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Les analyses présentées ci-dessous concernent les livres acquis par le Centre Jeanne d'Arc depuis 1990.

RAGER (C.), Dictionnaire des sujets mythologiques, bibliques hagiographiques et historiques dans l'art, Turhout, Brepols, 1994, 762 p.

L'idée de départ était séduisante : permettre d'identifier les scènes représentées dans les tableaux à partir de détails aisément reconnaissables. On se dit qu'on va trouver des indications du genre "femme avec un serpent : voir Eve ou Cléopatre". En fait, au mot serpent, on ne trouve que "serpent d'airain : voir Moïse". On se dit alors qu'on trouvera sans doute le serpent recherché dans l'un des deux (!) index finaux. Il n'y est pas : il s'agit d'un index des lieux de batailles et d'un autre consacré à quelques miracles. Finalement on ne saura jamais ce que c'est que cette femme avec un serpent et on se dit que la partie qui aurait été la plus intéressante et la plus utile est incomplète et mal conçue. Il s'agit en fait essentiellement d'une simple sélection de fiches biographiques, telles qu'on en trouve dans la partie du Larousse consacrée aux noms propres.
La note concernant à Jeanne d'Arc commence mal : "Fille d'un laboureur aisé de Domrémy [sic], en Champagne [et non en Barrois]". Cette théorie de Jeanne champenoise, apparue en 1851 à un moment où il ne semblait pas qu'il faille que le salut de Charles VII vint d'une sujette de l'empire allemand, semble pourtant un peu vieillotte aujourd'hui, voire un peu partisane. En réalité, si Domremy (et non Domrémy) relevait effectivement, pour la justice, du bailliage de Chaumont, en Champagne, d'un point de vue religieux il dépendait de l'évêché de Toul, et donc de l'Empire, et appartenait en partie (celle où se trouvait Jeanne d'Arc) au seigneur de Gondrecourt, vassal du Barrois mouvant. On se dit pour finir que les biographies pourraient bien être un peu simplificatrices et même en prime un rien erronées. La lecture du reste de la fiche de la bonne Barroise (ou Champenoise) achève de nous en convaincre.

RAYNAUD (C.), La violence au Moyen Age, XIIIe-XVe siècle, d'après les livres d'histoire en Français, Paris, Le Léopard d'Or, 1990, 354 p., 123 fig., 81 pl.

Les images révèlent autre chose que les titres et, dans le sillage de F. Garnier, l'auteur a traqué les représentations des XIVe et XVe siècles dans des oeuvres profanes, en y recherchant moins le sensationnel que le sens. En interprétant l'image à la lumière du texte qu'elle illustre, on y lit non seulement la condamnation de la violence, mais aussi la volonté du pouvoir, de l'état royal, d'encadrer cette violence en rejetant celle qui lui paraît injuste et désordonnée, et en dirigeant celle qui lui semble nécessaire et morale. S'il existe une violence légale, la grandeur des rois est de n'être point forcés d'y recourir. Les enlumineurs travaillant soit pour le roi, soit pour les grands, présentent tour à tour les versions monarchiques ou aristocratiques de l'usage de la violence. Dans tous les cas, l'image est signification politique.

Religion (La) civique à l'époque médiévale et moderne (chrétienté et islam), Actes du colloque organisé par le centre de recherche "Histoire sociale et culturelle de l'Occident. XIIe-XVIIIe" de l'Université Paris X -Nanterre et l'Institut universitaire de France (Nanterre, 21-23 juin 1993), VAUCHEZ (A.) éd, Rome, Ecole Française de Rome, 1995, 573 p. (Publications de L'E. F.R., 213).

Ce gros volume s'attache à un phénomène à la fois politique, national et religieux, celui du développement dans les villes médiévales de rituels publics, à ciel ouvert, souvent, dont les édiles et parfois les corps de métiers seraient les promoteurs. C'est autour du culte des origines urbaines (Reims, Lodi, Florence, Valence), parfois autour d'un saint dont les reliques sont particulièrement vénérées (Marseille, Cortone) qu'apparaissent ces manifestations collectives. On relèvera particulièrement les exemples de Tours et d'Angers. B. Chevalier insiste sur la confusion entre sacré et profane, entre initiatives laïques et ecclésiastiques. A Tours, saint Martin, le saint des moines et du quartier qui entoure le tombeau du saint, est volontairement concurrencé par saint Gatien, promu par l'archevêque et l'autre moitié de la ville autour de la cathédrale. Mais discerner le rôle propre du corps de ville dans les processions diverses qui scandent l'année est difficile : le roi, en action de grâce des victoires, et le clergé pour la fête du Corpus Christi (Fête-Dieu) manifestent des initiatives nettement plus claires que celles de l'institution urbaine. La ville prend cependant à charge les prédicateurs à partir de 1421, elle rémunère au début du XVIe siècle le crieur de nuit qui rappelle aux habitants de prier pour les défunts.
Le théâtre sacré participe lui aussi du culte officiel quand cette forme d'évangélisation est financée par les deniers publics. Au début du XVIe siècle, Tours se trouve un fondateur laïc, Turnus, exhumé de l'Enéide. La popularité de cette invention n'est cependant pas comparable à celle des processions religieuses. A Angers, J.-M. Matz analyse le phénomène processionnel, surtout dans son caractère occasionnel qui double les déambulations du calendrier usuel. Les itinéraires aboutissent presque tous à la cathédrale, marque d'une mainmise cléricale durable. L'auteur y voit d'abord la conséquence d'un corps municipal apparu tardivement et qui a laissé aux religieux la charge d'organiser les rites.
On peut regretter qu'étant donné ce sujet, rien n'ait été dit sur Orléans, exemple presque parfait d'un culte civique qui perdure depuis 1430, ni qu'ait été rappelé que Charles VII ordonna une procession pour célébrer la libération d'Orléans dans les bonnes villes de son petit royaume : une procession de La Pucelle eut également lieu à Bourges jusqu'en 1793 avec la participation des échevins et des chapitres collégiaux.

