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BEAULIEU (M.) et BEYER (V.), Dictionnaire des sculpteurs français
du Moyen Age, Paris, Picard, 1992, 312 p.
Le découpage est géographique, fait sur la France actuelle et ne correspond,
honnêtement à aucune rigueur historique ; heureusement un index alphabétique
des noms rattrape le désastre, mais on reste quand même surpris de l'incommodité
du découpage choisi : pourquoi les sculpteurs du duc de Berry sont-ils
privilégiés et pas ceux du duc de Bourgogne ?
La carte laisse perplexe quant à la frontière nord. Les notices sont en
général assez intéressantes, mais certains détails font douter du sérieux
de la recherche, ainsi l'auteur pense que tous les comptes de la ville
d'Orléans du XVe siècle ont brûlé en 1940... alors que les sources sur
lesquelles s'appuyait L. Jarry et autres existent bel et bien encore.
Cela ébranle quelque peu notre confiance. Dictionnaire des sculpteurs
ayant travaillé en France paraîtrait par ailleurs une meilleure définition
de ce qui reste néanmoins un instrument de travail, à ne pas toujours
suivre les yeux fermés !
BIALOSTOCKI (J.), L'art du XVe siècle, des Parler à Dürer,
Paris, Le Livre de Poche, 1993, 526 p.
Cet historien de l'art qui, à la suite de Panofsky, contribua à la réévaluation
de la production artistique occultée jusqu'alors par le Quattrocento,
est encore peu traduit en français.
Dans cet ouvrage posthume, synthèse de ses recherches, l'auteur fait montre
de sa maîtrise d'un XVe siècle résolument européen. L'Italie est volontairement
laissée en retrait, l'Europe de l'est, davantage présente que d'habitude,
aux côtés des figures plus familières des Limbourg, Van Eyck, Fouquet,
Sluter, Schongauer ou Dürer.
L'étude des styles depuis le "gothique international", et celle des apports
majeurs du siècle (perspective, symbolisme caché, image imprimée) sont
ancrées dans un cadre social et religieux plus large et abordent par là-même
aussi bien le mécénat que la fonction de l'art au XVe siècle.
Un seul défaut, inhérent au format : certaines reproductions (par ailleurs
abondantes et placées en regard du passage les évoquant) se prêtent mal
au format livre de poche.
BOSSUYT (I.), De Guillaume Dufay à Roland de Lassus, Les très
riches heures de la polyphonie franco-flamande, Paris, Cerf, 1996,
174 p.
Cette initiation à la musique flamande doit être obligatoirement suivie,
bien entendu, par l'audition des musiciens ainsi présenté, d'autant plus
qu'on trouve très facilement en C.D. les oeuvre de Dufay, Gilles Binchois,
Josqin des Prez, Roland de Lassus. Ce sont évidemment les plus célèbres,
et c'est en lisant ce livre qu'on s'aperçoit que ce que l'on appelle génériquement
"musique médiévale", est surtout de la musique bourguignonne et flamande
de la fin du Moyen Age et du début de la Renaissance.
Le livre va en fait plus loin que Roland de Lassus (1532-1594) qui est
sans doute le dernier musicien flamand connu, mais on peut supposer qu'un
titre plus exact (de Dufay (1400-1474) à Mateo Romero (1575-1647)) n'aurait
pas eu le même impact.
CAMILLE (M.), Le monde gothique, Paris, Flammarion, 1996,
192 p.
Un aperçu intéressant sur l'art gothique et qui a pour originalité d'être
chapitré par thèmes : l'espace, le temps, le divin, la nature et la conscience
de soi. Les deux autres qualités de cet ouvrage, outre sa portée à un
large public, sont ses illustrations toutes commentées et bien intégrées
dans le texte, et enfin son étendu vers les objets dit usuels (instrument
de musique, astrolabe, aiguière...).
On pourra cependant regretter l'aspect diffus de cette étude au cas par
cas, qui laisse difficilement entrevoir les différences régionales et
les évolutions que connaît l'art gothique.
