apparaît la compilation entièrement consacrée à Jeanne d'Arc de Jean Hordal, puis Vernulz dédie à Richelieu, vainqueur de La Rochelle une fort belle tragédie. Ensuite l'image se brouille et la Pucelle de Chapelain n'a guère d'autre mérite, selon l'A. que l'usage répété du terme "sainte" pour qualifier Jeanne, dans lequel l'historien peut voir une première marche vers la canonisation.
Pour Nadia Margolis à partir de l'interprétation de la "simple fille des campagnes, du pauvre peuple de France" du livre 10 de I'Histoire de France de Michelet, on peut suivre la fortune historiographique des nouveaux matériaux fournis par les publications des textes (Quicherat en 1841-1849, puis les traductions de Champion en 1920-21) et envisager l'évolution du personnage et du procès de Michelet à Dreyer. Le "Quicherat" est devenu et reste pour une grande part la référence scientifique qui hisse tout utilisateur au nombre des savants, tout au moins beaucoup le croient-ils. Mme Margolis, cependant, s'est particulièrement attachée à mettre en valeur l'importance, méconnue de nos jours, de Pierre Champion, chercheur médiéviste, éditeur et traducteur des Procès et du manuscrit d'Urfé, en dégageant les influences qu'il exerça sur les œuvres très différentes d' A. France, J. Delteil et C. Dreyer.
Robin Blaetz développe le thème de Jeanne au cinéma dont elle est la spécialiste incontestée (ici jusqu'à Rivette et avant le film de L. Besson) selon la parution chronologique des œuvres. C'est finalement ce qu'aujourd'hui le public connaît presque le mieux de la postérité artistique de Jeanne d'Arc.
Jacques Damas, universitaire angliciste et traducteur, termine le recueil par une analyse fort aiguë du mythe de Jeanne, du mariage entre son personnage et les publics. Il tente de démontrer le risque pour Jeanne de gagner en valeur politique ce qu'elle perd en profondeur mystique et nuance historique. Elle est devenue "la proie des usurpateurs" Michelet déjà l'avait laïcisée en la plaçant en image de la France. J. Darras juge que cette fusion est une des origines du conflit d'opinion qui conduisit d'abord Jeanne à être l'héroïne de M. Barrès et de L. Bloy. La place accordée à une femme guerrière a amené - on laisse à l'A. la responsabilité de ses conclusions - à écarter des regards français puis des mémoires un héraut de la paix comme Jaurès dont Péguy se détache dès 1905 et à faire du nationalisme fervent une religion de substitution. Même si A. France a tenté de replacer Jeanne d'Arc dans des certitudes plus camées et aux conséquences moins sanglantes, c'est semble-t-il paradoxalement à Bernanos que revient le mérite d'avoir relancé le balancier de Jeanne hors des compromissions terrestres pour la remettre face à son destin de sainte "seule contre tous". Jeanne est un personnage qui divise et non unit.

Jeanne d'Arc Rättegangsprotokoll ar 1431, Traduit par Erik Sandblad, Göteborg, éd. Erik Sandblad, 1991, Göteborg Women's studies 2, 91 p.

Le procès de condamnation de Jeanne d'Arc en Suédois.

Jeanne la Pucelle, une héroïne européenne, Jeanne d'Arc, figure littéraire, de Christine de Pisan à Jean Anouilh, préface de Simone Fraisse, Saint-Etienne, Horvath, 1994, 197 p.

Extraits de Henri VI de Shakespeare, de l'Essai sur les mœurs de Voltaire, de Die Jungfrau von Orléans de Schiller, du Moyen Age de Michelet. Ces passages seront inutiles à ceux qui possèdent déjà les originaux, mais feront gagner du temps aux autres. C'est la Jeanne d'Arc non historique d'avant Quicherat qui est représentée ici, en sorcière frénétique et invocatrice de démons dans Shakespeare, revendiquant une origine royale pour échapper au bûcher, avant de se proclamer enceinte des œuvres simultanées de Charles VII, Jean d'Alençon et René d'Anjou.
A ce portrait chargé, on voit bien qu'un siècle après les Anglais en avaient encore lourd sur le cœur quand il s'agissait de la Pucelle. Pour Voltaire, le texte retenu n'est pas aussi spectaculaire que La Pucelle, dont la cible première n'était d'ailleurs pas tant Jeanne que Charles VII, et à travers lui, bien sûr, la monarchie du XVIIIe siècle ; Mais Voltaire y reprend telle quelle l'opinion de Monstrelet, chroniqueur bourguignon, qui fait état de la théorie "bourguignonne" d'une Jeanne créée de toutes pièces par Baudricourt et Yolande d'Aragon. Le texte de Schiller est important, car entre Voltaire et Quicherat, Jeanne d'Arc fut avant tout une héroïne du romantisme allemand, qui cherchait, dans une Allemagne éclatée en multiples états et occupée par les troupes napoléoniennes, un mythe unificateur et un symbole de résistance. Mettre en scène Jeanne d'Arc était en ces conditions le plus sûr moyen d'échapper aux foudres de la censure française, tout en faisant passer aux spectateurs un message de résistance contre l'occupant. En ce sens, Schiller joua le même rôle auprès des Allemands que plus tard Verdi auprès des Italiens, et il eût sans doute été intéressant de faire paraître, dans cette même publication, le texte du livret de l'opéra peu connu, Giovanna d'Arco, de l'illustre dramaturge italien. Le texte de Michelet, soi-disant de 1853, est en fait la copie inchangée de ce qu'il écrivait dans le cinquième tome de son Histoire de France, paru en 1842. La date n'est pas sans importance : en 1853, Quicherat avait terminé l'édition des Procès, et on pouvait supposer que Michelet en avait pris connaissance. En 1842, Quicherat faisait paraître le premier tome de son œuvre, donc Michelet avait rédigé sa biographie sans connaître certains inédits que Quicherat ne publierait que six ans plus tard. C'est donc bien à des portraits de Jeanne écrits avant le rassemblement des sources, et donc plus ou moins le fruit de l'imagination de leurs auteurs, que nous avons affaire. C'est d'ailleurs bien ce qui nous est annoncé par le sous-titre du livre "Jeanne d'Arc, figure littéraire", même si Christine de Pisan, Anouilh et d'autres ne figurent pas, comme on aurait pu l'espérer, dans cet ouvrage, qui ne va donc pas jusqu'au bout de ses promesses. En revanche, la préface de S. Fraisse est une bonne introduction, malgré sa rapidité, à Jeanne d'Arc dans la littérature "littéraire".

Joan of Arc, Reality and myth, VAN HERWAARDEN (éd.) Rotterdam, Hilversum, 1994, 127 p.

Il s'agissait de commémorer le 560e anniversaire du martyre de J.A., D. de Boer se penche donc sur les raisons de la fascination exercée à la fois par le personnage, l'épopée et le procès, non seulement au XVe siècle mais aussi de nos jours. Une popularité qui se manifeste par des moyens aussi divers que le cinéma ou la bande dessinée. Le maître d'oeuvre de l'ouvrage, en retraçant, rapidement mais de façon bien documentée, la vie de Jeanne, pose la question du sens de cet épisode tragique et divin de l'apparition de la Pucelle. Histoire que les amplifications et les proliférations politiques et religieuses postérieures n'ont fait qu'obscurcir: D. Berents revient, avec une rigueur cependant bienvenue, sur l'affaire Claude des Armoises et les responsabilités des frères de Jeanne et de la ville d'Orléans dans cet épisode étrange. Il prolonge sa réflexion en se demandant quelles raisons ont poussé les Caze, Grillot de Givry et autres Grimod à leurs élucubrations. Sans doute la facilité de trouver un public "populaire" avide d'histoires mystérieuses et vaguement scandaleuses. M. Warner étudie le "genre" (au sens de masculin/féminin) de Jeanne à travers le qualificatif de sorcière et l'habit d'homme. On doit discuter du terme de "travestissement" utilisé par l'auteur, car Jeanne ne chercha jamais à tromper qui que ce soit sur son sexe, mais il vaut la peine de réfléchir aux voies détournées des auteurs et des artistes pour indiquer à la fois le caractère masculin de la guerrière et du costume et l'évidente féminité de Jeanne : cheveux longs - bien commodes pour le casque ! jupe dépassant de l'armure, huque démesurément allongée etc... Avec force, M. Warner dénonce l'usage fait par une certaine droite française, intolérante et falsificatrice de l'histoire, de Jeanne, l'insoumise et l'anticonformiste, comme image de la France "traditionnelle".
Le volume est illustré de nombreuses images, pas toujours suffisamment ou clairement légendées. L'ensemble laisse une impression mitigée. On se demande parfois si les auteurs ont bien vu la poutre qui menaçait leurs yeux quand ils dénonçaient la littérature johannique de scandale...

KENEALLY (T.), Blood red, sister rose, Coronet Books, Hodder and Stoughton édition, 1974, in-80, 368 p. Roman.

KEYSER (L. J.), Joan of Arc in nineteenth century english Literature, thèse soutenue à la Tulane University, 1970, U.M.I., 1995, 308 p.

Cette thèse dépeint l'intérêt suscité par la vie de Jeanne d'Arc, selon différents écrivains anglais tels que Southey et Coleridge. En effet, Jeanne n'a été que tardivement considérée comme une héroïne dans la littérature anglaise. Ici, elle est à travers les chapitres tantôt perçue comme un soldat, une suffragette ou une sainte.

KRUMEICH (G.), Jeanne d'Arc à travers l'histoire, Paris, Albin Michel, 1993, 348 p.

