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Les analyses présentées ci-dessous concernent les livres acquis par le Centre Jeanne d'Arc depuis 1990.

VAN DEN NESTE (E.), Tournois, joutes, pas d'armes dans les villes de Flandre à la fin du Moyen Age (1300-1486), Paris, Mémoires et documents de l'Ecole des Chartes, 1996, 411 p.

Cet ouvrage consacré aux joutes flamandes est très méthodique et bien documenté. On y passe en revue tout ce qui, de près ou de loin, se rapporte aux tournois : les tribunes, les lices, les ouvriers qui les construisent, les arbalétriers qui les gardent. Une série de dossiers concerne les acteurs de ces fêtes : hérauts, jouteurs, spectateurs ; on passe en revue les rituels et les dépenses. La chronologie des joutes de 1300 à 1500 est finalement retracée dans un catalogue de plus de cent pages. L'ensemble pourrait être étouffant s'il n'était aussi très remarquablement écrit, en faisant un outil indispensable pour tous ceux qui s'intéressent aux joutes (historiens mais aussi, pourquoi pas, écrivains ou mêmes simples curieux), et, à travers elles, à la vie des nobles et des villes de la fin du Moyen Age.

VARGAS LLOSA (M.), En selle avec Tirant le Blanc, Paris, Gallimard, 1996, 147 p. (Arcades).

Jeune étudiant en lettres à l'université de Madrid, le romancier péruvien Mario Vargas Llosa s'était épris d'un roman de chevalerie écrit au début du XVe siècle par un chevalier de Valencia : Joanot Martorel. L'ouvrage regroupe trois études sur le roman, son auteur et sur son langage. L'ensemble forme un fascinant aller-retour entre les considérations de l'auteur sur le roman, et celles de Cervantès qui le cite nommément dans son Don Quichotte : il s'agit du meilleur livre du monde, mais son auteur aurait mérité d'être envoyé aux galères. C'est un roman dont Vargas Llosa pour sa part dit qu'il est total, parce qu'il se complaît dans une précision hallucinante, allant jusqu'à mentionner la solde des moindres soldats mis en scène. C'est un roman bavard, où les personnages parlent sans interruption avant, pendant et après chaque activité, qu'il s'agisse de la guerre, de l'amour et presque de la mort. C'est surtout un roman dont il n'existe pas de traduction française, et dont on n'a, paradoxalement pour un livre si verbeux, pas le texte. Avoir traduit cette étude avant d'avoir traduit le roman de Martorel a donc eu pour résultat de mettre la charrue avant les boeufs, à moins qu'il ne s'agisse d'un plan machiavélique de la part des éditions Gallimard, visant à nous mettre l'eau à la bouche avant la parution de Tirant le Blanc.

VERDON (J.), Les Françaises pendant la guerre de Cent Ans (début du XIVe siècle - milieu du XVe siècle), Paris, Perrin, 1991, 287 p.

Cet ouvrage relate le rôle tenu pendant un siècle et demi par les femmes en France. Il est bien évident que selon leur position sociale, il était différent. La femme est surtout "génitrice" - "l'âme du foyer" - la femme est sous la tutelle de l'homme, père ou mari. Pourtant les femmes de la noblesse, en raison des absences fréquentes de leur époux pour la guerre, gèrent le patrimoine. Elles peuvent prétendre au mécénat, certaines jouent un rôle important en politique. D'autres entrent en religion et vont conquérir le savoir.
Les femmes des villes et des campagnes ont une vie assez dure dans ces périodes bouleversées par la guerre, elles assistent ou remplacent les hommes pour tous les travaux, surtout agricoles, au rythme des saisons. L'emprise de la religion, si importante au Moyen Age, ne facilitera pas non plus la vie des femmes. Une certaine misogynie semble régner, peut-être avait-on peur de l'importance qu'elles pouvaient prendre ? Jeanne d'Arc, Christine de Pisan, Agnès Sorel en sont, à divers titres, l'illustration.

VINCENT (C.), Les confréries médiévales dans le royaume de France, XIIIe-XVe siècle, Paris, Albin Michel, 1994, 259 p.

