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Les analyses présentées ci-dessous concernent les livres acquis par le Centre Jeanne d'Arc depuis 1990.

DEMURGER (A.), Temps de crises, temps d’espoirs, XIVe - XVe siècle, Nouvelle histoire de la France médiévale, tome 5, Paris, Seuil, 1990, in-80, 383 p., (coll. Points Histoire).

Dans la collection Points Histoire, ce petit manuel dresse une synthèse accessible de l’état des recherches historiques pour les XIVe et XVe siècles. A noter toutefois dans le chapitre sur Jeanne d’Arc (pp. 112-123), quelques affirmations péremptoires fort curieuses : Jeanne aurait vu un portrait de Charles VII en Lorraine (p. 113), Falstolf aurait fait partie des capitaines Anglais tués ou capturés à Patay (p.114), les évêques de Langres et de Noyon, partisans des Anglais, auraient assisté au sacre (p. 115), Hardouin de Maillé aurait figuré un pair de France, au lieu de Georges de la Trémoille (p.116). En fait, ces affirmations existent bel et bien dans certaines sources contemporaines, et elles y sont parfois répétées à plusieurs reprises, comme la fausse capture de Falstolf, mais elles sont reprises ici sans vérification.

DEVOUCOUX O. P. (fr. P.), Histoire du pèlerinage de Saint-Maximin de la Sainte-Baume, t. I, Au temps des comtes de Provence, 1248-1481, Marseille, les Cahier de la Sainte-Baume, 1994, 360 p., ill.

Concernant Jeanne d'Arc, on a là un simple résumé du livre de Paul Murray-Kendall sur Louis XI, avec une curieuse confusion entre ce roi et le comte de Laval.

DINZELBACHER (P.), "Revelationes", typologie des sources du Moyen Age occidental, Turnhout, Brepols, 1991, fasc. 57.

Etude en allemand des principaux visionnaires et mystiques du VIe au XVe siècle.

Dix mille saints. Dictionnaire hagiographique, rédigé par les Bénédictins de Ramsgate, BREPOLS, 1991, 603 p.

C'est la traduction de The book of saints six fois réédité (1ère édition, 1921) qui intègre la totalité des saints proclamés jusqu'en 1989. Tenant compte des modifications du Calendrier romain, un tri a été opéré, évinçant notamment certains personnages populaires au Moyen Age, mais inexistants. Une étude rapide des contemporains de la fin de la période médiévale permet un premier constat : relativement peu nombreux, ils semblent avoir évolué majoritairement dans la péninsule italienne. L'exhaustivité du recensement a été privilégiée, la consultation rapide et l'identification à partir des emblèmes facilitées. On peut regretter en contrepartie de ces choix la brièveté des notices.

DREZE (J.-F.), Raison d'état, raison de Dieu, politique et mystique chez Jeanne de France, Paris, Beauchesne, 1991, 331 p. (Bibliothèque Beauchesne 20).

On sait que Louis XI contraignit le duc Louis d'Orléans à épouser Jeanne de France, fille cadette du roi, intelligente, sensible, mais disgraciée par la nature. Le mariage était politique et visait à intégrer le jeune duc dans la clientèle royale, et accessoirement à faire tomber l'apanage d'Orléans dans le domaine royal, Jeanne de France semblant ne pas pouvoir avoir d'enfant. Quand, par le jeu de l'histoire, Louis devint roi, il fit annuler cette union pour épouser Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII. Jeanne, devenue duchesse de Berry, fonda l'ordre de l'Annonciade. La revanche de Jeanne est la sainteté : une sainteté princière par la fermeté avec laquelle elle affirme que sa vocation est de fonder un ordre, une sainteté féminine par sa volonté d'imiter la Vierge Marie, une sainteté moderne parce qu'elle s'inscrit dans le courant de la "réformation" qui se manifeste particulièrement en Berry et Val de Loire à son époque (Chezal-Benoît pour l'ordre bénédictin et Saint François de Paule avec les Minimes). Jeanne de France est bien, selon l'auteur, un exemple de la devotio moderna, qui séduisit les laïcs et en particulier les femmes, au point de faire de certaines (Colette de Corbie, Catherine de Sienne et Jeanne de France) de grandes mystiques solidement conscientes des nécessités du siècle et décidées à y porter remède.

EPINEY-BURGARD (G.) et ZUM BRUNN (E.), Femmes troubadours de Dieu, Turnhout, Brepols, 1988, 235 p., ill.