CABANOT (J.), Petit glossaire des thèmes d'iconographie chrétienne,
Dax, A.E.A.L., 1996, 2 vol. (57 et 57 p.), ill.
Comme dans le cas de l'autre dictionnaire iconographique de Catherine
Rager, le projet de présenter l'iconographie chrétienne médiévale est
intéressant et pour tout dire utile. Malheureusement il apparaît encore
ici que le but, qui était de permettre au lecteur de s'y retrouver dans
l'iconographie du Moyen Age est manqué, et de loin.
Le lecteur aura déjà bien du mal à s'y retrouver dans le glossaire lui-même.
Passe encore que les images ne soient pas regroupées par thèmes généraux
(hommes, animaux, végétaux, par exemple, comme on en trouve pourtant un
exemple dans le 2e volume), mais par livres sacrés (Ancien puis Nouveau
Testament), ce qui suppose, de la part des néophytes auxquels ce livre
est censé s'adresser, une déjà bien remarquable connaissance des conventions
iconographiques. Mais pourquoi avoir, dans ce cas, adopté à l'intérieur
de ces chapitres un ordre aberrant (par exemple, p. 22 du 1er volume :
Evangéliste, Apocalypse, Apocryphe, Hagiographique, Légende Dorée, Acta
Sanctorum, Bestiaire) On comprend que l'Apocalypse, attribuée à Jean,
suive la rubrique Evangéliste, et comme l'attribution en est controversée,
qu'elle soit suivie par Apocryphe, et qu'une idée en entraînant une autre,
on aboutisse au Bestiaire. Mais il s'agit là de courts-circuits logiques
que tout-un-chacun n'est pas obligé de partager avec l'auteur. Pourquoi
avoir fait deux volumes, quand l'ensemble n'atteint pas 120 p. ? peut-être
pour dissimuler le coût de l'ouvrage, presque un franc par page. Enfin
comment se fait-il que quelqu'un dont le but exprimé est de guider le
novice dans l'identification des images puisse en arriver à faire un catalogue
des saints (tome II, p. 14 à 32, et là encore au prix d'un ordre alphabétique
établi en dépit du bon sens) sans image et sans description
des attributs de ces saints.
De deux choses l'une : soit les auteurs de glossaires iconographiques
sont pour une raison inhérente à leur profession rédhibitoirement incapables
de réaliser un glossaire utilisable, soit on se moque du monde. Peut-être
faut-il répondre : "les deux, mon capitaine" ?
Dans les deux cas, cet ouvrage est à éviter. Encore n'y a-t-il ici qu'un
seul index (et non pas deux comme chez Catherine Rager)), qui permet,
à la rigueur au connaisseur chevronné, de profiter quelque peu de l'iconographie,
limitée d'ailleurs pour l'essentiel à Villard de Honnecourt et au fichier
de l'Inventaire général d'Aquitaine.
CAMILLE (M.), Images dans les marges. Aux limites de l'art
médiéval, Paris, Gallimard, 1997, 253 p., ill. (Le temps des images).
Traduit de l'américain.
Les petits dessins, souvent énigmatiques, qui envahissent les marges
des manuscrits ornés trouveraient leur origine dans les commentaires ("gloses")
qui accompagnaient les textes sacrés ou juridiques, et dans les signes,
tels les index pointés, qui soulignaient un passage. Autrement dit il
existerait bien un rapport au texte et au monde entre les "singeries"
et le sérieux. La distance de l'un à l'autre devint d'autant plus difficile
à franchir pour le lecteur que le scribe et le dessinateur étaient fort
rarement la même personne : l'enlumineur a donc la possibilité de détourner
le texte dans l'espace de liberté qui lui est laissé. Cette liberté n'est
pas totale, elle n'est surtout pas contre-pied systématique et obscène,
mais plutôt ambiguïté. La culture historique et religieuse autant qu'artistique
de l'auteur lui permet de montrer, toujours à partir d'exemples précis,
que presque chaque ouvrage a sa clef de lecture des marges dans un système
particulier de commentaire du texte où sacré et profane sont inextricablement
mêlés. Un ouvrage extrêmement stimulant.
Canton de Chinon, Indre et Loire, texte de Christine Toulier,
photographies Marc Deneyer, Mariusz Hermanovicz, Jean-Claude Jacques,
Robert Malnoury, Orléans, Inventaire Région Centre, 1990, in-40, 64 p.,
(Images du Patrimoine, 81).
Très belles photographies commentées de châteaux, demeures, oeuvres d’art,
paysages du canton de Chinon, en particulier d’intéressantes vues des
restes de la salle de Chinon, et l’original de la statue de Jeanne d'Arc
par J. Dechin.
CHATELET (A.), Robert Campin, le Maître de Flémalle, Anvers,
Fonds Mercator, 1996, 379 p., ill.
Voilà un livre d'art qui se lit comme un roman policier, ce qu'il est
d'ailleurs, ou presque. Au départ, nous avons quelques fragments d'un
retable acquis, au lendemain des guerres napoléoniennes, par le musée
de Francfort des mains d'un prêtre qui affirmait qu'ils venaient d'une
abbaye de Flémalle, et que les panneaux centraux avaient été détruits
à Nerwinden en 1793. On sait maintenant qu'il n'y avait pas d'abbaye à
Flémalle, et que cette attribution était sans doute destinée à égarer
les soupçons concernant une œuvre sans doute volée au milieu de l'agitation
révolutionnaire, à moins qu'il ne s'agisse d'une déformation de Phalemppin,
abbaye ayant appartenue aux comtes de Luxembourg, et dont les chanoines
s'étaient réfugiés à Nerwinden. Le nom du peintre étant inconnu, on lui
attribua par commodité le titre de "maître de Flémalle". Restait à mettre
un nom sur ce pseudonyme, et à identifier les œuvres de ce maître.
Ce sont les étapes de cette enquête que le livre retrace avec méthode,
identifiant le maître de Flémalle comme étant Robert Campin, peintre peu
connu d'Arras, mais vraisemblablement talentueux, puisqu'il compta parmi
ses élèves le fameux Rogier de la Pasture ou Rogier van der Weyden. Son
peu de célébrité serait dû à son activité révolutionnaire et pro-française
au moment où Arras fut sommée de choisir entre les Armagnacs et les Bourguignons,
au lendemain de l'assassinat du duc d'Orléans. Il ne fut donc pas honoré
des commandes du duc de Bourgogne, comme Jan van Eyck.
Outre l'analyse des œuvres de Campin, le livre comprend un catalogue clair
et intelligent de ses tableaux, de ceux qui lui furent indûment attribués,
et des copies qui en furent faites, des indications biographiques concernant
Campin, sa famille et ses principaux apprentis, et un rappel des différentes
théories concernant l'identification du maître de Flémalle.
Ne perdons pas de vue, en effet, même si Albert Châtelet est tout à fait
convaincant, que l'identification qu'il propose n'est pas acceptée par
tous les historiens d'art, même si elle n'est pas révolutionnaire, et
que les attributions qu'il fait peuvent également être remises en question
par d'autres auteurs. En tout état de cause, il s'agit d'un livre fort
bien documenté, richement illustré, passionnant, mais cher.
COLLIN-ROSET (S.), Images du Patrimoine, Vaucouleurs (Inventaire
Général, Lorraine, Le canton de Vaucouleurs, Meuse), Metz, Editions Serpenoise,
1993, 120 p., ph.
