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Les analyses présentées ci-dessous concernent les livres acquis par le Centre Jeanne d'Arc depuis 1990.

ALLMAND (Christopher), La guerre de Cent Ans. L’Angleterre et la France en guerre 1300-1450, traduit de l’anglais par Christian Clerc, Paris, Payot, 1989, in-80, 284 p.

Une vue intéressante sur la guerre de Cent ans, car venue d'Outre-Manche : notons que Jeanne d'Arc est mentionnée en une demie-page et qu'elle ne figure même pas dans l'index.

Antoine de Chabannes et son époque, actes du colloque de Dammartin en-Goêle, 22 et 23 octobre 1988, Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de la Goêle, n° 21, 2 cahiers; 38 et 67 p., photos, cartes, plans.

Issu d'une des plus anciennes familles du royaume, Antoine de Chabannes a été sous les règnes successifs de Charles VII, Louis XI et Charles VIII, Conseiller, Grand Panetier, Chambellan, Lieutenant du Roi, Grand Maître, Gouverneur de Paris, sans compter les nombreuses et importantes missions militaires dont il s'est acquitté avec brio. Il a participé notamment à toutes les campagnes menées par Jeanne d'Arc.

Apogée et déclin, sous la direction de Claude THOMASSET et Michel ZINK, actes du colloque de Provins, Cultures et civilisations médiévales, t. VIII, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1993, 308 p.

Dans une double conclusion brillante, D. Poirion et G. Gros rappellent que nous sommes, en ce qui concerne la fin du Moyen Age, victimes d'un double aveuglement. Dans une vision cosmique du monde nous assimilons les crises au déclin du soleil sur l'horizon : les crépuscules médiévaux précèdent les printemps de la Renaissance, aubes des temps modernes. Les dix-neuf contributions de ce volume tentent de dégager la façon dont la littérature a révélé le "sentiment du déclin" éprouvé à la fin du Moyen Age ou a transcendé le marasme ambiant et contagieux, pour continuer à vivre la ligne droite du temps.
On relèvera particulièrement l'analyse tonifiante de Froissart par M. Zink ; le bel article, féministe au bon sens du terme, de Rosalind Brown-Grant sur Christine de Pisan, la poétesse qui croyait que les femmes au pouvoir pouvaient arrêter la guerre. Enfin, on terminera sur l'affirmation optimiste de Claudio Galderisi pour lequel la "modernité" de Charles d'Orléans vient de l'union parfaite de la vérité du fond et de la rigueur de la forme. Chez le duc poète, pas de soleil déclinant, ni d'arrière saison.

Artistes, artisans et production artistique au Moyen Age, actes du colloque de Rennes II, Paris, Picard, 1986, 3 vol., 624 p., 584 p., 736 p., index.

Les hommes, les commandes et le travail, la fabrication et la consommation de l'oeuvre : il est impossible de présenter les cent neuf contributions de ce colloque qui embrassait aussi bien Byzance que Saint-Jacques-de-Compostelle du Bas Empire à la Renaissance. On relèvera cependant, en raison des points d'intérêt du Centre, l'article de D. Dubois sur les engins de jets à la fin du Moyen Age (t. II, p. 403) et celui de Mme M. Vincent-Cassy sur les cavalcades des sept péchés capitaux des églises rurales du XVIe siècle (t. III, p. 461), sarabande qui semble apparaître vers 1390 et figurait dans l'entrée de Charles VII à Paris le 13 novembre 1437 (et non 1434...).

AURELL (M.), La noblesse en Occident (Ve-XVe siècle), Paris, Armand Colin, 1996, 194 p.