L'ouvrage alterne les vies et la présentation des oeuvres d'Hildegarde de Bingen (1098-1179), Mechtilde de Magdebourg (1207/10-1282/94), Béatrice de Nazareth (1200-1268), Haedwijch d'Anvers (v.1240), et de Marguerite Porete (†1310) avec des extraits des écrits de ces femmes dont le nom fut longtemps occulté voire oublié. Leur personnalité, leur sensibilité, leur mysticisme auquel s'ajoute notre féminisme contemporain les font maintenant sortir de l'ombre.
Vouées volontairement à la vie contemplative, à la réception des dons de Dieu, elles manifestèrent leur grand talent en dictant des chants d'amour pour la Divinité, parfois au prix de leur vie, comme la béguine M.Porete. Les présentatrices insistent sur la parenté qui existe entre les poèmes courtois, purement laïcs, et leurs transpositions mystiques, profondément religieuse.

Espace vécu, mesuré, imaginé. Numéro en l'honneur de Christiane Deluz, Cahiers de Recherches Médiévales, 1997, n° 3, 142 p.

Ce numéro est majoritairement consacré à un bouquet de neuf articles sur le voyage, sujet de recherche de Ch. Deluz qui a tant contribué à une meilleure connaissance de Jean de Mandeville, l'auteur qui fit rêver longtemps aux pays d'orient.
Le cahier contient également des Varia, celles-ci portent sur deux aspects de l'histoire de Jeanne d'Arc. F. Michaud-Fréjaville revient sur la façon dont les chroniques du XVe siècle ont considéré la peine des hérétiques infligée à Jeanne. On sait que le premier bûcher médiéval antihérétique fut dressé pour des chanoines d'Orléans en 1022. Que pouvait signifier pour ses détracteurs et pour ses partisans une peine qui était tout à la fois anéantissement et purification?
J.-F. Kosta-Théfaine réexamine la composition du Ditié de Jeanne d'Arc de Christine de Pisan à la lumière du symbolisme des nombres, article difficile et sans aucun doute sujet à polémique de spécialistes.

Europe des Humanistes (XIVe-XVIIe siècles), répertoire établi par J.-F. Maillard, J. Kecskemeti et M. Portalier, Paris, C.N.R.S. éditions et BREPOLS, 1995, 543 p.

2350 fiches biographiques, très brèves, concernant les érudits médiévaux et modernes qui éditèrent des auteurs de la romanité classique ou tardive. En parallèle, ces auteurs sont classés en regard de la liste de leurs différents transcripteurs. Utile uniquement si vous faites des études très poussées sur le sujet. Dans le cas contraire, il sera peut-être difficile de placer dans la conversation qu'Hephaestion Thebanus a été édité par Luca Gaurico (mort en 1558), évêque de Civitate, et uniquement par lui. Il serait toutefois injuste de ce limiter à persifler cet ouvrage : le même Luca Gaurico a également édité Lorenzo Bonincontro. Mais les renseignements fournis, quoiqu'utiles, sont squelettiques : il n'y a aucune mention des oeuvres éditées, seul le nom de l'auteur est indiqué, sans d'ailleurs fournir aucune indication biographique; et dans le cas précis de Bonincontro, la seule référence donnée est celle du Catalogue général des imprimés de la Bibliothèque Nationale. Celui-ci doit d'ailleurs renvoyer aux Scriptores rerum Italicarum de Muratori. C'est là qu'on découvre que Bonincontro, soldat, poète et historien toscan, né en 1410, est l'auteur des Annales Sanminiatenses (1458), dans lesquelles on trouve une mention de Jeanne d'Arc. On le voit, il y a encore beaucoup de travail à effectuer en aval de ce livre.

FAVIER (J.), Paris, deux mille ans d'histoire, Paris, Fayard, 1997, 1007 p., cartes.