ROCOLLE (P.), Le temps des châteaux forts, Xe-XVe siècle, Paris, A. Colin, 1994, 231 p.

Ecrit par l'auteur de 2000 ans de fortifications françaises, ce livre en reprend la majeure partie de l'illustration. Cependant, il ne s'agit pas d'un simple résumé de son ouvrage précédent (2000 ans de fortifications françaises), mais d'une réécriture complète, destinée à le rendre plus pratique et plus abordable.

ROUSSEAU (M. C.), A ciel ouvert sur les ailes de l'ange, L'art et le sacré (13-18 mars 1990), Cahiers du Centre de linguistique et littérature religieuses de l'Ouest, Angers, H.S., 1991, 120p.

Il s'agit du compte rendu des activités et du texte des communications d'une semaine consacrée aux anges. On notera particulièrement la contribution de Jean-Paul Deramble rappelant les fonctions angéliques dans les vitraux de Chartres, le rôle de messager n'étant qu'un parmi d'autres. Philippe Faure remet en perspective l'angélologie dans les représentations médiévales. Enfin, Patrick Demouy rend aux anges de Reims leur sens eschatologique.

SCHMITT (J.-C.), La raison des gestes dans l’Occident médiéval, Paris, Gallimard, 1990, m-S0, 436 p., ill. (coll Bibliothèque des Histoires).

L’abbé Garnier fut un précurseur dans cette archéologie sans fouille et sans vestige : l’histoire du geste. Comme lui, à partir des miniatures, M. Schmitt explore le vocabulaire gestuel qui complète, précise, voire remplace la parole au Moyen Age.

SCHNERB (B.), Bulgnéville (1431), l'état bourguignon prend pied en Lorraine, Paris, Economica, 1993, 186 p.

Un peu plus d'un mois après la mort de Jeanne, une bataille peu connue mit aux prises les Anglo-Bourguignons et bon nombre des hommes qui, de près ou de loin, furent des acteurs de la vie de Jeanne d'Arc : Robert de Baudricourt, le Damoiseau de Commercy, René d'Anjou. Les Français furent vaincus, il y aurait eu 2027 tués parmi eux, soit un chiffre très proches des pertes anglaises à Patay. C'est l'armée bourguignonne, appliquant la tactique de ses auxiliaires anglais, qui remporta, cette fois, la victoire. Cette contre-performance montre à l'évidence que, deux ans après Patay, les Anglais étaient toujours aussi redoutables en bataille rangée. Ils le restèrent d'ailleurs jusqu'aux batailles de Formigny et de Castillon, où la nouvelle artillerie de campagne organisée par les frères Bureau fit la différence.
Ce livre représente un petit dossier très bien conçu sur les prémisses du combat, son déroulement et ses conséquences politiques, humaines et financières, avec en annexes les textes du temps. Un vrai modèle d'exposé à méditer pour les étudiants.

SULLIVAN (K.), Inquiry and Inquisition in late medieval culture : The questioning of Joan of Arc and Christine de Pizan, Berkeley, Université de Californie, 1993, U.M.I., 1995, 257 p.

Cette dissertation souligne la relation qui existe entre l'enquête en tant que moyen d'accès à la vérité pendant le moyen âge, et le développement de l'inquisition. Dans la première partie, l'auteur soutient cette liaison en s'appuyant sur la lecture de copies du procès de Jeanne d'Arc à Rouen. La deuxième partie démontre que les enquêtes et inquisitions sont tout aussi violentes, et finalement, la théorie d'une distinction entre l'enquête et l'inquisition ne peut être maintenue.

Thesaurus des images médiévales pour la constitution de bases de données iconographiques, Groupe d'Antropologie Historique de l'Occident Médiévale, Paris, CNRS, 1993, 182 p.

Un thesaurus est, en documentation, le répertoire des rubriques d'un fichier d'une bibliothèque ou d'une banque d'images. Après que la documentation ait été rassemblée, on établit un index de tous les mots utilisés, que l'on réduit ensuite au plus petit dénominateur commun, de façon à établir une liste de mots-clés. Ainsi, les mots épées, lances, boucliers pourront être réduits au seul mot-clé "armes", et on aura le moyen, avec un vocabulaire restreint, mais déterminé, de retrouver par la suite les images ou les documents désirés. Il va sans dire qu'un thesaurus est ainsi intimement lié au fonds documentaire qu'il décrit, et qu'il est un peu vain d'espérer l'appliquer à un autre fonds. Ce n'est d'ailleurs pas pour établir notre propre thesaurus que nous avons acheté cet ouvrage, mais pour avoir une idée du contenu de la photothèque de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, riche de 8000 images selon les auteurs. La photothèque du C.J.A., en augmentation constante, en possède 6500 : il sera bientôt temps de publier notre propre thesaurus.