L'ouvrage ouvre un panorama de grande ampleur sur la noblesse dans ses différents états. Il n'y a pas en fait une noblesse, mais des aristocraties, parfois antagonistes : aristocratie administrative romaine contre noblesse militaire germanique, noblesse contre chevalerie, aristocratie servant, mais aussi luttant contre la royauté, noblesse de robe contre noblesse héréditaire. Il s'agit en fait d'un groupe social changeant, largement ouvert aux nouveaux venus méritants : partout où l'on peut le vérifier, chaque siècle amène un renouvellement de près de soixante dix pour cent des lignages.
La noblesse se transmet par le sang, bien sûr, mais on peut aussi y accéder : est noble celui qui vit de ses rentes, sans travailler, mais prêt à combattre. C'est ce service militaire qui justifie l'exemption d'impôt. Il va sans dire que ses privilèges, mais aussi les ravages qu'elle effectue en temps de guerre et son inutilité en temps de paix valent à la noblesse de sévères critiques de la part des roturiers, et parfois une dure remise à l'ordre par la royauté. Néanmoins elle représente aussi un idéal pour tous ceux qui, tout en la critiquant, aspirent à en faire partie. C'est cette ouverture de la noblesse, qui commence à se restreindre au XVIe siècle, qui sert en quelque sorte de soupape de sécurité à la frustration du tiers état.

AUTRAND (F.), Charles V, Paris, Fayard, 1994, 903 p.

Un récit allègre, parfois ironique, toujours bien documenté, du règne de ce grand roi (1338-1380) qui fit de la réflexion et de la culture un système de gouvernement, et qui mit sur pieds une véritable religion dynastique pour conforter la légitimité chancelante de la dynastie des Valois. A sa mort, il n'avait vécu que neuf ans de trêves, d'ailleurs consacrées à la réduction des bandes de routiers qui infestaient son royaume. Mme Autrand, si elle souligne les difficultés que le jeune Charles connut avec son père avant de pourvoir librement mettre en place la politique qui allait lui permettre de compenser les défaites françaises des règnes précédents, ne trace pas moins de Jean II un portrait nuancé qui n'est pas utilisé comme repoussoir. Jean II était lui aussi un homme de culture plus qu'une bête de guerre, ce que son jusqu'au-boutisme sur le champ de bataille de Poitiers a complètement fait oublier.
Le rôle des autres protagonistes de cette vie assez courte (42 ans, dont 16 ans de règne), est analysé également de façon mesurée : Charles d'Evreux, roi de Navarre, n'est pas le Mauvais qu'on n'a appelé ainsi qu'au XVIe siècle seulement. Les divers opposants à Charles V, les Etienne Marcel, les Le Coq ont tous leurs raisons, finement expliquées. Les carrières des partisans du roi sont aussi analysées en détails, mais si Charles V eut recours à des conseillers et à des hommes de guerre comme du Guesclin, la victoire n'en est pas moins, exclusivement, la sienne. L'auteur trace d'ailleurs ici du capitaine breton un portrait qui n'est guère flatteur. Ici, chaque détail est examiné avec intérêt, depuis la faible santé du roi (il avait une main atrophiée), ce qui l'éloigna des champs de bataille, jusqu'à l'aide et le conseil qu'il obtint toujours de l'empereur Charles IV, qui était à la fois son oncle et son suzerain pour le Dauphiné, où le futur roi fut un prince d'Empire de 1349 à 1364, soit presque autant que la durée de son règne, à un an près.

Banquet du Faisan en 1454 (Le) : l'Occident face au défi de l'Empire ottoman, textes réunis par Marie-Thérèse Caron et D. Clauzel, Arras, Artois Presses-Université, 1997, 365 p. (Centre de recherches historiques "Des anciens Pays-Bas à l'Eurorégion", Université d'Artois-Arras, collection "Histoire").

Au cours d'un fastueux banquet de l'Ordre de la Toison d'or qui se tint le 17 février 1454 en écho à la prise de Constantinople par les Turcs (29 mai 1453), fut lancé un appel à la croisade auquel répondirent les voeux solennels des chevaliers. On sait que ce fut ce qu'on appelle un "voeux pieux", c'est à dire sans lendemain.

Les vingt-cinq contributions du colloque se sont attachées, après l'étude des sources concernant la cérémonie, à mettre en relief les raisons pour lesquelles il paraissait urgent de réagir à l'avancée turque, à relever l'évidence de confier au duc de Bourgogne la conduite de cette expédition, et à expliquer en quoi l'Ordre de la Toison d'or qui se rattachait à un mythe grec devait fournir le cadre idéal d'une armée chrétienne.