Il ne saurait être question de dire ce que l'on peut trouver dans ce gros volume, qui n'est cependant pas un simple résumé de la monumentale Nouvelle histoire de Paris (17 volumes parus). La conception en est thématique dans les trois premières parties, enveloppant les différents aspects de la ville devenue capitale d'un état sous ses diverses formes. L'espace, les habitants, les activités, l'habitat, la vie, cultes et fêtes sont l'objet de tableaux menés avec vivacité mais toujours sous le scalpel de l'historien. La quatrième partie, purement chronologique permet de retrouver sur quelques pages médiévales les préoccupations du centre.
La présentation des événements du début du XVe siècle reflète assez nettement les prises de position des Bourguignons et de la bourgeoisie d'affaire parisienne. L'analyse des difficultés du duc de Bedford à résoudre les problèmes (la paix, la reprise de l'économie parisienne et la légitimité du pouvoir) menée avec nuances montre les erreurs du régent confronté avec des événements dont il n'en maîtrise pratiquement aucun. Paris n'est pas anglaise mais anti armagnacque, la fiscalité continue de peser alors que la ville est mal défendue. L'auteur note à juste titre qu'à partir de 1429 la ville doit payer très cher une garnison qui est presqu'entièrement dirigée par les Anglais, la ville finit par se sentir "occupée" au sein d'une campagne pillée par ces "occupants". En fait ici encore l'auteur suit très largement le Bourgeois de Paris dans sa mutation sémantique qui va des "brigands" aux "Armagnacs" et des "gens du roi Charles" aux "Français" (p. 792). Le rôle qu'a pu jouer le personnage historique de Jeanne d'Arc dans la vie parisienne depuis 1870 (monuments, manifestations de droite ou de gauche) n'est absolument pas abordé.

Femme au Moyen Age, actes du colloque du 12 mars 1991, édité par Françoise THIBAUT, La documentation française, Collection des journées de la faculté de droit Jean Monnet, nº 2, 1992, 77 p.

Dans la lignée des actes du colloque de Maubeuge, ce petit livre essaie d'approfondir la question de la condition féminine au Moyen Age. La réponse est en demie teinte : on connaît presque uniquement le sort des nobles et des saintes, les femmes du peuple n'apparaissant guère dans les textes. Ceux-ci ne sont d'ailleurs guère féministes, car ils sont écrits par des clercs, pour qui la femme est avant tout une occasion de pêcher, elle est "fragile, lubrique et visqueuse comme une anguille". Il importe donc de la canaliser étroitement dans son rôle d'épouse, la seule alternative étant le couvent. Les coutumes et les règles sont généralement plus douces aux hommes, malgré une volonté évidente, quoique velléitaire, de l'Eglise de les rendre égales pour tous. Toutefois, les reines et les saintes ont un pouvoir, essentiellement d'enseignement religieux de leur entourage, qui en fait les égales, sinon les supérieures, des hommes et des rois. Cela n'empêche pas les femmes d'être parfois les victimes expiatoires des crimes de leur mari, dont une partie de la culpabilité leur est d'ailleurs communément imputée. Pour toutes ces femmes, la seule garantie est en fait l'importance de leur lignage, la puissance du père et des frères face aux possibles violences de leur mari.

Femme au Moyen Age, sous la direction de Georges Duby, colloque tenu à Maubeuge du 6 au 9 octobre 1988, édité par Michel Rouche et Henri Heuclin, publication de la Ville de Maubeuge, diffusion Jean Touzot, Maubeuge, 1988, 463 p.

Il n'y a pas un statut généralisé des femmes au Moyen Age, il dépend d'abord de leur importance sociale. On appréhende donc plus facilement le sort des reines, des nobles et des saintes, que celui des paysannes, qui sont pratiquement absentes des textes. Si la condition de la femme au Moyen Age n'est pas de tout repos, elle est bien plus importante qu'elle ne le fut au XVIIIe siècle. C'est parce que les femmes médiévales peuvent avoir des biens, des pouvoirs, des idées politiques, qu'elles rentrent dans les turbulences de la vie publique, au même titre que les hommes. Si certaines finissent écrasées par la violence de leurs contemporains, d'autres défendirent leur position avec les méthodes même de leur époque : guerre, rapt, assassinat, et politique matrimoniale.
A la fois enjeu et actrice, la femme noble médiévale peut largement être l'artisan de son destin. A noter l'article de Mme Claude Gauvart sur la criminalité féminine, qu'elle présenta au Centre Jeanne d'Arc sous forme de conférence.

Femme pendant le Moyen Age et l'Epoque Moderne, sous la direction de Luc BUCHET, Gap, C.N.R.S., 1994, 252 p.

Ces études se situent cette fois sur le plan archéologique, et non pas sur le plan de l'analyse sociale. Les résultats ne sont pas décisifs, vu le petit nombre de cas étudiés, mais il semblerait que l'analyse des squelettes féminins retrouvés en fouilles remette en question quelques idées préconçues. Ainsi, malgré l'âge précoce au mariage (12-14 ans), l'âge du premier accouchement se situerait en majorité après 20 ans. Les cas d'inhumation simultanée de la mère et de l'enfant, dénonçant la mort de femmes en couche, sont très rares, mais évidement aucun indice ne permet d'identifier une femme morte des suites de l'accouchement. Néanmoins, l'âge moyen des squelettes ne permet pas de distinguer à l'évidence une surmortalité féminine qui serait due à l'l'enfantement. Les conclusions extrêmement prudentes de ces études semblent surtout ne pas vouloir trancher trop violemment dans les idées toutes faites, mais invitent explicitement le lecteur à reconsidérer son opinion sur la mortalité féminine médiévale.