Traduite de l'allemand, voici une thèse particulièrement passionnante à lire, même pour les non-spécialistes de l'historiographie contemporaine et dont les Amis du Centre ont déjà eu en partie connaissance (Bulletins n° 11 et 12). L'auteur a cherché à voir comment les historiens ont, depuis la Révolution, présenté Jeanne d'Arc, en reliant les opinions émises par les spécialistes aux grands courants de pensée des XIXe et XXe siècles, courants eux-mêmes reflets des options politiques et religieuses françaises. Jeanne, toujours présente dans le souvenir des Français, n'était pas un personnage historique de premier plan jusqu'à ce que la Révolution et la Restauration l'aient utilisée sous des bannières totalement différentes. Pour la Révolution, et surtout pour les républicains du premier XIXe siècle, elle devient une fille du Tiers-Etat, sacrifiée par un égoïsme royal et aristocratique dont on ne peut rien attendre d'autre que le rejet des humbles , broyés après utilisation. Pour les partisans de la monarchie elle est celle, mandée par Dieu, qui fit sacrer le roi légitime ; elle est donc indissolublement liée aux fleurs de lys. Lebrun des Charmettes fut l'historien de ce retour à l'alliance du trône et de l'autel. Ce fut le premier chapitre, celui de la tradition.
Puis vint l'ère de l'école historique libérales et républicaine : Sismondi, Guizot, Barante, Lavallée, en replaçant le peuple au sein des mouvements historiques trouvèrent en Jeanne à la fois l'acteur populaire et la victime des grands ; leur méthode, fondée sur les sources, restituait déjà un son plus authentique au récit des actions de la Pucelle.
Le chapitre trois étudie à travers J. Michelet, J. Quicherat et H. Martin le total renouvellement de la vision de Jeanne pour bon nombre de Français. Michelet réussit à identifier Jeanne et le peuple, ce "monde muet [qui par elle] a pris une voix". Rationaliste, s'il nie le surnaturel du message, il est assuré du bon sens et de la pureté d'âme de la Pucelle. Il les oppose justement à la rigidité dogmatique des institutions, qu'elles soient royales ou ecclésiastiques. Quicherat, lui, tient une place à part : l'éditeur magistral, pointu et rigoureux des documents fut un agnostique anticlérical et antiroyaliste. G. Krumeich insiste sur l'apport essentiel que fut, pour Quicherat et les Républicains, la découverte de la Chronique de Perceval de Gagny qui confirmait le rôle néfaste pour Jeanne du conseil du roi après l'échec sur Paris, peut-être Quicherat eut-il le tort, tout à la passion de sa découverte, de ne pas faire la part des ressentiments politiques dans la version de Cagny, tout dévoué à d'Alençon qui venait d'être arrêté par ordre du roi pour sa trahison avec les Anglais.
H. Martin, enfin, dont les multiples éditions de son Histoire de France connurent un très grand succès, contribua à populariser, en les radicalisant, les thèses républicaines : Jeanne est "l'âme même de la France", et paradoxalement cet auteur fut peut-être une des origines de la première demande de canonisation par monseigneur Dupanloup.
Le personnage de Jeanne d'Arc, avec l'épisode scientifique et même positiviste, des grands historiens du XIXe siècle a acquis une nouvelle grandeur, on pense déjà à la reconnaître comme sainte.
G. Krumeich démonte un subtil mécanisme qui part des libéraux de 1830 et des travaux de G. Görres traduits en 1843, passe par L. Wallon (1812-1904) et Mgr Dupanloup, pour arriver à la grande proclamation de juillet 1920.
Le chapitre quatre rappelle les positions des catholiques pour se "réapproprier" l'héroïne. Avec les livres d'éducation en particulier l'Histoire de France de Le Ragois (1684) remise, sous et après l'Empire, au goût du jour par Letellier, la jeunesse royaliste put voir le visage de Jeanne remplacer pendant presque un siècle le portrait de Charles VII. Anquetil (Histoire de France, 1805) fut lui aussi remanié après 1817 pour intégrer la Pucelle dans le projet royaliste. L'étude des panégyriques entre 1855 et 1869, celle des démarches du curé Beuret et des prêches de Mgr Freppel montre cependant que les catholiques ne désiraient pas promouvoir seulement le rôle politique évident pourtant dans le néo-gallicanisme de l'évêque d'Orléans, mais aussi la piété, la mystique de Jeanne, sa passion et son martyre. Jeanne fut une "sainte au sens canonique du terme". Mais la cause de la béatification demandée publiquement en 1869 par L. Wallon et Mgr Dupanloup fut emportée par les crises qui secouèrent la France à partir de la défaite de 1870.
Les cinquième et sixième chapitres sont évidemment les plus intéressants à lire pour les lecteurs français. Il est toujours très instructif de se placer du point de vue de l'étranger, voire ici de "l'ennemi", pour contempler l'effervescence des idées de son propre pays. Les chapitres précédents amènent naturellement tout d'abord à la querelle des "deux France". Le choc de la défaite et des provinces perdues entretint, certes, l'idée de revanche, mais développa surtout d'abord le "devoir de mémoire" envers l'Alsace-Lorraine. Ces deux soucis devaient être accompagnés d'une éducation morale et patriotique. L'école de la République (le Lavisse...) comme l'école confessionnelle y travaillèrent, mais aussi la promotion de Domremy, devenue La-Pucelle. Mais à la suite d'Eduard von Jan, G. Krumeich fait remarquer que l'idée de revanche ne se militarisa et ne se radicalisa qu'à partir des années 1890, parallèlement à une évolution politique française où l'on vit se creuser "l'antagonisme fondamental entre l'Eglise et la République", doublé de fractures internes au catholicisme français. Il n'est pas facile de démêler l'écheveau des différents courants qui se croisent et se décroisent dans un déroulement marqué d'à-coups, en réactions aux événements. Il y eut l'affaire du centenaire de la mort de Voltaire (celui qui avait traité la Pucelle de "pauvre idiote") qui scandalisa les fidèles de Jeanne (1878), et celle de la fête nationale de Jeanne d'Arc demandée par Joseph Fabre, un radical qui voyait en l'héroïne l'incarnation de l'héroïsme civique (1884, puis 1894). La proclamation de la qualité de vénérable (1894), révéla la force des activités cléricales nationalistes, l'alliance du "sabre et du goupillon" ; le gouvernement républicain interdit donc aux militaires de participer en uniforme aux fêtes en l'honneur de Jeanne d'Arc, et la question d'une fête nationale ne put trouver de solution. Dans les années 1890-1905 la bipolarisation de la France devint extrême et Jeanne d'Arc en fut un des points délicats, le second après l'affaire Dreyfus. G. Krumeich s'est particulièrement attaché à suivre ce qu'il appelle l'activisme religieux, opposé au "ralliement" soutenu par le Vatican (Léon XIII) et le cardinal Lavigerie. On assistait, en effet, de l'avis même des catholiques admirateurs de la Pucelle, comme un Marius Sepet peu suspect d'irréligion, à une déviance telle dans le culte de Jeanne que la cause de le canonisation en était menacée par ce que nous nommerions aujourd'hui un "excès intégriste". Le plus remarquable représentant de cette déviation fut le père Ayrolles.
Tout en fournissant un extraordinaire travail de références qui, pour la première fois, allait plus loin dans les recherches de sources que Quicherat, ce jésuite utilisait une violence d'écriture, assez surprenante aujourd'hui, au service de l'affirmation sans réserve d'une Jeanne participant d'un projet divin de restauration monarchique. Finalement, la fixation cléricale (béatification de 1909) et droitière du personnage de Jeanne, les tumultes de l'Action Française (l'affaire Thalamas, par exemple), ont empêché de faire de la jeune fille un véritable symbole de l'union de tous les Français. La première guerre mondiale, traitée dans le sixième chapitre, montre que se produisit, de façon assez paradoxale, à la fois une fixation royaliste de l'héroïne (étendard et tunique fleurdelysés) et une appropriation générale des symboles : le martyre de Reims en 1914 fut pris en charge par la nation républicaine tout entière. Cependant Jeanne n'a pu être pendant la guerre une des clefs de l'Union sacrée. Après la guerre et des fêtes de mai 1919 particulièrement chaleureuses, la concomitance de la canonisation de 1920 et de la décision d'une fête nationale, votée par la chambre bleu horizon ont placé la célébration de Jeanne d'Arc - sauf à Orléans et à Rouen - dans l'obédience de la droite politique et du catholicisme, même si beaucoup de gens de gauche et de non-catholiques lui vouèrent une admiration sans faille, empêchant par là, jusqu'à nos jours, une récupération univoque du personnage. En manière d'épilogue, l'auteur trace les grandes lignes des recherches à poursuivre pour examiner quelles furent les difficultés et en fin de compte l'échec du régime de Vichy, comme celui de la propagande allemande, devant l'utilisation d'une héroïne dont il fallait glorifier l'opposition aux Anglais sans évoquer sa résistance à l'occupant !
Finalement, à travers les méandres d'une histoire très complexe et nuancée, qui parfois dans l'exposé tient un peu du catalogue, G. Krumeich montre avec talent que Jeanne est une figure historique et spirituelle d'une telle dimension que son mystère est irréductible à une quelconque appropriation.

KRYLOV (P.), Jeanne d'Arc dans l'imaginaire des contemporains, mémoire de D.E.A. sous la direction de M. Boureau, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1994, 80 p.