BAUD (P.), Nicolas de Flue, 1417-1487, Un silence qui fonde la Suisse, Paris, Cerf, 1993, 266 p.

"Saint actuellement vivant", Nicolas fut un laïc reconnu prophète par ses concitoyens (plus rapides que l'Eglise qui a attendu 1947). Il fut le contemporain de l'essor de la toute naissante confédération suisse.
Né en Unterwald au moment de la difficile liquidation du Grand Schisme (concile de Constance 1417) et dans un temps de piété populaire intense et parfois d'une affectivité incontrôlable, Nicolas se marie à trente ans, avec une jeunesse de seize, ils ont dix enfants, il participe aux expéditions militaires communes (1450), est envoyé à la Diète pour protéger sa paroisse contre la rapacité des bénédictins d'Angelberg. A cinquante ans, il entend des voix, voit et reçoit des "visiteurs", mène une lutte intérieure douloureuse. Avec l'accord des siens il quitte tout le 16 octobre 1467 et s'installe jusqu'à sa mort, vingt années sans boire ni manger, et sans guère parler, dans le vallon proche de chez lui qu'une révélation lui a désigné. Son ermitage est ouvert, il reçoit les voyageurs, lesquels rapportent sa bonne humeur, sa ferveur et sa sainteté (ascète souriant, visionnaire dans le concret).
Dans les années 1476-1480 la confédération suisse, au bord de l'éclatement, fait appel à l'arbitrage et aux conseils du sage, et le 21 décembre 1481 un message de sa part, dont la teneur nous est encore inconnue, ramène la paix dans les cantons.
Cet ouvrage présente avec sensibilité, mais sans pathos ni jargon, les éléments principaux de la personnalité de Nicolas de Flue et publie les traductions de témoignages des contemporains de l'ermite, ainsi que le tableau de la roue, icône de méditation qui se trouvait dans la cellule de l'ermite du Ranft. Ce petit livre nous rappelle à propos la prise en compte par la collectivité, y compris les forces politiques, du foisonnement spirituel du Moyen Age finissant.

BERLIOZ (J.), Moines et religieux au Moyen Age, Paris, Le Seuil, 1994, Société d'éditions scientifiques, L'Histoire, 342 p.

Ce volume, autre présentation d'un numéro de la revue L'Histoire, présente une section "Les femmes de Dieu", qui touche de près aux préoccupations du Centre Jeanne d'Arc. Il s'agit bien évidemment de la section des "femmes consacrées", Pierre-Louis Gatier fait justice de la courtisane repentie qui n'est qu'un mythe. La réalité est que les femmes qui choisissent au Haut Moyen Age une vie de ligne monastique sont suspectes, car leur direction spirituelle - "nécessairement" masculine - est périlleuse pour les hommes. La femme du très haut monachisme ne peut saisir que des parcelles de la sainteté. Michel Parisse rappelle combien est difficile l'étude des ordres religieux féminins : il y a une contradiction entre la forte demande de personnalités remarquables du côté des femmes, et l'étouffement de la part des ordres masculins et de la hiérarchie.
Paulette L'Hermite-Leclercq s'intéresse aux recluses, bien intégrées au XVe siècle dans la société, pourvoyeuses de conseils, de prières et même garde d'enfants. Enfin Michel Lauwers se penche sur les mystiques et l'anorexie féminine. Rappelons que certains "psychiatres" voudraient que Jeanne d'Arc ait souffert de cette forme qualifiée aujourd'hui de pathologique, ce que rien ne prouve. Selon l'auteur, pour beaucoup de ces femmes la sainte anorexie était une façon d'affirmer leur identité dans un monde d'hommes, et en même temps de devenir "chair souffrante comme le Christ", une forme de l'Imitation.

Bibliographie Lorraine, tome V, troisième fascicule, Académie Nationale de Metz, 1989, in-40, 104 p.