Dans cette étude approfondie, s'appuyant sur de nombreux exemples pris dans toute l'Europe, Catherine Vincent dresse un portrait des confréries, montrant tour à tour leurs point communs et leurs divergences, à travers de multiples incursions dans leur quotidien. Si elles sont connues dès le Haut Moyen Age, les confréries émergent massivement à partir de l'an mil, et surtout au XIIIe. Les XIVe et XVe siècles voient leur apogée.
Leurs buts, au départ, sont très divers (culte d'un saint, défense des intérêts d'un groupe professionnel ou de ceux de la communauté...), et traduisent une recherche de fraternité, de solidarité et de spiritualité. Animatrices de la vie d'une communauté, secours des prisonniers, des malades, des étrangers, bailleresses de fonds à l'occasion, les confréries recherchent autant le bénéfice spirituel que matériel. Plus, elles tendent à renforcer la solidarité qui unit les fidèles dans la recherche du salut. Elles sont surtout le fait des "classes moyennes", en majorité urbaines. Les pauvres en sont exclus - pour cause de cotisation essentiellement - et les grands, s'ils ne rechignent pas à en faire partie, n'en sont pas systématiquement membres, et en tout cas, rarement initiateurs.
A l'origine reflet d'une solidarité conviviale - qui se traduit notamment dans le banquet annuel - les confréries évolueront en direction d'un moralisme croissant alors que progressera l'intériorisation et la privatisation de la vie religieuse.

VINCENT (C.), Introduction à l’histoire de l’Occident médiéval, Paris, Librairie Générale Française, 1995, 223 p.

Intitulé modestement Introduction à l’histoire de l’Occident médiéval, ce petit ouvrage par la taille, mais gros par la masse de renseignements qu’il contient, aurait tout aussi bien pu s’appeler "Synthèse des derniers acquis en histoire médiévale" tant l’auteur prend soin de rendre compte des dernières orientations en historiographie médiévale. Destiné avant tout à un public de jeunes historiens, il est une excellente façon de faire le point sur le bagage indispensable, non seulement sur le plan des connaissances (il est évident que l’ouvrage ne prétend pas retracer de façon exhaustive dix siècles d’évolution en si peu de pages !) mais encore, sur celui des grandes problématiques de la période. Bref, il semble être autant un point de départ qu’un point d’arrivée. Il s'agit d'une excellente synthèse, où les grandes orientations de la période sont bien mises en valeur, avec de nombreux outils en fin de volume (repères chronologiques, tableaux généalogiques, cartes, index des principales notions, une bibliographie de cinq page qui dégage bien l’essentiel de la production en histoire médiévale). C’est toutefois un ouvrage très dense auquel il manque peut-être un glossaire pour les termes techniques.

VIRGOE (R.), Les Paston. Une famille anglaise au XVe siècle. Correspondance et vie quotidienne illustrées, préface d'Emmanuel Le Roy Ladurie, Paris, Hachette, 1990, 21 x 23,5 - 288 p., ill.

Les Paston n’ont rien fait de grand et de notable dans l’histoire de l’Angleterre, mais leur correspondance a été conservée. Elle s’étend de 1436 à 1504 et comprend un millier de lettres. Un cinquième seulement en a été retenu pour être commenté et replacé dans le cadre des mentalités et des événements de l’époque. Les Paston n’ont jamais été en contact avec Jeanne d’Arc. Mais ils ont hérité des biens de John Fastolf, le "fuyard" de la bataille de Patay, mort en 1459. Issus de la paysannerie, les Paston entrèrent dans la Gentry et participèrent à la guerre des Deux Roses en tant que partisans du futur Henri VII. Ce lignage disparut en 1732.

 

WOODWARD (K. L.), Comment l'église fait les saints, Paris, Grasset, 1992, 491p.

Les différentes étapes, fort longues, qu'il faut franchir pour aboutir à une canonisation sont ici décrites à travers quelques cas, essentiellement contemporains : d'Edith Stein à Padre Pio. Les procédures peuvent être longues (Jeanne d'Arc...) et l'auteur a le mérite de rappeler que les pressions politiques et les pesanteurs sociales jouent souvent un rôle plus grand dans le succès d'un procès en canonisation que les vertus propres au personnage et le rapport au sacré qu'il avait pu entretenir.