Les guerres n'ont guère épargné le patrimoine de ce canton, mais les noms
évoquent toute la geste de Jeanne et c'est un très beau voyage depuis
Burey-en-Vaux jusqu'à Vaucouleurs. Les images du chef-lieu font la part
belle à la Pucelle avec une double page de statuettes provenant d'une
collection particulière. On y trouve aussi les vitraux de l'église Saint-Laurent
avec sa Jeanne empanachée, et la chapelle castrale "rétablie" par le curé
Raulx, au dessus de Notre-Dame des Voûtes, haut lieu de pèlerinage johannique.
Ce recueil d'images mérite de figurer dans toutes les bibliothèques où
un rayon est consacré à notre héroïne.
DIDI-HUBERMAN, Fra Angelico : dissemblance et figuration,
Paris, Champs Flammarion, 1995, 446 p.
Le lecteur qui voudrait découvrir Fra Angelico va vite se perdre dans
les méandres de cette exploration d'une oeuvre picturale déjà difficilement
abordable. Ne possédant ni chronologie, ni références au contexte artistique
et politique, l'approche de cet ouvrage nécessite donc une bonne connaissance
du Quattrocento. Il est vrai que ce livre ne se veut pas une biographie,
ni même une analyse classique en Histoire de l'art, mais bien plutôt une
tentative d'explication de la multiplicité des sens qui transparaissent
des fresques de San Marco, et ce par l'héritage d'une culture théologique
profonde (Fra Angelico, Les fresques de San Marco, sous la direction
de Paolo Morachiello, cf. infra).
Ainsi, le frère dominicain Fra Angelico serait familiarisé avec la philosophie
médiévale du thème de la représentation picturale. La genèse intellectuelle
de l'oeuvre se trouverait donc dans la pensée de Saint-Thomas d'Aquin
et d'Albert le Grand, eux-mêmes dominicains, et chez le Pseudo-Denys l'Aréopagite
qui inspirent la volonté de figurer le non-figurable tel que le thème
de l'Incarnation. La peinture n'est plus seulement, comme voulait le croire
Grégoire le Grand, destinée aux ignorants qui n'ont pas accès à l'Ecriture,
c'est à dire n'offrant que le simple sens narratif (historia) d'un
épisode de la Bible mais, avec Fra Angelico, une véritable exégèse du
mystère de l'Incarnation. Ce que l'on retiendra, c'est la subtilité de
l'image qui rend peu appropriée la définition de la peinture du XVe siècle
comme figurative, et en cela Didi-Huberman s'oppose à l'analyse issue
du Traité de peinture d'Alberti (1435), qu'il considère comme valable
pour la Renaissance humaniste mais inadaptée pour Fra Angelico, homme
médiéval.
Mais cette prise de position est certainement discutable. On le voit,
la "subtilité des images" permet une multiplication de lectures et d'interprétations
évidemment plus évidentes pour un moine du XVe siècle. Aussi, on suivra
ou on ne suivra pas l'auteur dans toutes ses conclusions, notamment en
ce qui concerne les marmi finti, les marbres peints en trompe-l'oeil
qui n'aurait pas une fonction décorative mais exégétique... réflexion
incompréhensible que n'éclaire guère le verbiage "mystico-philosophique"
qui hante parfois l'ouvrage. Il n'en reste pas moins que certaines réflexions
sont séduisantes et offre un regard original sur le Maître de San Marco.
DUCHET-SUCHAUX (G.) et PASTOUREAU (M.), La Bible et les saints.
Guide iconographique, Paris, Flammarion, 1990, in-80, 319 p., ill.
Des centaines de fiches signalétiques sur les saints et les instruments
de leur martyre, très pratiques pour identifier les scènes des manuscrits
et des portails des églises. Les illustrations sont abondantes et les
planches couleur sont bien choisies et bien reproduites. C’est un livre
agréable, beau et utile. On peut relever une erreur en ce qui concerne
Jeanne d’Arc : le croquis qui illustre le chapitre sur la sainte - il
s’agit du célèbre croquis du greffier Clément de Fauquembergue - date
du 10 mai 1429, et non du procès de réhabilitation en 1449, ainsi que
l’affirme le livre.
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