JEANNE PRISONNIERE

Les Prisons.

Pendant sept mois, du 23 mai au 23 décembre, Jeanne est emprisonnée successivement au château de Beaulieu en Vermandois, puis au château de Beaurevoir, non loin de Saint-Quentin.

Le 21 novembre à Arras, elle est livrée à Henri VI, roi de France et d’Angleterre, dont le duc de Bourgogne est vassal, moyennant une rançon de 10000 écus, somme maximum qu’un roi payait pour racheter un prisonnier à l’un de ses vassaux. Son rachat est négocié par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais et ancien recteur de l’Université de Paris, chargé de la juger sur l'accusation d’hérésie.

"C’est notre intention de revoir et reprendre devers nous cette Jeanne, si ainsi était qu’elle ne fut convaincue ou atteinte du cas [d’hérésie], ou autre touchant au regard de notre foi". (Lettre écrite à Cauchon au nom du roi d’Angleterre).

23 décembre Jeanne est enfermée dans le château de Bouvreuil à Rouen. Prisonnière de guerre, elle est gardée par des Anglais dans une prison laïque. Dans le même temps, on lui intente un procès en matière de foi.

Procès de Rouen.

Le Procès, ouvert le 9 janvier 1431, se termine le 30 mai par la mort de Jeanne sur le bûcher sur la place du Vieux- Marché à Rouen. Au cours de ces cinq mois, Jeanne est, selon la règle ordinaire, seule face à ses deux juges l’évêque de Beauvais et l’Inquisiteur, et des assesseurs en nombre variable (de 30 à 60).

Les principaux chefs d’accusation étaient les suivants : - Accusation de sorcellerie : l’étendard qui lui était cher aurait été porteur d’un pouvoir maléfique, de même que les anneaux qu’elle avait aux doigts et que certaines personnes ont touchés. - Accusation d’impureté et de commerce trouble avec des êtres qu’elle dit lui apparaître. - Accusation de haine ou de cruauté dans ses déclarations et ses actions à la guerre. - Accusation de porter un habit d’homme, vêtement scandaleux pour une femme, interdit par le Deutéronome. - Accusation de non-soumission à l’Eglise.

Voici quelques citations qui permettront de se rendre compte du genre de dialogue établi entre Jeanne et ses juges.

Ainsi, quand plusieurs l’interrogent à la fois :

- Beaux seigneurs, faites l’un après l’autre...

Q - Dieu hait-il les Anglais ?
R - De l’amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais et de ce qu’Il fait de leurs âmes, je n’en sais rien, mais je sais bien qu’ils seront chassés de France, excepté ceux qui y mourront, et que Dieu enverra victoire aux Français contre les Anglais.

Q - Pourquoi votre étendard fut-il plus porté à l’Eglise de Reims à la consécration du Roi que l’étendard des autres capitaines ?
R - Cet étendard avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fut à l’honneur.


Q – Avez- vous remercié cette voix et vous êtes vous mise à genoux ?

R - Je l’ai remercié on me dressant et on m’asseyant sur mon lit et j’ai joint mes mains et après cela je lui ai demandé d’avoir secours. La voix m’a dit que je réponde hardiment. Vous dites que vous êtes mon juge, avisez-vous bien de ce que vous faites, car en vérité, je suis envoyée de par Dieu et vous vous mettez en grand danger.


Q – Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu ?
R - Si je n’y suis, Dieu m’y mette, et si j’y suis Dieu m’y garde. Je serais la plus dolente de tout le monde si je savais n’être pas on la grâce de Dieu ; et si j’étais en péché, je crois que la voix ne viendrait pas à moi, et je voudrais que chacun l’entende aussi bien que moi.


Q - Dieu vous a-t-il commandé de prendre l’habit d’homme ?
R - L’habit c’est peu, c’est la moindre des choses. Je n’ai pris cet habit d’homme par le conseil d’homme au monde et je n’ai pris cet habit et je n’ai rien fait si ce n’est par le commandement de Dieu et ces anges.

Q – