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Les analyses présentées ci-dessous concernent les livres acquis par le Centre Jeanne d'Arc depuis 1990.

Art au temps des rois maudits, Philippe le Bel et ses fils (L'), Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 17 mars-29 juin 1998, Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 1998, 463 p., ill.

La stupidité racoleuse du titre, à peine rattrapée par un sous-titre neutre, ne saurait en rien annoncer la magnifique présentation faite ici d'un art d'un extrême raffinement. Aucune violence abusive ne transparaît dans les statues, peintures, objets familiers, bijoux offerts à notre contemplation et commentés avec rigueur. Bien au contraire, il semble que l'on soit justement à un miraculeux moment d'équilibre où la grâce du gothique servie par une technique admirable n'est pas encore victime de la virtuosité pure, du pathos, de la "baroquisation flamboyante". Paradoxalement en apparence, c'est le temps de la clarté, des premiers monochromes, de la simplification élégante sans mièvrerie, prélude évident à l'art dit international du milieu du XIVe siècle. L'art de cour se taille une place particulière avec l'ensemble de la statuaire d'Ecouis, fondation d'Enguerrand de Marigny : une étonnante sainte Véronique au voile de pierre, une Madeleine drapée dans ses cheveux ondoyants. Les ivoires sont nombreux : vierge de Villeneuve-les-Avignon, valves de miroir aux thèmes courtois, coffrets pour chevaliers et dames aujourd'hui conservés outre Atlantique.
L'éventail des manuscrits présentés permet un excellent tour d'horizon des talents des calligraphes et des enlumineurs de l'ensemble du royaume, à une époque où des centres régionaux commençaient à se distinguer. Le poids croissant des commandes laïques explique la place des langues vernaculaires, français, langue d'oc, provençal, et justifie, à côté de bibles et de psautiers, la présence de romans, d'encyclopédie et aussi du Livre de Fauvel avec ses grisailles ou des Coutumes de Toulouse avec leur commentaire.
Ce qui cependant finit par retenir l'attention et demeurer comme caractéristique de la période tiendrait au creux de la main : ce sont des émaux cloisonnés au fin décor de fleurettes reliées de fils d'or sur des fonds couleur marine ou émeraude. Ces émaux dits "de plique", chef d'oeuvre des émailleurs parisiens qui valaient déjà à l'époque plus que leur pesant d'or, sont biens représentatifs de l'art princier de l'époque : moins somptueux ou clinquant que subtil.

Art du Moyen Age, sous la direction de Jean-Pierre Caillet, Paris, Réunion des Musées Nationaux, Gallimard, 1995, 590 p.

 




 

BEAULIEU (M.) et BEYER (V.), Dictionnaire des sculpteurs français du Moyen Age, Paris, Picard, 1992, 312 p.

Le découpage est géographique, fait sur la France actuelle et ne correspond, honnêtement à aucune rigueur historique ; heureusement un index alphabétique des noms rattrape le désastre, mais on reste quand même surpris de l'incommodité du découpage choisi : pourquoi les sculpteurs du duc de Berry sont-ils privilégiés et pas ceux du duc de Bourgogne ?
La carte laisse perplexe quant à la frontière nord. Les notices sont en général assez intéressantes, mais certains détails font douter du sérieux de la recherche, ainsi l'auteur pense que tous les comptes de la ville d'Orléans du XVe siècle ont brûlé en 1940... alors que les sources sur lesquelles s'appuyait L. Jarry et autres existent bel et bien encore. Cela ébranle quelque peu notre confiance. Dictionnaire des sculpteurs ayant travaillé en France paraîtrait par ailleurs une meilleure définition de ce qui reste néanmoins un instrument de travail, à ne pas toujours suivre les yeux fermés !

BIALOSTOCKI (J.), L'art du XVe siècle, des Parler à Dürer, Paris, Le Livre de Poche, 1993, 526 p.

Cet historien de l'art qui, à la suite de Panofsky, contribua à la réévaluation de la production artistique occultée jusqu'alors par le Quattrocento, est encore peu traduit en français.
Dans cet ouvrage posthume, synthèse de ses recherches, l'auteur fait montre de sa maîtrise d'un XVe siècle résolument européen. L'Italie est volontairement laissée en retrait, l'Europe de l'est, davantage présente que d'habitude, aux côtés des figures plus familières des Limbourg, Van Eyck, Fouquet, Sluter, Schongauer ou Dürer.
L'étude des styles depuis le "gothique international", et celle des apports majeurs du siècle (perspective, symbolisme caché, image imprimée) sont ancrées dans un cadre social et religieux plus large et abordent par là-même aussi bien le mécénat que la fonction de l'art au XVe siècle.
Un seul défaut, inhérent au format : certaines reproductions (par ailleurs abondantes et placées en regard du passage les évoquant) se prêtent mal au format livre de poche.