Le jeune chercheur russe, élève de W Raytzes, livre quelques unes de ses pistes sur la formation médiévale des légendes johanniques. Il a réexaminé les récits qui commencent à courir au XVe siècle (la date de naissance au 6 janvier, la bergère etc.) et essaie de les relier à la confection des Vitae et des sous-Légende dorée populaires. Nous ne sommes qu'au début d'un travail, mais celui-ci permet déjà, à notre avis, de discerner, dès le XVe siècle, les voies différentes où vont s'engager la recherche historique, les réflexions ecclésiastiques et l'élan populaire si bien décrits par ailleurs par G. Krumeich.

LEFEVRE (A.), Mademoiselle Jeanne, illustrations de V. Rybaltchenko,1976, in-40, 24 p., (coll. Grandes figures).

LEOUTRE (E.), La Meuse johannique, une histoire glorieuse et douloureuse à travers l'iconographie, S.L., 1998, 216 p., ph.

Il s'agit plus, en vérité, que d'un inventaire des représentations de Jeanne d'Arc, présentes ou disparues. L'auteur s'est proposé surtout de faire une "histoire ecclésiastique "du culte de Jeanne dans le diocèse de Verdun centrée sur l'œuvre des évêques du diocèse, en particulier à Vaucouleurs. La restauration de Notre-Dame-des-voûtes, la promotion de l'héroïne lorraine après 1870, la concurrence entre les départements et diocèses des Vosges et de la Meuse ont occupé largement les épiscopats de Monseigneur Hacquard (1867-1884) et de monseigneur Pagis (1887-1901). La difficile mise en place du système de financement d'abord de la basilique de Domremy, "mégalomane" avec le projet d'un monument grandiose sur une tour plus haute que celles de Notre-Dame de Paris, et ensuite de l'élargissement à la France entière de la présence statufiée de la jeune "lorraine" entraîna en fait une crise au sein de la hiérarchie lorraine, tandis que le culte de la future sainte se mettait cependant en place. Les problèmes s'accumulèrent, financiers et humains : l'évêque Pagis et son éphémère coadjuteur, Mgr Le Nordez - fort entreprenant admirateur de Jeanne, on le sait - ne s'entendirent absolument pas, les fonds recueillis pour l'"Oeuvre de Jeanne d'Arc" furent en partie soustraits à leur destination par différents aigrefins. C'est finalement l'entre-deux guerre qui, avec la canonisation, permit véritablement l'explosion des représentations de la sainte, jusqu'à l'arrivée en 1962 de la statue d'Habout du Tannay, rapatriée d'Oran et dressée sur la place de Vaucouleurs.
Suivent (p. 117-160) des énumérations plus ou moins chronologiques des monuments, églises, statues, cloches (avec leurs dédicaces) et le rappel que nombre de statues des années 1880-1900 furent d'abord placées en dehors des églises, comme ornement de fontaines publiques, de jardins ou de monuments aux morts, avant de pouvoir être objet de culte dans les édifices religieux après la béatification. On doit regretter que les ateliers (statuaires, maîtres verriers) et les auteurs des représentations énumérées ne soient pas systématiquement indiqués, faute d'être tous montrés en photo, ce qui était hors de question.
Nous avons, après, l'évocation du rôle joué par la sainte au cours des deux guerres du XXe siècle dans la mentalité des soldats et de leurs familles ; et enfin un florilège de poèmes et de prières, bouquet qui permet de rappeler que la mère et la femme de Théodore Botrel étaient alsaciennes et que le barde breton a aussi chanté Jeanne d'Arc.
Disons-le, du point de vue purement scientifique l'ouvrage n'est pas satisfaisant : brouillon, il manque par trop de précisions, de rigueur, de références ; il laisse l'amateur et le chercheur totalement sur leur faim documentaire. Il en est tout autrement si on le considère comme le témoignage d'un prêtre qui a passé une bonne partie de sa vie à sillonner en ami enthousiaste le "Pays de Jeanne d'Arc" et nous entrouvre ses dossiers.

Ligne noire - spécial festival 1999, sous la direction de Loïc Tessier, Horizons noirs, Saint-Jean de Braye, 2000, 83 p.

Production d'un atelier d'écriture, ce recueil rassemble quatorze nouvelles autour du thème de Jeanne d'Arc. Cela va de la modernisation de l'histoire - Jeanne interpellée par un ange fana de rock, ou campée en syndicaliste - à toutes sortes de fantaisies : la statue de la place des Pyramides se promenant dans les rues de Paris comme celle de Pierre le Grand à Saint-Petersbourg, un certain nombre de fous et de folles se prenant pour Jeanne ou pour ses bourreaux. Dans l'ensemble, les récits font preuve d'assez d'imagination et sont relativement percutants, à l'exception du dernier qui tente de cacher sous un discours comminatoire ("je déteste Jeanne d'Arc") un visible manque d'inspiration.

LINDER (L.), Ah, mein kleiner Herzog ; du hast Angst ? Jeanne d'Arc, Düsseldorf, Econ & List Taschenbuch Verlag, 1998,239 p. (Rebellische Frauen).

L'auteur n'est pas un historien, et il ne cherche pas à donner le change : c'est un réalisateur de documentaire, et nous avons là pratiquement un synopsis d'émission historique, dans un style peut-être un peu trop "jeuniste", mais sérieusement fait. Ce sérieux a toutefois ses limites : il s'agit essentiellement d'une compilation de textes d'auteurs allemands à côté de quelques étrangers lus dans des traductions, et les historiens côtoient bon nombre de littéraires : Huysmans, Lucie-Smith, Shaw, Shiller, Voltaire. Aucune référence aux sources, quelques erreurs factuelles : il s'agit d'une vulgarisation allemande de bon niveau, ni plus, ni moins.

MARGOLIS (N.), Joan of Arc in history, Literature and film. A select annotaded bibliography, New York and London, Garland publishing Inc., 1990, 409 p.

Américaine spécialiste de la littérature médiévale française et d'études politiques, professeur de Français, Nadia Margolis propose une bibliographie johannique raisonnée et analytique d'une grande érudition. L'étude s'étend du XVe siècle à nos jours et aborde les trois thèmes indiqués dans le titre, avec une sélection voulue pour les deux premiers, mais elle s'autorise à être exhaustive dans le chapitre du cinéma. Chaque titre est accompagné d'un commentaire résumant l'ouvrage et le replaçant dans son contexte. Nadia Margolis a étudié ainsi 1516 ouvrages ou articles et apporte un outil de travail précieux aux chercheurs johanniques (en anglais).

MAS (E.), Le procès de canonisation de Jeanne d'Arc, 1909-1920, mémoire de maîtrise de l'Université de Paris IV-Sorbonne, sous la direction de Jean-Marie Mayeur, 1998, 115 p.

Elsa Mas avait très aimablement accepté de rédiger un article synthétisant sa maîtrise pour le Bulletin de l'année 1997. Nous avons également obtenu un exemplaire de son mémoire, une partie de ses recherches ayant été effectuées dans nos archives.

MATHIEU (A.), Jeanne paysanne de France, préfaces de Fernand Gregh de l'Académie Française et Alain Peyrefitte de l'Académie Française, poème en vers de 11 tableaux, Paris, Editions Lettres du Monde, 1990, 123 p.

Ecrire une pièce sur Jeanne d'Arc en alexandrins en 1990, représente une performance : la mode n'est plus à la versification classique, et Jeanne d'Arc est un sujet tellement utilisé ! Et cependant, lorsqu'on lit la pièce d'Albert Mathieu, on est touché précisément par le balancement des phrases qui nous rappelle les "classiques" de notre jeunesse, et par le souffle patriotique que l'auteur y fait passer. Il y a du panache dans ce texte. A signaler : les droits d'auteur de cet ouvrage seront versés à la recherche pour la guérison du cancer et à l'enfance déshéritée.

MERKLE (G. M.), Palingénésie de Jeanne d'Arc : étude de thèmes, thèse de l'université de Harvard, 1988, 454 p.

La thèse est américaine, elle est écrite en français, et son auteur est suisse, on pouvait donc espérer dès le départ une grande largeur de vue à cette étude portant sur deux points précis : l'habit d'homme, et l'opinion sur Jeanne : envoyée de Dieu ou séide du Diable. Le point de vue est en effet très large, dans le temps comme dans les auteurs étudiés, de Christine de Pisan à George Shaw en passant par Martin le Franc et Shakespeare. L'opinion des chroniqueurs, poètes et dramaturges est passée en revue. Ils furent les contemporains de Jeanne ou ils sont les nôtres, ils sont Anglais, Allemands ou Français, et leurs opinions divergent de façon irréconciliable. De nos jours elle est dans l'ensemble plutôt favorable et admirative, mais du XVe au XVIIe siècle, c'est un euphémisme de dire qu'elle fut nuancée : Jeanne ne fut pas seulement victime d'un procès politique, mais aussi d'une conception de ce qui était permis et de ce qui était défendu, largement partagée par l'ensemble des gens de son époque, mais qu'elle a joyeusement enfreinte et piétinée. Mme Merkle cite fort à propos le livre de Georges Goyau (Sainte Jeanne d'Arc, Paris, 1920, p. 86-87), qui rappelle qu'en 1608 un régent du collège de Navarre fit rejuger Jeanne par ses élèves de rhétorique, et qu'elle fut recondamnée au bûcher pour avoir porté l'habit d'homme. On nous permettra toutefois de ne pas être d'accord avec l'opinion que l'auteur professe sur le traité "De mirabili victoria" de Jean Gerson, accusé d'hypocrisie et d'avoir préparé le lit de l'accusation contre Jeanne, et de rejeter cette faute plutôt sur le traité "De quadam puella" de Henri de Gorkum.

MESPLEDE (P.-A.), Il était une fois, ou la deuxième mort de Jeanne d'Arc, Editions Méréal, Paris, 1998, 236 p.