Le tome V de la Bibliographie Lorraine comporte 43 pages de titres johanniques. Le plan en est présenté en 5 grands thèmes : I Bibliographie, II Vie de Jeanne d’Arc, III Famille de Jeanne d’Arc, IV Célébrations de Jeanne d’Arc, V Les fausses Jeanne d’Arc.

Chacun de ces thèmes est également divisé en sous-chapitres. Au total 1366 titres répertoriés, depuis le 16e siècle jusqu’à 1988. On trouve à la suite une bibliographie de 56 titres concernant Jeanne des Armoises. Un regret concernant cette bibliographie : beaucoup d’erreurs de frappe, telles que les noms d’auteurs sont défigurés, et certains titres transformés...

BLANC (O.), Parades et parures : l'invention du corps de mode à la fin du Moyen Age, Paris, Gallimard, 1997, 236 p.

A partir de l'observation d'enluminures médiévales, l'auteur nous entraîne dans une réflexion sur la façon dont les hommes concevaient leur vêtement et le rapport que celui-ci entretenait avec leur corps. Les images des manuscrits témoignent certes de la mode vestimentaire. Mais plus que la réalité, elles traduisent la fonction sociale de l'individu représenté.
Le monde ecclésiastique porte des vêtements longs et amples qui donnent au corps une allure imposante, alors que les laïcs ont des vêtements courts plus actualisés. La tenue vestimentaire distingue également le monde chrétien du monde païen et de l'étranger. Ce dernier arbore une tenue exotique qui prend parfois un sens dévalorisant. Enfin, le monde surnaturel des anges et des saints possède sa propre "garde-robe" monochrome à l'ampleur volumineuse et irréaliste.
A la fin du XIVe siècle, la mode vestimentaire des nobles, plus courte et ajustée au corps, se généralise et s'étend à d'autres catégories sociales. Au siècle suivant, sa représentation abandonne un style conventionnel pour offrir des images très variées autour d'une même tenue. Accessoires, fentes et découpes du vêtement, choix des coloris, longueurs viennent enrichir une tenue de base qui se compose d'un surcot long et ample, du pourpoint plus ajusté, de la houppelande et des chausses gainant la jambe. Pour l'auteur, la transformation du vêtement est liée à une nouvelle vision du corps humain : ajustement parfois extrême épousant l'anatomie, marquant les articulations des bras et des jambes, avec des couleurs différentes pour les manches. Elle expose aussi l'implication de la tenue dans l'animation de la silhouette, la distinction entre les deux sexes. Elle donne des analyses très intéressantes d'enluminures telles que celle du banquet offert par le duc de Berry (Les très riches heures du duc de Berry, mois de janvier) ou bien la construction de l'arche de Noé (Les heures du duc et de la duchesse de Bedford) qui nous montrent la riche diversité vestimentaire des personnages. L'ouvrage comporte de nombreuses illustrations dont on regrette qu'elles ne soient pas toutes en couleurs.

BOGARD (N.), Réalité et Transfiguration dans le Mistère du Siège d’Orléans, mémoire de maîtrise de Lettres Modernes, sous la direction de Bernard Guidot, Université de Nancy 11, 1988-1989, 21 x 29,7 - 155 p., ill.

Le Mistère du siège d’Orléans est unique à plus d’un titre : c’est le seul mistère à sujet laïc, il ne nous est parvenu qu’à un seul exemplaire, il n’a probablement jamais été joué. Dans son mémoire de maîtrise de Lettres Modernes, Nathalie Bogard analyse l’histoire de la composition de l’oeuvre, et comment l’auteur anonyme a pu passer de l’histoire à la scène.

BONENFANT (P.), Philippe le Bon, sa politique, son action, Paris-Bruxelles, De Boeck Université, 1996, 452 p. Réédition de deux études datant de 1943 (Philippe le Bon) et 1958 (Du meurtre de Montereau au traité de Troyes).