Femmes, mariages, lignages, XIIe-XIVe siècles, Mélanges offerts à Georges Duby, Bruxelles, DeBoeck Université, 471 p. (Bibliothèque du Moyen Age)

Les directeurs de la revue belge Le Moyen Age ont offert à leur collègue, à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire, ce florilège de 26 communications autour du thème de la femme. Curieusement Jeanne d'Arc est absente de cette guirlande qui va d'Hélène de Troie (revue par le XIIe siècle, il est vrai) à doña Teresa Gil qui testa à Valladolid en 1307, alors que nous savons l'intérêt de G. Duby pour les textes des procès de condamnation et de réhabilitation. Parmi ces articles, tous fort soignés et souvent très nouveaux, on retiendra particulièrement celui de Mireille Vincent-Cassy "Quand les femmes devinrent paresseuses." On sait que longtemps la paresse fustigée par la liste des péchés fut l'acidia, la dépression morale (ou nerveuse) qui empêchait les moines de participer aux offices, puis, pour les laïcs, l'absence d'assiduité aux offices et aux obligations religieuses. Du devoir envers Dieu on passa au devoir d'état et à la pigritia, la lenteur, l'oisiveté. Les femmes deviennent des "modèles" du péché, traînant au lit le matin, passant mollement leur temps à rien, au bavardage médisant sinon à la luxure pour les plus huppées. Cette oisiveté révélait peut-être une insatisfaction devant la condition féminine, une manière de résister à l'ordre conjugal et social subi et non choisi. C'est pourquoi Christine de Pisan s'est tant attachée, mais en vain, à "faire reconnaître la valeur de l'accomplissement des tâches féminines".

Fin du monde et signe des temps, visionnaires et prophètes en France méridionale (fin XIIIe-début XVe siècle), Cahier de Fanjeaux n° 27, Toulouse, Privat, 1992, 396 p.

Sur un sujet qui intéresse particulièrement le Centre Jeanne d'Arc, un recueil d'articles qui feront désormais autorité. Certes, Jeanne d'Arc ne fut pas une visionnaire de la fin des temps, ni ne décrivit un univers cosmique, mais on retrouve ici d'autres mystiques qui, comme elle, ont allié révélation et action. Parmi les quinze contributions, on en relèvera particulièrement deux. Nous connaissons les prophéties de Geoffroy de Monmouth et d'Ambroise Merlin (Bulletin des Amis du C.J.A. n° 14) appliquées à Jeanne d'Arc. Colette Beaune explique comment, au début du XIVe siècle, ces textes du XIIe siècle furent utilisés pour stigmatiser la déchéance de la branche française des Capétiens : le lys perdra sa couronne, l'Angleterre fertile remplacera la branche sèche. Le roman de Perceforest (vers 1330-1340), commande du beau-père d'Edouard III - également beau-frère de Philippe VI - est lui aussi symbolique : la lignée royale française blessée ignoblement se meurt sans rémission, le restaurateur de la dynastie, issu de son sang, mais aussi des trois lignées des îles britanniques, sera Perceforest (Edouard III).
Prophétie et roman font dès lors le jeu de la rumeur incontrôlable selon laquelle les rois, depuis Philippe IV, sont maudits. Matthew Tobin s'est penché sur Marie Robine, humble gasconne, miraculée à Avignon, recluse et visionnaire. Tout d'abord favorable à Clément VIII et Benoît XIII, elle fut envoyée auprès de Charles VI. Ses visions, transmises par un unique manuscrit, montrent son évolution. Fille droite, simple, pacifiste et mystique, elle se rendit compte qu'elle avait été en quelque sorte utilisée par la cour pontificale d'Avignon. Elle rejeta d'une part les docteurs en théologie, d'autre part les prélats, y compris le pape, de la hiérarchie ecclésiastique, menteurs, riches, arrogants et avares. Cette condamnation de l'église divisée et corrompue s'accompagnait d'une profonde sympathie pour les petites gens, la véritable église des croyants, et de la certitude de l'entraide des morts et des vivants, dans un univers où Dieu est terrible, juste et miséricordieux, et où le Purgatoire se révèle un passage essentiel des âmes, dans et hors le monde sensible. Inutile de dire que Marie Robine ne fut jamais canonisée.