Deux ans après la mort de Jeanne d'Arc, dans un petit village du Périgord, la mort d'un apprenti notaire marque le début d'une sanglante partie d'échec entre les hommes de Charles VII, de l'abbé de Brantôme, de Talbot et des écorcheurs. Enjeu : une lettre imprudemment écrite par Regnault de Chartres pour se gargariser de la mort de la Pucelle. La lettre sera détruite, mais la majeure partie des protagonistes y laissera la vie. On ne comprend pas trop pourquoi la destruction de la lettre peut être comprise comme une deuxième mort de Jeanne d'Arc, et si l'intrigue est assez solidement construite et si le livre se laisse lire, on se lasse un peu des descriptions répétées de tueries entre des personnages dont on a finalement assez de mal à distinguer à quel camp ils appartiennent. On peut noter aussi des incohérences, comme la facilité déconcertante avec laquelle des groupes malintentionnés et néanmoins antagonistes arrivent à suivre le héros en rase campagne et à se suivre les uns les autres sans que les suivis ne remarquent jamais les suivants.

MIUCHI (S.), Le chevalier du lys blanc, Tokyo, Hakusen-sha, 1996.

Un manga en noir et blanc qui ne semble s'inspirer que de façon lointaine de l'histoire de Jeanne d'Arc, revue et corrigée par Schiller.

MOUTON (J. Malmsten), Joan of Arc on the twentieth century stage : dramatic treatments of the Joan of Arc story by Bertolt Brecht, George Bernard Shaw, Jean Anouilh, Georg Keiser, Paul Claudel and requirement for the degree Doctor of Philosophy Field of German, thèse soutenue à la Evanston, Michigan Northwestern University, 1974, U.M.I., 1995, 170 p.

Cette étude a pour but de déterminer comment un dramaturge s'empare d'un sujet historique et l'utilise afin d'exprimer ses propres idées. Elle se base sur des textes de Voltaire, Southey, Schiller, Bertolt Brecht, George Bernard Shaw, Anouilh, Kaiser, Anderson, Claudel. Elle vise à analyser de façon critique plusieurs théories dramatiques de l'histoire de Jeanne d'Arc, afin de comprendre comment le drame peut agir sous la forme d'une critique politique, sociale et culturelle.

MUNITZ (B.), Joan of Arc and modern drama, thèse soutenue à la Princeton University, 1968, U.M.I., 1995, 184 p.

Ce livre est une analyse des diverses théories de dramaturges : George Bernard Shaw, Georg Kaiser, Bertolt Brecht, Jean Anouilh et Maxwell Anderson. Chacun d'entre eux a choisi une façon dramatique spécifique, afin de dépeindre les contrastes et ironies de la vie moderne à travers les thèmes de Jeanne d'Arc. Ce sujet étudié peut jouer un rôle significatif dans la discussion littéraire, selon la façon dont le thème prend forme à travers un travail artistique. Effectivement, les artistes se trouvent impliqués dans un monde dont la perception dépend du contexte et de la vision de chacun; où ils expriment leur besoin de rappeler aux spectateurs ainsi qu'aux lecteurs qu'il existe plusieurs approches et réactions devant un sujet donné.
Il est à noter que le livre est d'utilisation difficile du fait que la bibliographie et les notes sont fractionnées et placées en fin de chapitre.

NAHMIAS (J.-F.), Le Cyclamor, le grand roman de la guerre de Cent Ans, Paris, Laffont, 1994, 474 p.

Ce roman est le troisième volume du cycle L'Enfant de la Toussaint. Dans une fresque qui couvre toute la guerre de Cent Ans, décorée, au gré de la débordante imagination de l'auteur, de personnages un peu trop démoniaques ou un peu trop angéliques pour être crédibles, Jeanne d'Arc paraît un peu déplacée. Bien sûr, tous les poncifs habituels - Charles VII timoré et La Trémoille pervers - sont là. Il est tout de même un peu regrettable pour la logique qu'une des héroïnes se nomme Perrine au début du livre, et Paquerette à la fin. Bref, c'est à croire que l'auteur lui-même a renoncé à se relire.

PERNOUD (R.), Jeanne d’Arc et la guerre de Cent Ans, Paris, Denoèl, 1990, 127 p., ill. (coll. l’Histoire de France).

Dans ce petit livre soigné, à la présentation agréable, Régine Pernoud ne s’est pas contentée d’écrire une nouvelle fois l’histoire de Jeanne d’Arc. Elle l’entoure du contexte politique et psychologique de la France aux prises avec l’ambition anglaise et les déchirements internes. Abondamment illustré par une iconographie directement puisée aux sources, ce livre didactique intéressera autant les adultes que les jeunes.

PERNOUD (R.), Petite vie de Jeanne d’Arc, Paris, Desclée de Brouwer, 1990, 142 p., ill. (coll. Petite vie de...).

La collection "Petite vie" de Desclée de Brouwer présente dans sa majorité des vies de saints. Régine Pernoud a écrit ici celle de Jeanne d’Arc, présentant l’héroïne dans ses actions humaines et mettant en valeur l’obéissance à son Dieu, qui la mena jusqu’au supplice et au don total de sa personne.

PERNOUD (R.) et CLIN (M.-V.), Jeanne d'Arc, histoire et vie quotidienne au Moyen Age, Intelligere-Desclée de Brouwer, CD-rom.

C'est la première fois qu'un CD-rom est consacré à Jeanne d'Arc, mais… "qui trop embrasse, mal étreint" : l'objet en question comprend certes une partie sur la vie de Jeanne, mais aussi une partie sur la société du temps, le tout traité en 40 textes seulement, dont un, d'ailleurs, a été écrit par M. P.-G. Girault, des Archives de Bourges, qui n'est pas cité sur la couverture mais au milieu du "crédit photographique". La mise en scène, la musique, la présentation des textes et des images est de la responsabilité de la société Intelligere. L'ensemble n'est ni désagréable ni sans intérêt, mais laisse un peu l'impression que ce type de CD-rom didactique cherche encore ses marques entre le livre et le jeu vidéo. Des jeux, il y en a d'ailleurs : un sur l'héraldique, qui permet de recréer des blasons, de manière succincte, et un labyrinthe doublé d'un jeu de quizz, un peu long peut-être.
Le crédit photographique n'est pas à négliger : il y a là, par thèmes, une photothèque intéressante, mais d'emploi peu pratique. On trouve aussi un index et un lexique très utiles pour les néophytes. L'utilisation est assez facile, et on s'en sort rapidement assez bien. Mais cela suppose que le "lecteur" dispose d'un ordinateur équipé d'un lecteur de CD-rom et d'un système audio. Il n'est pas inutile non plus d'avoir un ordinateur puissant et de beaucoup de mémoire RAM : la configuration minimale suggérée - 8 Mo de RAM sur un processeur 486 - semble à l'essai insuffisante pour éviter les blocages du programme. Toutefois, avec un processeur pentium cadencé à 155 Mhz et 32 Mega-octets de mémoire tout fonctionne parfaitement. Il est toutefois à craindre qu'une notable partie de la population française n'ai pas encore d'ordinateur. Pour ces raisons, ce CD-rom fait surtout figure de prototype d'un nouveau moyen de communication.

PERNOUD (R.), La spiritualité de Jeanne d'Arc, Paris, Mame, 1990, 147 p.

La grande spécialiste de Jeanne d'Arc, en quelques dizaines de pages, souhaite faire comprendre de l'intérieur la vie religieuse de son héroïne. Or le procès - les procès - permettent de tracer un portrait qui n'a rien de mièvre d'une jeune fille décidée et obéissante à son Dieu. R. Pernoud voit en elle l'application des trois vertus : foi, espérance et amour (plutôt que charité), le programme absolu de l'engagement chrétien, que Jeanne a suivi jusqu'à la mort.

PERNOUD (R.), Villa Paradis, souvenirs, recueillis par Jérôme Pernoud, Paris, Stock, 1992, 335 p.

Il y a beaucoup de chaleur, de vivacité, de franchise dans ce récit visiblement plus parlé qu'écrit, où la fondatrice du C.J.A. retrace les étapes d'une déjà longue vie. A une enfance marseillaise modeste, dans une famille nombreuse et remuante, décrite avec tendresse et lucidité, succède une jeunesse parisienne interrompue par la guerre. Le lecteur de la fin du siècle découvre une France de la crise des années trente ou les jeunes chartistes ne sont pas nommés à leur sortie dans une administration culturelle, et ou il faut faire de petits boulots de cours et de secrétariat pour joindre les deux bouts.
On apprend aussi comment la vocation de médiéviste a surgi d'une réflexion sur le trop grand poids accordé à un passé gréco-romain dans un pays où tout respire le legs du christianisme : la " trahison " de Mlle Pernoud envers son éducation classique est très finement analysée. Après la guerre, qui fut un moment de repli à Rosny puis en Languedoc évoqué avec verve et réalisme, une nomination au musée de Reims amorce la carrière vraiment publique de Mlle Pernoud. On reconnaît au passage sa ténacité, son sens du public et de la pédagogie, elle avoue sans fard les oppositions qu'elle suscite, comme les collaborations multiples qu'elle entraîne. Puis c'est le musée d'Histoire de France, et les Archives Nationales, des voyages, des succès et aussi des mises au placard. Tout cela dit avec une certaine forme d'humour qui ne cache pas toujours émotion et blessures. Finalement, après la retraite, c'est la création du Centre Jeanne d'Arc, qui n'est que l'aboutissement d'une relation profonde avec l'héroïne nationale, compagnonnage né par hasard de la commande d'une biographie, et qui a abouti à l'imposante bibliographie que nous connaissons. A cette aventure humaine, ses frères et sa soeur ont participé, elle ne saurait les oublier, ils lui ont beaucoup apporté. Destiné à un grand public, le récit, toujours agréable, note sans doute un peu trop de rencontres avec des célébrités et laisse peut-être un peu de côté le travail propre du chercheur en histoire, il est vrai que le labeur devant les textes est chose qui ne se peut que difficilement partager.