Etude méthodique mais limitée aux premières années du règne de Philippe le Bon. L'ouvrage met en relief la paralysie causée dans le royaume de France par la lutte entre Armagnacs et Bourguignons ; l'antagonisme entre Isabeau de Bavière et le duc de Bourgogne à cause des buts originaux de celui-ci, qui étaient de s'emparer du pouvoir en France, voire de la couronne ; la perturbation que les Anglais mirent dans ses projets, ce qui l'amena à se tourner vers l'acquisition de territoires à l'intérieur de l'empire ; la relative faiblesse militaire des protagonistes, et le peu de pugnacité du duc dans la poursuite de sa vengeance contre Charles VII. Finalement, Philippe le Bon préférait jouir tranquillement de la richesse de ses états, en confiant les soucis de leur administration à des conseillers, plutôt que tout faire lui-même et consumer ses forces à la guerre pour des résultats aléatoires.

BOUTRY (P.) et NASSIF (J.), Martin l'Archange, Paris, Gallimard, 1985, 395 p.

Même si Thomas Martin est chronologiquement fort éloigné de Jeanne d'Arc, leur histoire a de nombreux points communs : sur l'injonction de l'archange Raphaël, ce paysan des environs de Chartres alla en 1816 trouver le roi Louis XVIII pour lui porter un message, qu'il authentifia par la révélation d'un secret du roi. Catherine de Rabastens et Jacqueline de Maillé avaient agi de même avant Jeanne d'Arc ; existerait-il une tradition de message et de secret du roi dans le prophétisme médiéval ou royal ? C'est en tous cas un sujet qu'il serait intéressant de voir traiter.

BROSSOLLET (J.) et MOLLARET (H.) Pourquoi la peste ? Le rat, la puce et le bubon, Paris, Gallimard, 1994, 160 p. (Découvertes, 229).

Cet ouvrage relate l'historique d'une redoutable pandémie : la peste. Par trois fois elle toucha les hommes : au VIe siècle (c'est la peste dite de Justinien) elle envahit le bassin méditerranéen, en 1346 ce fut au tour de l'Europe entière, puis au début du XXe siècle elle débute en Asie. Longtemps jugée comme un châtiment de Dieu, la peste frappait hommes et femmes, enfants et vieillards, riches et pauvres sans distinction. Les médecins incisaient les bubons et cautérisaient la plaie au fer rouge, mais ils restaient impuissants face à l'ampleur de l'épidémie. On mettait en cause l'air dans lequel des germes étaient répandus, ou bien l'on accusait les Juifs d'empoisonner les fontaines. Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que Yersin puis Simond mettent un nom sur les causes de la peste : le rat et la puce. Mais n'allons pas imaginer que la peste n'existe plus. En 1994, elle touche encore l'Inde. Et si l'on admet l'apparition d'une éventuelle résistance aux antibiotiques actuels ou l'utilisation de la peste lors d'une guerre bactériologique, la peste peut devenir une maladie d'avenir. L'ouvrage, très agréable à lire malgré le thème abordé, a été écrit par deux spécialistes qui ont travaillé trente ans au Service de la peste à l'Institut Pasteur de Paris. Fidèle à elle-même, la collection "Découvertes Gallimard" nous présente une iconographie fort intéressante qui vient en complément des textes. Les images concernant le Moyen Age et la période moderne sont fascinantes : elles nous montrent la crainte des hommes face à la peste, leurs croyances, leurs réactions, les instruments utilisés avec les pestiférés... C'est une excellente collection de vulgarisation, à utiliser comme illustration d'un thème socio-historique.

BULLY (P.), Charles VII, le "roi des merveilles", Paris, Tallandier, 1994, 339 p.