BOSSUYT (I.), De Guillaume Dufay à Roland de Lassus, Les très riches heures de la polyphonie franco-flamande, Paris, Cerf, 1996, 174 p.

Cette initiation à la musique flamande doit être obligatoirement suivie, bien entendu, par l'audition des musiciens ainsi présenté, d'autant plus qu'on trouve très facilement en C.D. les oeuvre de Dufay, Gilles Binchois, Josqin des Prez, Roland de Lassus. Ce sont évidemment les plus célèbres, et c'est en lisant ce livre qu'on s'aperçoit que ce que l'on appelle génériquement "musique médiévale", est surtout de la musique bourguignonne et flamande de la fin du Moyen Age et du début de la Renaissance.
Le livre va en fait plus loin que Roland de Lassus (1532-1594) qui est sans doute le dernier musicien flamand connu, mais on peut supposer qu'un titre plus exact (de Dufay (1400-1474) à Mateo Romero (1575-1647)) n'aurait pas eu le même impact.

CAMILLE (M.), Le monde gothique, Paris, Flammarion, 1996, 192 p.

Un aperçu intéressant sur l'art gothique et qui a pour originalité d'être chapitré par thèmes : l'espace, le temps, le divin, la nature et la conscience de soi. Les deux autres qualités de cet ouvrage, outre sa portée à un large public, sont ses illustrations toutes commentées et bien intégrées dans le texte, et enfin son étendu vers les objets dit usuels (instrument de musique, astrolabe, aiguière...).
On pourra cependant regretter l'aspect diffus de cette étude au cas par cas, qui laisse difficilement entrevoir les différences régionales et les évolutions que connaît l'art gothique.

CABANOT (J.), Petit glossaire des thèmes d'iconographie chrétienne, Dax, A.E.A.L., 1996, 2 vol. (57 et 57 p.), ill.

Comme dans le cas de l'autre dictionnaire iconographique de Catherine Rager, le projet de présenter l'iconographie chrétienne médiévale est intéressant et pour tout dire utile. Malheureusement il apparaît encore ici que le but, qui était de permettre au lecteur de s'y retrouver dans l'iconographie du Moyen Age est manqué, et de loin.
Le lecteur aura déjà bien du mal à s'y retrouver dans le glossaire lui-même. Passe encore que les images ne soient pas regroupées par thèmes généraux (hommes, animaux, végétaux, par exemple, comme on en trouve pourtant un exemple dans le 2e volume), mais par livres sacrés (Ancien puis Nouveau Testament), ce qui suppose, de la part des néophytes auxquels ce livre est censé s'adresser, une déjà bien remarquable connaissance des conventions iconographiques. Mais pourquoi avoir, dans ce cas, adopté à l'intérieur de ces chapitres un ordre aberrant (par exemple, p. 22 du 1er volume : Evangéliste, Apocalypse, Apocryphe, Hagiographique, Légende Dorée, Acta Sanctorum, Bestiaire) On comprend que l'Apocalypse, attribuée à Jean, suive la rubrique Evangéliste, et comme l'attribution en est controversée, qu'elle soit suivie par Apocryphe, et qu'une idée en entraînant une autre, on aboutisse au Bestiaire. Mais il s'agit là de courts-circuits logiques que tout-un-chacun n'est pas obligé de partager avec l'auteur. Pourquoi avoir fait deux volumes, quand l'ensemble n'atteint pas 120 p. ? peut-être pour dissimuler le coût de l'ouvrage, presque un franc par page. Enfin comment se fait-il que quelqu'un dont le but exprimé est de guider le novice dans l'identification des images puisse en arriver à faire un catalogue des saints (tome II, p. 14 à 32, et là encore au prix d'un ordre alphabétique établi en dépit du bon sens) sans image et sans description des attributs de ces saints.
De deux choses l'une : soit les auteurs de glossaires iconographiques sont pour une raison inhérente à leur profession rédhibitoirement incapables de réaliser un glossaire utilisable, soit on se moque du monde. Peut-être faut-il répondre : "les deux, mon capitaine" ?
Dans les deux cas, cet ouvrage est à éviter. Encore n'y a-t-il ici qu'un seul index (et non pas deux comme chez Catherine Rager)), qui permet, à la rigueur au connaisseur chevronné, de profiter quelque peu de l'iconographie, limitée d'ailleurs pour l'essentiel à Villard de Honnecourt et au fichier de l'Inventaire général d'Aquitaine.