PERNOUD (R.), CLIN (M.-V.), Jeanne d'Arc, Fayard-Hachette, Paris, 1992, 256 p.

Ce petit livre, très judicieusement illustré, est une version abrégée de la première partie de l'ouvrage paru en 1986 chez Fayard. C'est une bonne approche destinée à un public très large.

PERNOUD (R.), J'ai nom Jeanne la Pucelle, Paris, Gallimard, 1994, 160 p. (collection Découvertes).

De Domremy à Rouen, Régine Pernoud retrace, dans une langue accessible, et avec autant de détails que le permettent les sources historiques, l'itinéraire de Jeanne d'Arc. Une abondante iconographie vient renforcer le texte et, comme il est de tradition dans cette collection, l'ouvrage se termine sur un important cahier de "témoignages et documents" qui traitent notamment de l'évolution de l'image de Jeanne d'Arc à travers le temps.

PERNOUD (R.), Réhabilitation de Jeanne d'Arc, reconquête de la France, Monaco, Ed. du Rocher, 1995, 154 p.

En 38 chapitres - chaque chapitre faisant de une à six pages - le résumé de quelques événements marquants de la période qui va de la mort de Jeanne d'Arc à sa réhabilitation.

PERNOUD (R.) et TULARD (J.), Jeanne d'Arc, Napoléon, le paradoxe du biographe, avec la collaboration de Jérôme Pernoud, Monaco, Edition du Rocher, 1997, 218 p.

Le propos était de mettre en parallèle, mais aussi en confrontation, deux historiens dont les travaux et la carrière se sont largement consacrés à un personnage phare de l'histoire française et mondiale. Il est bien évident que les relations nouées, par delà les siècles, de Régine Pernoud avec Jeanne d'Arc sont à la fois admiratives et affectueuses, il en va tout autrement de Jean Tulard qui ne ressent guère d'admiration pour le personnage de Napoléon dont il étudia minutieusement la vie et l'action. Les entretiens rapportés dans l'ouvrage précisent pour chaque historien l'origine de sa vocation, ses lectures d'enfant et d'adolescence et la carrière.
R.Pernoud a déjà évoqué sa formation et sa jeunesse dans Villa Paradis, mais il est intéressant de lire en contrepoint des difficiles débuts d'une chartiste sans poste avant et pendant la guerre, et vingt ans après, le déroulement classique d'une carrière universitaire bourgeoise (licence, diplôme, agrégation - premier il est vrai - fondation Thiers, IVe section des Hautes Etudes), celle que, mutatis mutandis, Mlle Pernoud met en parallèle avec celle des juges de Jeanne. Nous avons ici mis l'accent sur l'historienne de Jeanne d'Arc, il va de soi. Les rapprochements évidents entre les deux démarches historiques sont liés à la méthode : le document avant tout, la "première main" et non la compilation des auteurs sans vérification, le souci d'éviter les a priori car l'imagination ne saurait remplir les manques. Ici le critique peut cependant émettre une petite réserve : R. Pernoud, relatant l'importante découverte qu'elle fit du registre de comptes du maître d'hôtel de Richard Beauchamp prouvant que le 13 mai 1431 Pierre Cauchon et Jean de Mailly furent reçus à la table du gouverneur de Rouen, dit que l'évêque de Beauvais était venu "prendre ses ordres auprès de l'occupant anglais" (p. 72). Cette petite phrase offre le type même de la sur-interprétation : rien ne dit qu'il fut question du procès pendant ce repas d'apparat, scène publique avec espions possibles. Si ordres il y eut, ils furent donnés en privé et d'autant plus pressants. R. Pernoud insiste beaucoup sur les similitudes entre la situation de 1429-1430 avec celle de l'occupation, de la collaboration, de la résistance dont elle avait elle-même été témoin lors de la seconde guerre mondiale ; nous sommes plus nuancés aujourd'hui, ce qui est évidemment facile cinquante ans après !
Mais elle insiste également avec force sur les dangers de faire de Jeanne d'Arc une héroïne nationaliste belliciste et xénophobe, une figure dévorée par son mythe des droites du XIXe siècle, un mythe auquel elle dit ne pas s'intéresser particulièrement. En face de tous les pseudo historiens ou les détracteurs de Jeanne d'Arc, R. Pernoud exerce son sens très fin de l'anecdote (dont les tristes héros ne se relèvent généralement pas) en rappelant l'ensemble des arguments de Jeanne devant les Cauchons. Le goût de la biographie est naturel à l'historienne de Jeanne car ce qui intéresse R.Pernoud est la manière dont les personnes réagissent à l'événement, la "rencontre entre [le] libre-arbitre et les circonstances". C'est bien pourquoi la remarquable tenue de Jeanne devant son roi, ses compagnons et ses juges ne pouvait que porter l'historienne vers la biographie.
Nos lecteurs reliront avec plaisir le récit des origines du Centre et les souvenirs qui s'y rapportent, ainsi que le rappel des huit kilomètres accomplis à quatre-vingt-cinq ans par sa fondatrice, pour l'honneur de Jeanne, lors des fêtes de 1994.
A ceux qui s'intéressent à Napoléon et à son historien, qui ne sont pas de notre propos, nous ne pouvons que renvoyer à l'ouvrage qui révèle des personnalités fort éloignées de Jeanne et, osons le dire, infiniment moins sympathiques.

PERNOUD (R.), Jeanne d'Arc racontée par Régine Pernoud, Paris, Perrin Jeunesse, 1997, 102 p., ph.

Présentation classique du personnage de Jeanne d'Arc par Régine Pernoud, destinée aux enfants : Jeanne en mission et Charles VII lâche et indécis. Quelques contradictions se sont glissées dans le texte : p. 61, Jeanne soupçonne une trahison parce que le roi a signé une trêve avec le duc de Bourgogne : les Anglais vont en profiter pour se renforcer. On se demande où est la trahison, puisque les Anglais n'ont signé aucune suspension d'armes. Page 77, Jeanne fait appel au pape : "une telle demande aurait dû entraîner l'interruption immédiate du procès, car ceux qui faisaient appel au pape devaient obligatoirement être conduits au pape" ; p. 97, les décision du tribunal d'Inquisition sont devenues "sans appel", ce qui est d'ailleurs plus conforme à la réalité. Notons également que le texte est littéralement saboté par le recours à une illustration anachronique et à des légendes fantaisistes des illustrations. Ainsi, page 12, à propos de la maison natale de Jeanne : "Jeanne pourrait reconnaître sa maison" lit-on sous l'image de la façade construite en 1481, cinquante ans après sa mort. Page 38, une carte dont on sait trop bien qui l'a inspirée montre la petite ville de Pothières à l'emplacement de Bar-sur-Seine, la localisation exacte de cette soi-disant étape de Jeanne d'Arc s'étant sans doute révélée bien trop au sud pour que cela paraisse raisonnable aux cartographes de la maison d'édition. Page 42, on apprend que "les historiens s'accordent à penser que Charles VII fut un roi faible et influençable" ; je réponds tout de suite : "non à tout". Page 46, le recours anachronique à une carte du XVIIe siècle pour illustrer le siège d'Orléans oblige les photo-monteurs à décaler les bastilles anglaises de près de 300 mètres vers l'ouest. Page 47, le portrait de l'inconnu qui décore la jaquette du livre de M. Caffin de Mérouville est une fois de plus identifié comme étant celui du bâtard d'Orléans, malgré les efforts que la conservatrice du musée Dunois déploie depuis de nombreuses années pour rétablir la vérité. Enfin, page 77, la fameuse statue du Plessis-Bourré, dont il faudra bien un jour savoir de quand elle date et qui elle représente : le personnage de gauche, mains jointes et courbé dans sa supplication ne peut pas être un geôlier tourmenteur, quoi qu'en dise la légende.

PEYRAMAURE (M.), Jeanne d'Arc, t. I, Et Dieu donnera la victoire, Paris, Robert Laffont, 1999, 347 p. ; t. II, La couronne de feu, Paris, Robert Laffont, 1999, 377 p.

Un roman honnête, consciencieux, mais irrégulièrement documenté ; on sent également que l'auteur a un peu peiné dans le premier tome à se mettre dans la peau d'une jeune fille de seize ans. Toutefois, le second tome est bien mieux, plus vif et plus prenant. Somme toute, l'appréciation est nuancée sur ce livre de Michel Peyramaure, qui était sans doute mieux inspiré du temps où il écrivait une épopée cathare. Il n'y a lieu toutefois de suspecter ni la bonne volonté ni le sérieux d'un auteur tout à fait estimable, sympathique et d'une bonne foi rafraîchissante dans un monde où Jeanne d'Arc est parfois malmenée sous les prétextes les plus divers et les plus malveillants. Qu'il ait été gêné dans sa verve par l'obligation de suivre un chemin strictement balisé par les évènements historiques peut se comprendre. Cela n'empêche pas que son roman se laisse lire et constitue un ouvrage de bonne qualité.

POWERS (A. B.), The image of Jeanne d'Arc in seventeenth century France, thèse soutenue à la University of Cincinnati, U.M.I., 1995, 1967, 284 p.