L'avant-propos est prometteur, l'auteur y souligne le remarquable rétablissement de la situation du royaume de France sous le règne de Charles VII : "de cet enchaînement providentiel... il est peu vraisemblable que Charles se soit borné, comme certains ont voulu le croire, à être le témoin". On se rend compte, hélas, assez vite que l'auteur n'a retenu de ce constat que les mots "enchaînement providentiel", et le titre même du premier chapitre, "Dauphin malgré lui", en est symptomatique : on se demande en effet en quoi le fait d'être Dauphin a-t-il jamais été le résultat d'un choix pour les fils aînés des rois de France ? Le portrait est finalement tristement conventionnel, avec un Charles VII décrit comme pathologiquement incapable d'agir. On en arrive à ne plus comprendre au nom de quelle logique ses brillants adversaires, Bedford et Philippe le Bon, ont bien pu être contraints de s'incliner devant un roi si empoté, et de surcroît si mal entouré. Qui donc a pu assurer la réussite de ce règne long de 39 années, puisqu'on de distingue pas, auprès de lui, de ministre de l'étoffe et de la longévité de Richelieu? La solution était peut-être à rechercher dans les premiers actes du Dauphin, lorsque la mort de son frère en 1417 fait de lui, à 14 ans, l'héritier d'un roi fou dans un royaume envahi. La garnison bourguignonne d'Azay-sur-Indre l'insulte au passage ? elle est entièrement massacrée en 1418 ; le duc de Bourgogne fait preuve de duplicité ? il est assassiné en 1419 ; le duc de Bretagne négocie avec les Anglais ? il est enlevé en 1420. On pourrait croire, après cela, que le Dauphin devrait être pour le moins crédité d'un caractère froid, voire expéditif et cruel ; mais l'auteur a bien vite fait de nous rassurer : c'est toujours par hasard qu'il s'est trouvé le spectateur innocent des crimes qui se multiplient dans son entourage. Il semble suivre en cela l'opinion de Jean Markale, celtisant notoire mais peu suspecté de s'y connaître en bas Moyen Age, qui est cité à tout bout de champ. On est dès lors bien obligé de penser que Charles VII a bénéficié tout au long de son règne de la chance la plus insolente, la plus injustifiée, la plus incroyable dont on ait jamais entendu parler dans la société des cocus, des collectionneurs de trèfles à quatre feuilles et des grossistes en fers à cheval et en pattes de lapin. On pourra toutefois aussi trouver cette explication un peu faible, et préférer la lecture du livre de Bernard Guenée, Un meurtre, une société, qui fait un sort aux opinions naïves concernant l'innocence de Charles VII dans l'affaire du meurtre du duc de Bourgogne à Montereau.

CABANNE (P.), Guide des Musées de France, cinquième édition entièrement revue et mise à jour, Paris, 1990, in 80, 752 p., ill..

Les sept musées consacrés à Jeanne d’Arc sont répertoriés page 700.

CALO (J.), La création de la femme chez Michelet, Paris, Librairie Nizet, 1975, 525 p.

Un éclairage intéressant sur l'oeuvre de Michelet en dépit de son ancienneté, de ses références historiques sommaires. J. CALO souligne l'intrusion de l'imaginaire dans l'écriture de l'histoire chez Michelet, intervenant en parallèle à l'étude de documents inédits. Les relations successives que Michelet entretient avec les femmes rejaillissent ainsi, peuplant ses livres d'héroïnes, à la fois femmes idéales et symboles. Aussi Jeanne d'Arc reflète-t-elle les hantises de son créateur. "Il y a enrichissement du personnage légendaire par introduction de motifs et thèmes propres à Michelet" (p. 31). J. CALO cite parmi eux le dynamisme de la pitié, l'importance de l'action et de la création, l'amour créateur, les qualités d'enfance et de pureté, la beauté de l'âme associée à celle du corps, l'influence du milieu natal, les motifs du sang et du lait, du cycle menstruel, du viol. D'où la représentation d'une héroïne stéréotypée d'image d'Epinal. Michelet faisant de Jeanne d'Arc une des nombreuses incarnations de la France et du peuple.

CALVOT (D.) et OUY (G.), L'oeuvre de Gerson à St Victor de Paris, catalogue des manuscrits, Paris, CNRS, 1990, 268 pages, 7 planches N et B. M. Gilbert

OUY étudie depuis plus de trente ans l'oeuvre de Jean Gerson, qui fut l'un des théologiens les plus politiques de la fin du XIVe et du début du XVe siècle, avant d'être appelé par Charles VII à donner son avis sur Jeanne d'Arc, peu après l'arrivée de la Pucelle à Chinon.
Cet ouvrage se présente comme une description des 55 ouvrages de Gerson à la bibliothèque de St Victor de Paris, recensés en 1514. Quarante-quatre d'entre eux ont été identifiés dans des bibliothèques ou aux Archives Nationales. On peut ainsi identifier 400 traités de Gerson, ce qui ne représente d'ailleurs pas l'intégralité de l'oeuvre de cet auteur. Le catalogue est suivi de diverses tables qui font du livre un instrument de travail complexe et érudit.