CAMILLE (M.), Images dans les marges. Aux limites de l'art médiéval, Paris, Gallimard, 1997, 253 p., ill. (Le temps des images). Traduit de l'américain.

Les petits dessins, souvent énigmatiques, qui envahissent les marges des manuscrits ornés trouveraient leur origine dans les commentaires ("gloses") qui accompagnaient les textes sacrés ou juridiques, et dans les signes, tels les index pointés, qui soulignaient un passage. Autrement dit il existerait bien un rapport au texte et au monde entre les "singeries" et le sérieux. La distance de l'un à l'autre devint d'autant plus difficile à franchir pour le lecteur que le scribe et le dessinateur étaient fort rarement la même personne : l'enlumineur a donc la possibilité de détourner le texte dans l'espace de liberté qui lui est laissé. Cette liberté n'est pas totale, elle n'est surtout pas contre-pied systématique et obscène, mais plutôt ambiguïté. La culture historique et religieuse autant qu'artistique de l'auteur lui permet de montrer, toujours à partir d'exemples précis, que presque chaque ouvrage a sa clef de lecture des marges dans un système particulier de commentaire du texte où sacré et profane sont inextricablement mêlés. Un ouvrage extrêmement stimulant.

Canton de Chinon, Indre et Loire, texte de Christine Toulier, photographies Marc Deneyer, Mariusz Hermanovicz, Jean-Claude Jacques, Robert Malnoury, Orléans, Inventaire Région Centre, 1990, in-40, 64 p., (Images du Patrimoine, 81).

Très belles photographies commentées de châteaux, demeures, oeuvres d’art, paysages du canton de Chinon, en particulier d’intéressantes vues des restes de la salle de Chinon, et l’original de la statue de Jeanne d'Arc par J. Dechin.


CHATELET (A.), Robert Campin, le Maître de Flémalle, Anvers, Fonds Mercator, 1996, 379 p., ill.

Voilà un livre d'art qui se lit comme un roman policier, ce qu'il est d'ailleurs, ou presque. Au départ, nous avons quelques fragments d'un retable acquis, au lendemain des guerres napoléoniennes, par le musée de Francfort des mains d'un prêtre qui affirmait qu'ils venaient d'une abbaye de Flémalle, et que les panneaux centraux avaient été détruits à Nerwinden en 1793. On sait maintenant qu'il n'y avait pas d'abbaye à Flémalle, et que cette attribution était sans doute destinée à égarer les soupçons concernant une œuvre sans doute volée au milieu de l'agitation révolutionnaire, à moins qu'il ne s'agisse d'une déformation de Phalemppin, abbaye ayant appartenue aux comtes de Luxembourg, et dont les chanoines s'étaient réfugiés à Nerwinden. Le nom du peintre étant inconnu, on lui attribua par commodité le titre de "maître de Flémalle". Restait à mettre un nom sur ce pseudonyme, et à identifier les œuvres de ce maître.
Ce sont les étapes de cette enquête que le livre retrace avec méthode, identifiant le maître de Flémalle comme étant Robert Campin, peintre peu connu d'Arras, mais vraisemblablement talentueux, puisqu'il compta parmi ses élèves le fameux Rogier de la Pasture ou Rogier van der Weyden. Son peu de célébrité serait dû à son activité révolutionnaire et pro-française au moment où Arras fut sommée de choisir entre les Armagnacs et les Bourguignons, au lendemain de l'assassinat du duc d'Orléans. Il ne fut donc pas honoré des commandes du duc de Bourgogne, comme Jan van Eyck.
Outre l'analyse des œuvres de Campin, le livre comprend un catalogue clair et intelligent de ses tableaux, de ceux qui lui furent indûment attribués, et des copies qui en furent faites, des indications biographiques concernant Campin, sa famille et ses principaux apprentis, et un rappel des différentes théories concernant l'identification du maître de Flémalle.
Ne perdons pas de vue, en effet, même si Albert Châtelet est tout à fait convaincant, que l'identification qu'il propose n'est pas acceptée par tous les historiens d'art, même si elle n'est pas révolutionnaire, et que les attributions qu'il fait peuvent également être remises en question par d'autres auteurs. En tout état de cause, il s'agit d'un livre fort bien documenté, richement illustré, passionnant, mais cher.