Cette dissertation a pour but de déterminer d'après une étude de documents disponibles, l'image réelle de Jeanne d'Arc au XVII siècle en France. En effet, l'auteur nous confie que l'image de Jeanne est perçue différemment selon des facteurs politiques, religieux, et littéraires par les auteurs conformément à leur préjugés et intérêts, au cours des siècles. Finalement, il conclut en constatant que parmi la majorité des travaux publiés au XVII siècle en France, l'image historique réelle de Jeanne prévaut, le peuple français ayant connaissance des principaux événements de sa vie, ce qui est peut-être à relativiser.

QUINTANE (N.), Jeanne d'Arc, Paris, P.O.L., 1998, 77 p.

Un portrait romancé de Jeanne par petites touches, donnant en petits paragraphes des indications sur ses moutons, sa capacité de se mettre en colère, d'expliquer un plan de bataille, de brûler. C'est une accumulation de petits détails non reliés entre eux en une sorte de portrait tachiste littéraire. La tentative est intéressante, mais contrairement à l'amateur de peinture, le lecteur est condamné à se limiter à des gros plans, ne pouvant se reculer pour avoir une vision d'ensemble, sous peine de devoir se contenter de regarder, de loin, la couverture de l'ouvrage. On peut rêver à un mélange des genres, à une image de Jeanne dont le détail serait formé de ces petits textes. En l'état, la lecture de l'ensemble ne donne pas un récit linéaire : ce n'est pas vraiment de la littérature, plutôt un genre à part aux frontières de l'iconographie.

RIEGER (D.), Chanter et dire, études sur la littérature du Moyen Age, Paris, Honoré Champion, 1997, 293 p.

M. Rieger est professeur de littérature française en Allemagne. Il donne ici, en 14 articles disposés chronologiquement, un panorama de la littérature médiévale française et de ses répercussions jusqu'à nos jours. Ces articles sont d'une grande érudition, encore qu'ils ne soient pas, comme souvent dans les études allemandes, surchargés de notes de bas de page jusqu'à en être illisibles. Parmi ces articles, on trouve l'élucidation d'un " devinalh " (poème à clé) érotique, une étude décapante de la littérature et de la mentalité " courtoise " ("le motif du viol dans la littérature de la France médiévale") et un article historiographique sur Jeanne d'Arc. M. Rieger a visiblement lu des poètes par ailleurs presque illisibles, et on aurait presque envie de lire à sa suite Sébastien Mercier et Casimir Delavigne, dont les œuvres sur Jeanne d'Arc n'ont pourtant laissé qu'un souvenir suranné. Le paradoxe de l'étude est que, jugeant plus librement la littérature française sur Jeanne d'Arc puisqu'il l'étudie de l'extérieur, il laisse percevoir une sorte de gêne à donner son avis, comme s'il redoutait justement qu'on lui reprochât son point de vue.

ROUX (J.), Sous l'étendard de Jeanne : les fédérations diocésaines de jeunes filles. 1904-1945, Paris, le Cerf, 1995, 310 p.

Pendant une quarantaine d'années, des mouvements religieux, appelés parfois les Enfants de Marie, rassemblèrent des jeunes filles de tous horizons pour promouvoir la foi catholique. Ces mouvements durèrent jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, puis furent dissous en faveur de mouvements davantage hiérarchisés selon le milieu social et en faveur des scouts. Cette étude concerne ceux qui parmi ces mouvements se sont placés sous le patronage de Jeanne d'Arc.

RUCQUOI (A.), «De Jeanne d’Arc à Isabelle la Catholique : l’image de la France en Castille au XVe siècle», Journal des Savants, janvier-juin 1990, Paris, De Boccard édition-diffusion, p. 155-174.

Une étude qui conerne un texte castillan peu connu : Historia de la Poncella de Francia.

SAKAMOTO (C.), Interprétations romantiques de Jeanne d'Arc, Thèse soutenue en 1997 à l'université Lyon II sous la direction de Mme Laudyce Retat, Villeneuve d'Ascq, Septentrion, 1998, 366 p., ill.

Autour de trois auteurs principaux : Michelet, Georges Sand et Henri Martin (mais aussi Renan et Quinet), sur trois questions : histoire, religion, mythe, Chiyo Sakamoto analyse finement la formation et l'évolution du personnage romantique de Jeanne : les opinions et les itinéraires des auteurs, l'arrière-plan politique du XIXe siècle sont examinés pour éclairer les intentions de chacun. Une thèse qui serait d'un grand classicisme si elle ne débutait sur un petit plus : les propres souvenirs de l'auteur concernant l'image de Jeanne d'Arc au Japon. C'était un sujet de thèse en soi. Rigoureux et subtil, cet ouvrage est un travail très appréciable.

SAKEMI (K.), Histoire de Jeanne d'Arc, Tokyo, Tokuma Shoten, 1995-1996, 2 vol.

Ces deux premiers volumes sont probablement les premiers d'une longue série, puisqu'ils commencent avec l'assassinat du duc de Bourgogne en 1419 et ne concernent que la petite enfance de Jeanne. Bien qu'ils soient en noir et blanc comme les autres mangas, ils s'en distinguent par le format, beaucoup plus grand. L'histoire est pleine de sorciers, lutins et autres peluches, et semble s'apparenter par bien des aspects à l'initiation d'un chevalier Jedi telle que le cinéma peut la populariser.

SANDERS (A.), Jeanne de France, Etampes, Clovis, 1997, 133 p., ill.

Un petit livre pour enfants, mené selon la plus pure tradition édificatrice patriotique royaliste de la fin du XIXe siècle (n.b. : l'A. est né en 1947). Le récit est totalement édulcoré et, à la fin, les méchants meurent tous, or ce type de manichéisme ne peut plus passer : hélas, les bons aussi ont depuis longtemps - et parfois avant les mauvais - quitté cette terre. Les illustrations sont d'un infantilisme plutôt amusant : tout le monde a la bouche bée. On comprendra que nous ne sommes pas vraiment sûrs de l'utilité de cette publication.

SAUTY de CHALON (C.), Princesse Kahina, la Jeanne d'Arc des Aurès, Paris, Godefroy de Bouillon, 1996, 174 p.

C'est par erreur que ce livre prend place ici : ce roman, initialement destiné aux jeunes mais qui ressemble davantage à un scénario de roman-photo, raconte l'histoire d'un officier français pendant la guerre d'Algérie, et d'une jument, Kahina. La jument mourra d'un accident de chasse, et l'officier épousera une noble veuve espagnole. La question de savoir pourquoi la jument Kahina est appelée la Jeanne d'Arc des Aurès est sans doute le mystère du siècle. La préface, signée d'Hervé de Saint-Méen, lève toutefois un pan du voile de ce mystère en relatant l'histoire de la véritable Kahina, princesse berbère du VIIe siècle, qui lutta contre les envahisseurs musulmans. Il s'agit donc plus prosaïquement d'un simple coup publicitaire, et il était bon d'en prévenir les lecteurs éventuels.

SCHEIDMANN (A.), Forschungsberich zur "Littérature de bâtardise et survivance de Jeanne d'Arc" in Frankreich seit 1970, mémoire de maîtrise, 1992, 157 p.

Panorama de la littérature "parallèle" sur Jeanne d'Arc, dont les Allemands ne sont pas familiers. Il était donc intéressant pour une étudiante d'outre-Rhin de faire une présentation des courants et les filiations des différents ouvrages sur le sujet.

SEGUY (P.), Jeanne d'Arc, d'après un scénario de Luc Besson et Andrew Birkin, Paris, Pocket n°10912, 1999, 190 p.

Il s'agit de la mise en roman du film dont le titre officiel était "The Messenger" qui parut à la fin de 1999. La mode est à ces mises en écrit par des tâcherons dont nous ignorons, en fait, ce qui est de leur crû ou de celui des scénaristes. La transcription en mots des images aboutit à d'étranges formules comme les "traits de gargouille" de La Trémoille , p. 34 - sans doute pour la rime - repris en "yeux de gargouille" pour le chancelier de Charles VII, Regnaud de Chartres, p. 112, par manque de vocabulaire.
Le premier propos de l'auteur est de restituer à la lecture de grands mouvements de foule inventés pour l'écran, exercice périlleux qui aboutit assez souvent à une désolante platitude ; le second est d'expliquer ce qui était simplement évoqué en "voix off" ; enfin de traduire en mots les visions et impressions de Jeanne.
Nous serons charitables en disant que le style est assez affligeant (en passant sur les fautes d'orthographe ex : la brue p. 30). Le contexte historique est résolument favorable aux Bourguignons et tellement hostile à Yolande d'Aragon que la succession des faits historiques en est victime. Cependant si on lit que dès 1403 Yolande aurait prévu que Charles serait roi et sa propre fille reine, ce que le scénario du film ne disait pas, en revanche la paternité de Reims où Yolande compense l'absence du saint chrême par de l'huile de lampe est à restituer, dans sa cascade d'erreurs non innocentes, à Besson et Birkin. De façon générale, il serait hasardeux d'essayer de démêler qui est qui et quelle est la chronologie. On ne peut éplucher toutes les inepties de cet opuscule, soyons cependant heureux que le film n'aie pas conservé le rôle particulièrement navrant offert à Jean d'Aulon qui n'était pas un tout jeune homme vaillant et amoureux prêt à se déguiser pour suivre sa belle au fond des geôles mais un quadragénaire mesuré et prudent ; réjouissons-nous que Xaintrailles, pas vraiment adolescent non plus, ne puisse être compté au nombre des morts aux Tourelles et arrêtons le bêtisier. Pour les visions et impressions de Jeanne, la liberté des scénaristes et de leur scribe reste entière. Disons alors que les discours seront dans quelques années aussi dépassés que les tirades de Chapelain.