CARON (M.-T.), La noblesse dans le duché de Bourgogne 1315-1477, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1987, 591 p., index.

Les Bourguignons, adversaires des Armagnacs, étaient aussi des individus... Cet ouvrage s'attache à l'histoire sociale d'un groupe, "un état" privilégié, uni par des liens multiples et complexes de famille et de vassalité et cependant traversé par de subtils clivages de fortune et de rang. Réunis par leur fidélité - générale - envers les ducs, et même leur "affection" pour Philippe le Bon, ces Bourguignons appartiennent dans l'ensemble à une noblesse médiocre qui n'a pas eu à opérer de choix douloureux entre 1420 et 1435 et a fait fortune dans les services administratifs de leur province. On notera avec intérêt les nombreuses mentions des La Trémoille, famille partagée, on le sait, entre les deux partis, et l'on observera avec curiosité l'autre famille d'Arc et ses deux Jeanne : l'épouse de Philippe de Montereul et celle d'Eudes de Saulx...

CHALIAND (G), Anthologie mondiale de la stratégie, des origines au nucléaire, Paris, Laffont, coll. Bouquins, 1990, 1523 p.

Dans une note liminaire, l'auteur s'explique sur les choix qu'il a dû faire, préférant "privilégier" tel auteur byzantin, indien ou persan moins familier du public. Villehardoin et Joinville (édités par ailleurs) sont ainsi écartés. La raison des choix relève donc aussi, sans doute, des problèmes de droits d'auteur ou de reproduction. D'autres livres, comme Le Jouvencel de Jean de Bueil, ne sont pas même cités. Jean Froissart est ainsi le seul auteur retenu pour le Moyen Age occidental, dans un livre où plus de la moitié du texte est consacré aux XIXe et XXe siècles. De ce point de vue, une anthologie de la stratégie médiévale reste à écrire.

CITRON (Suzanne), Le mythe national. L'histoire de France en question, Paris, les Editions ouvrières, Paris, Etudes et documentations internationales, 1991 (1ère éd., 1989), 334 p.

"L'histoire est un regard sur le passé, mais non pas "le" passé", (p. 293). Forte de cet enseignement, Suzanne Citron porte un regard critique sur l'ensemble de l'historiographie française pour en extraire la matière d'une saine mise au point ponctuée parfois de non moins saines mises en garde. L'histoire "ministérielle", celle du grand public, de l'école primaire, restent empreintes du XIXe siècle, "à la fois science et liturgie" (p. 293).
Suzanne Citron appelle de ses voeux une révolution idéologique, accompagnant les apports méthodologiques des oeuvres collectives récentes, telles que Les lieux de Mémoire (dir. P. Nora), pour rompre avec une certaine logique du passé (France immémoriale, ancêtres gaulois, conquêtes légitimées présidant à la construction d'une patrie préexistant à sa formation) établie par Amédée Thierry, Ernest Lavisse ou Henri Martin. L'auteur soumet l'histoire de France à une lecture rapide mais plurielle, prenant en compte les points de vue des vainqueurs pour les confronter aux situations vécues des vaincus régulièrement ignorées par une histoire traditionnelle légitimant le pouvoir en place (L'Etat-nation monarchique puis républicain).
Cette histoire, plus objective, sans perdre de ses attraits, doit être à la base d'une éducation véritablement démocratique, démythifiant les clichés (ex. Charles Martel), accordant une place aux mémoires occultées (ex. L'Occitanie du XIIIe siècle). Suzanne Citron s'interroge : Jeanne d'Arc, et avec elle Vercingétorix, Clovis sont-ils réellement les héros positifs de la mémoire collective de Français de souches toulousaine, provençale, antillaise, musulmane ...? Sont-ils aptes à former des citoyens véritablement européens ?