COLLIN-ROSET (S.), Images du Patrimoine, Vaucouleurs (Inventaire Général, Lorraine, Le canton de Vaucouleurs, Meuse), Metz, Editions Serpenoise, 1993, 120 p., ph.

Les guerres n'ont guère épargné le patrimoine de ce canton, mais les noms évoquent toute la geste de Jeanne et c'est un très beau voyage depuis Burey-en-Vaux jusqu'à Vaucouleurs. Les images du chef-lieu font la part belle à la Pucelle avec une double page de statuettes provenant d'une collection particulière. On y trouve aussi les vitraux de l'église Saint-Laurent avec sa Jeanne empanachée, et la chapelle castrale "rétablie" par le curé Raulx, au dessus de Notre-Dame des Voûtes, haut lieu de pèlerinage johannique. Ce recueil d'images mérite de figurer dans toutes les bibliothèques où un rayon est consacré à notre héroïne.

DIDI-HUBERMAN, Fra Angelico : dissemblance et figuration, Paris, Champs Flammarion, 1995, 446 p.

Le lecteur qui voudrait découvrir Fra Angelico va vite se perdre dans les méandres de cette exploration d'une oeuvre picturale déjà difficilement abordable. Ne possédant ni chronologie, ni références au contexte artistique et politique, l'approche de cet ouvrage nécessite donc une bonne connaissance du Quattrocento. Il est vrai que ce livre ne se veut pas une biographie, ni même une analyse classique en Histoire de l'art, mais bien plutôt une tentative d'explication de la multiplicité des sens qui transparaissent des fresques de San Marco, et ce par l'héritage d'une culture théologique profonde (Fra Angelico, Les fresques de San Marco, sous la direction de Paolo Morachiello, cf. infra).

Ainsi, le frère dominicain Fra Angelico serait familiarisé avec la philosophie médiévale du thème de la représentation picturale. La genèse intellectuelle de l'oeuvre se trouverait donc dans la pensée de Saint-Thomas d'Aquin et d'Albert le Grand, eux-mêmes dominicains, et chez le Pseudo-Denys l'Aréopagite qui inspirent la volonté de figurer le non-figurable tel que le thème de l'Incarnation. La peinture n'est plus seulement, comme voulait le croire Grégoire le Grand, destinée aux ignorants qui n'ont pas accès à l'Ecriture, c'est à dire n'offrant que le simple sens narratif (historia) d'un épisode de la Bible mais, avec Fra Angelico, une véritable exégèse du mystère de l'Incarnation. Ce que l'on retiendra, c'est la subtilité de l'image qui rend peu appropriée la définition de la peinture du XVe siècle comme figurative, et en cela Didi-Huberman s'oppose à l'analyse issue du Traité de peinture d'Alberti (1435), qu'il considère comme valable pour la Renaissance humaniste mais inadaptée pour Fra Angelico, homme médiéval.

Mais cette prise de position est certainement discutable. On le voit, la "subtilité des images" permet une multiplication de lectures et d'interprétations évidemment plus évidentes pour un moine du XVe siècle. Aussi, on suivra ou on ne suivra pas l'auteur dans toutes ses conclusions, notamment en ce qui concerne les marmi finti, les marbres peints en trompe-l'oeil qui n'aurait pas une fonction décorative mais exégétique... réflexion incompréhensible que n'éclaire guère le verbiage "mystico-philosophique" qui hante parfois l'ouvrage. Il n'en reste pas moins que certaines réflexions sont séduisantes et offre un regard original sur le Maître de San Marco.

DUCHET-SUCHAUX (G.) et PASTOUREAU (M.)
, La Bible et les saints. Guide iconographique, Paris, Flammarion, 1990, in-80, 319 p., ill.

Des centaines de fiches signalétiques sur les saints et les instruments de leur martyre, très pratiques pour identifier les scènes des manuscrits et des portails des églises. Les illustrations sont abondantes et les planches couleur sont bien choisies et bien reproduites. C’est un livre agréable, beau et utile. On peut relever une erreur en ce qui concerne Jeanne d’Arc : le croquis qui illustre le chapitre sur la sainte - il s’agit du célèbre croquis du greffier Clément de Fauquembergue - date du 10 mai 1429, et non du procès de réhabilitation en 1449, ainsi que l’affirme le livre.