SHURR (G. H.), Journey towards selfhood : the role of Jeanne d'Arc in the artistic development of Charles Péguy, thèse soutenue à la Chapel Hill, University of North Carolina, 1971, U.M.I., 1995, 227 p.

Cette dissertation est une analyse des différentes visions d'auteurs connus tels que Shakespeare, Voltaire, Southey, Schiller, Anatole France, et tant d'autres. La plupart d'entre eux ont retracé la vie de Jeanne d'Arc de façon précise ; cependant, les détails historiques ont très fréquemment été romancés. A signaler, la clarté de la présentation dans le respect des notes de bas de page, à travers la référence d'une riche bibliographie.

SNIPES-HOYT (C.), Les constructions multiples d'une femme : Jeanne d'Arc fête son cinq-centième anniversaire, University of Alberta, 1998, thèse.

Thèse de littérature canadienne écrite en français. Le sujet de cette étude porte sur l'utilisation du personnage de Jeanne d'Arc dans la littérature du début du XXe siècle comme modèle social proposé aux femmes. Comment les auteurs du temps, qui ne brillent généralement pas par leur féminisme, ont-ils pu choisir comme héroïne une toute jeune fille habillée en homme et courant les champs de bataille ? Le sujet est divisé en un certain nombre de thèmes, chacun d'entre eux étant illustré par l'étude et la présentation d'un ouvrage. L'érudition est éblouissante - trop, même - on finit par perdre le contact avec l'auteur, qui se dissimule derrière une avalanche de citation ; mais il est vrai que cette thèse a justement l'ambition de passer en revue tous les textes de l'époque. Toutefois, ce but atteint, on a l'impression qu'il n'y a pas véritablement de réponse à la question du début. L'image de Jeanne d'Arc a, selon l'auteur, été mise en scène selon les valeurs des hommes, c'est un constat. On finit par se demander pourquoi, dans ces conditions, le personnage de Jeanne a pu être considéré par les universitaires nord-américains comme une icône du combat féministe.

SUN (S. S.-N.), Joan of Arc : a re-evaluation of the figure between history and legend, thèse soutenue à la University of California, Berkeley, 1979, U.M.I., 1995, 371 p.

L'auteur nous invite à réfléchir à la complexité des circonstances qui ont entraîné la guerre de Cent Ans, afin d'éviter la confusion entre les faits et la fiction. Il remet en question le rôle joué par Jeanne d'Arc en tant qu'héroïne nationale : l'importance de Jeanne d'Arc étant liée à l'utilisation de son image. Le deuxième chapitre constitue une discussion concernant les éléments de la légende de Jeanne et leur fonction conservatrice et fédératrice, puisque l'on a réussit à concilier autour d'elle les aspirations de tous les français. L'auteur termine son oeuvre par un chapitre consacré à la littérature (Shakespeare, Voltaire, Schiller, Mark Twain, Anatole France, Shaw, Brecht, Anouilh). Finalement, ce livre qui s'inspire d'une riche bibliographie composée d'auteurs allemands, anglais et français, a la particularité d'inviter le lecteur à la réflexion pour ne pas tomber dans une vision un peu trop simpliste.

TANEMURA (A.), Kamikaze kaito Jeanne, Tokyo, Shuei-sha, 1998-1999, 3 vol.

Encore un manga avec une histoire de réincarnation de Jeanne d'Arc en étudiante japonaise luttant contre des démons divers.

TANZ (S.), Jeanne d'Arc : Spätmittelalterliche Mentalität im Spiegel eines Weltbildes, édité par G. Heitz, E. Müller-Mertens, B. Töpfer, et E. Werner, Verlag Hermann Böhlaus Nachfolger, Weimar, 1991 (Forschungen zur mittelalterlichen Geschichte, tome 33).

Ce livre ne propose ni une biographie de Jeanne d'Arc, ni une analyse exhaustive de son époque, mais tente de démontrer les relations entre une mentalité collective et une conscience individuelle à l'époque de la guerre de Cent Ans, ainsi que les influences de la mentalité et religiosité collective sur un individu.
Jeanne d'Arc sert d'exemple pour répondre à la question de savoir comment s'effectuent la genèse et l'évolution de l'idéologie d'un individu à la fin du moyen âge. L'auteur se situe dans la ligne d'historiens (dont M. Gouryevitch, Raytsès) fortement influencés par l'Ecole des Annales, qui considère que l'on ne peut comprendre Jeanne d'Arc qu'en partant de la mentalité en France au XVe siècle.
Elle explique les différentes définitions du terme "mentalité" pour poser la question de savoir jusqu'à quel point l'étude d'un individu permet d'examiner des mentalités collectives. Elle considère le sentiment religieux populaire de la fin du moyen âge comme un élément central de son étude. Un premier chapitre résume les tendances des recherches sur Jeanne d'Arc (théories des "bâtardisants", catholiques, positivistes) avec une objectivité sans doute facilitée par le fait que Sabine Tanz n'est pas française et se situe donc à l'extérieur du débat français.
Les deuxième et troisième chapitres recensent les sources disponibles et décrivent la France de la deuxième moitié du XVe siècle, le climat mental en France et la religion populaire (importance des prophéties). Ils replacent l'étude de la personnalité de Jeanne à travers son éducation et les différentes influences exercées sur elle par sa société et son époque. Après deux chapitres sur Jeanne d'Arc et les Franciscains et le procès de Rouen, Sabine Tanz résume les résultats de son étude : malgré le caractère exceptionnel de sa personnalité, l'idéologie de Jeanne correspond aux tendances politiques et religieuses collectives de son époque. Le sentiment national, dans lequel patriotisme et loyauté vis-à-vis de la monarchie sont inextricablement liés, prend un essor considérable, et la conviction qu'a Jeanne de sa mission reflète la nécessité de l'unité nationale.
Lors du siège d'Orléans, le patriotisme connaît son apogée, et comme le Dauphin est incapable d'agir, tous les espoirs se tournent dans l'attente de la venue d'une personnalité exceptionnelle. Les visions et prophéties qui annoncent cette dernière sont pour le Moyen Age l'expression normale de cet espoir. Elles marquent le climat politique et religieux dans lequel se forme l'idéologie de Jeanne d'Arc et préparent sa mission. Jeanne partage la conception ministérielle de la royauté de son époque - dans sa conscience aussi, loyauté envers le roi, patriotisme et foi en la souveraineté de Dieu forment une unité qui fait qu'elle doit faire sacrer le Dauphin. Ceci la transforme en intermédiaire de la grâce divine et donc en symbole du soutien divin pour la cause de la France. Son sentiment religieux reflète les croyances populaires (culte de la Vierge, de Jésus, des saints) dans un syncrétisme d'éléments chrétiens et païens.
Et l'auteur de conclure : la mission de Jeanne est dès le début politique et religieuse. Ses voix et visions sont la double expression de la réalité qui l'entoure et de ses propres idées (elle décide d'agir et réalise ses propres aspirations selon les structures mentales du XVe siècle). Dans ses visions se cristallisent des tendances collectives, ce qui lui permet d'enthousiasmer les gens. Sans la nouvelle interprétation des vieilles prophéties qui préparent sa venue, il est impossible de comprendre et la mission de Jeanne, et sa popularité. Avec sa mission, elle fait appel à la conscience nationale naissante du peuple français et devient le symbole de sa lutte pour la liberté. L'idéologie de Jeanne unit les éléments majeurs de la mentalité de son époque. Son importance se situe dans l'influence décisive qu'elle a eue sur la prise de conscience nationale de la France, bien plus que dans le fait qu'elle a préparé des victoires militaires.

VACHON (M.), La chevauchée de Jehanne la Pucelle de Vaucouleurs à Chinon, Montélimar, Armine-Ediculture, 1994, 125 p.

On aurait aimé dire des choses gentilles à propos du livre de M. Vachon, car De defunctibus, nihil sine bonum.... D'ailleurs, en préface et en postface, les éditeurs, géographes et archéologues, en disent tout le bien qu'ils en pensent. Mais ces louanges même marquent les limites de l'ouvrage. Qu'il soit incompréhensible pour un professeur de géographie que Jeanne "décide sans crainte d'aller à Vaucouleurs...", est pardonnable ; qu'une archéologue s'étonne de ce "qu'aucun historien n'ait jusqu'à présent eu l'idée de procéder ainsi" [créer une méthode chrono-géographique], peut se comprendre, mais ces remarques seraient naïves sous la plume d'un médiéviste : l'Histoire est un métier, qui s'apprend, et où les pièges sont nombreux.
Ainsi M. Vachon a fort bien compris que, le début de l'année médiévale étant fixé à Pâques dans certaines provinces, le millésime de l'année doit être ré-interprété, une date 1428 ancien style devant être corrigée en 1429 nouveau style (p. 115). Encore faut-il lire le document que l'on cite (conservé au Centre Jeanne d'Arc), et sur lequel se trouve en réalité écrit 1429. La question se pose alors : document daté en style de Noël, ou contrefaçon rédigée par un faussaire négligent ? Dans tous les cas, le style de Pâques est à exclure, sans quoi il faudrait croire que la Jeanne dont il est question dans le document serait arrivée à Chinon en 1430 !
Si la méthode chrono-géographique n'est pas historique, ce n'est pas faute d'imagination des historiens, mais parce qu'elle ne nous restitue qu'un itinéraire probable, et non un itinéraire attesté. Or la simple probabilité n'est pas suffisante pour écrire un livre d'histoire. Ne serait-ce que parce que l'Histoire est remplie de faits improbables pour nous, certes, mais qui sont prouvés, car la logique médiévale était différente de la nôtre. Il suffirait qu'en un point quelconque Jeanne ait coupé à travers champs pour que les hypothèses de M. Vachon s'écroulent ; or Jeanne d'Arc ne s'est pas seulement déplacée en fonction de la logique ou des possibilités géographiques qui lui étaient offertes, mais également en fonction de nécessités tactiques locales dont nous ne savons absolument rien. Imaginer que Jeanne est passée systématiquement par les voies romaines reviendra à établir une carte de ces voies ; mais ne suffira pas à prouver qu'à l'époque de Jeanne elles étaient toujours utilisées. Il y a des exemples du contraire, ne serait-ce qu'à Orléans, où la voie romaine menant à Paris est abandonnée dès le XIIIe siècle.
L'appel au témoignage des traditions locales pourrait faire l'objet d'une enquête, mais celle-ci ne débouchera que sur une étude du folklore johannique, pour des raisons qui sont évidentes à tous ceux qui ont fait un peu de sociologie. Surtout à propos de Jeanne d'Arc, pour laquelle les contre-exemples abondent, ne serait-ce que à propos de la localisation de la Maison de Jeanne d'Arc, à Orléans même, par les érudits du XIXe siècle, on sait à quel point la tradition populaire n'est pas fiable.
Il nous faut donc revenir aux textes, qui ne nous donnent que Saint-Urbain, Auxerre, Sainte-Catherine de Fierbois comme étapes attestées entre Vaucouleurs et Chinon. Tout le reste ne peut être que supputations audacieuses, et c'est pourquoi les historiens ne se sont pas risqués à échafauder une méthode chrono-géographique, qui, comme son nom l'indique, n'est pas historique.
Passons enfin sur quelques tics de langage, qui font écrire par l'auteur "le Roy" et "le Centre Jehanne d'Arc" pour le roi et le Centre Jeanne d'Arc. Le sujet valait la peine de ce long commentaire, car la question des itinéraires passionne beaucoup de nos visiteurs. Mais nous n'avons là en définitive qu'une hypothèse de plus sur les itinéraires de Jeanne.

VENTURA (P.), Jeanne d’Arc, textes et illustrations de Piero Ventura, adaptation française d’Alexandrine, Paris, Gründ, 1990, in-40, 43 p., (coll. Grands destins).

Dans ce livre pour enfants, Jeanne d’Arc raconte son épopée à la première personne. Piero Ventura suit l’Histoire avec fidélité, mais certains détails paraissent relever de l’imagination. Joliment illustré de dessins frais au style naïf, l’album est complété de miniatures d’époque et d’une carte simple indiquant les itinéraires suivis par Jeanne d’Arc.

VERONA (L.), I monologhi di Jeanne la Pucelle et dialogo tra il regista e l'attrice per la messa in scena, Milan, Arcipelago edizioni, 1997, 118 p.

Trois monologues douloureux de Jeanne. Le premier la trouve nue et enchaînée dans la tour de Beaurevoir. Adieux les beaux habits qu'elle portait à la cour de France, désormais sa pudeur est violée par la curiosité malsaine des bourreaux. Nue ou vêtue, elle vaut cependant encore dix mille écus. Elle revendique son droit à l'évasion. Le second soliloque se passe en mars 1431, elle est toujours enchaînée, mais dans la tour de Rouen. Le Ditié de Jeanne d'Arc qu'elle récite d'entrée de jeu est le cri d'admiration d'une femme, ces femmes dont les juges ne veulent reconnaître ni la personne ni la valeur. Jeanne oppose la Pucelle, la vierge chevetaine chantée par Christine de Pizan, à l'injure "putain" de Glasdale. Elle sait pourtant que sous la torture elle avouerait tout ce qu'on voudrait, quitte même à désavouer ce qui a été accompli à la vue de tous. Le dernier acte se situe au même lieu, Jeanne est à genoux, en prière. Entremêlée de la récitation en latin approximatif du verset du Credo : in unam, sanctam apostolicam ecclesiam, Jeanne interprète, interpole ses réflexions ; elle interroge cette église une : laquelle peut-elle être, celle des saintes voix, ou celle des clercs d'un tribunal si injuste ?
Cette première partie haletante, intelligente, certes discutable dans sa personnalisation très moderne de Jeanne, est prenante et mieux ... jouable. Le dialogue du metteur en scène et de l'actrice sur chaque monologue se révèle, lui, didactique, parfois lourdement explicatif, proche d'une émission radiophonique quelque peu conventionnelle. Il se montre dans sa conception du personnage historique beaucoup plus orthodoxe que les scènes à jouer, mais sans vigueur, voire sans âme.

VEYRON (M.), Jivara, suivi de "Le président a disparu" et autres dialogues illustrés, Paris, Albin Michel, 1992, 52 p.

Une vision pas vraiment classique de Jeanne d'Arc (intitulée "Streap-tease 4" : Jeanne enlève son armure) dans ce recueil de nouvelles en bandes dessinées. Une preuve supplémentaire, quoi qu'inattendue, d'une actualité qui ne se dément pas.

WIL, PESBERG (S.), LEONARDO, Tif et Tondu, Les phalanges de Jeanne d'Arc, Paris, Dupuis, 1994.

Trente-septième épisode en bandes dessinées des aventures des deux détectives amateurs : Tif et Tondu, ruinés par la disparition de leur notaire, s'engagent qui dans la police, qui dans la presse. Des meurtres s'accumulent autour d'un groupuscule que l'on suppose d'extrême droite et terroriste, alors que flics ripous et patrons de tabloïds s'acharnent à parler d'autre chose. On devine que tout cela finira mal et que l'image de Jeanne d'Arc n'en sortira pas grandie. La suite au prochain numéro, qui confirme effectivement que tout va mal ; mais s'agit-il encore de B.D. pour enfants ?

YASUHIKO (Y.), Jeanne, vol. 1 Tokyo, 1995, vol. 2 & 3, Tokyo, 1996, 179-180-221 p.

Manga en couleurs : quelques années après la mort de Jeanne d'Arc, une fille bâtarde du duc de Lorraine - Emilie - suit ses traces pour continuer la lutte. Elevée par Robert de Baudricourt à la mort de sa mère, elle avait eu l'occasion de rencontrer Jeanne à la cour du duc et au moment de son départ de Vaucouleurs. Elle aussi est habillée en homme, ce qui semble poser pas mal de problèmes à elle aussi. Capturée, elle est mise en présence de Charles VII, de La Hire, La Trémoille et du dauphin Louis, qui n'ont pas l'air exagérément satisfaits de la chose. Tout a l'air d'aller très mal quand elle réussit à s'enfuir avec l'aide du fantôme de Jeanne d'Arc.

Protégée dans sa fuite par un homme d'armes qui l'accompagnait depuis Vaucouleurs, Emilie rencontre par hasard le roi Charles VII en fuite : le dauphin Louis s'est en effet emparé du pouvoir. Ensemble, ils vont retrouver Richemont, resté fidèle au roi, et Emilie est chargée de lever des subsides chez les barons. Elle manque de prendre un mauvais coup en arrivant chez Gilles de Rais mais elle est encore une fois sauvée par le fantôme de Jeanne.

Retournée auprès de Charles VII, Emilie est chargée, conjointement avec le connétable de Richemont, de reprendre le château de Loches, dans lequel le dauphin Louis détient Agnès Sorel, maîtresse du roi. Laquelle Agnès est obligée de subir les assiduités de Louis, qui doit trouver là le moyen de satisfaire à peu de frais ses problèmes d'Oedipe. A l'issue d'un violent combat, Louis est battu, Loches repris, Agnès libérée. Mais Emilie, en essayant de rallier le duc d'Alençon est capturée par celui-ci, qui la livre au Dauphin. Bien que la dauphine Marguerite d'Ecosse, tombée amoureuse d'Emilie en croyant qu'il s'agissait d'un homme, ait tenté de la faire évader, elle est rapidement condamnée à être brûlée vive. On s'y attendait : elle est une fois de plus sauvée par le fantôme de Jeanne d'Arc. Finalement, tout rentre dans l'ordre : Louis se soumet à son père et finit même par avouer à Emilie qu'il l'aime. Mais celle-ci, qui assiste au début de la procédure de réhabilitation de Jeanne aux côtés de d'Alençon, lui aussi rentré dans le droit chemin, préfère garder son indépendance. L'histoire se termine par une dernière vision qu'Emilie a de Jeanne d'Arc, chevauchant souriante en direction de Domremy. Le dessin, bien documenté et finement colorié, est dynamique sans tomber dans l'excès ni dans la schématisation des mangas ordinaires. Les scènes de batailles, superbement dessinées, sont visiblement inspirées des films de Kurosawa sans pour autant tomber dans l'étrangeté. L'ensemble représente finalement un très bel ouvrage qui mériterait une traduction.

ZWANG (P.), Jeanne d'Arc et son temps, Paris, Casterman, 1999, 95 p., ill., ph.

L'ouvrage de Philippe Zwang, destiné aux enfants de 8-10 ans, est abondamment illustré de reproductions de documents authentiques, de photos, et d'images bien dessinées qui semblent extraites d'autres livres pour enfants. Le texte est intelligent, synthétique, bien écrit, et aborde largement la question du contexte historique et social. Un ouvrage qui aurait été parfaitement réussi si quelques images n'avaient été curieusement légendées : page 49, le document appelé "copie de la lettre d'anoblissement", est en fait le document de la chambre des comptes qui reproduit le blason de la Pucelle (manuscrit français 5524 de la Bibliothèque Nationale de Paris), et page 61, le duc de Bourgogne Philippe le Bon est appelé Philippe III le Hardi, par une confusion manifeste entre son grand-père et le roi du XIIIe siècle qui porte ce nom.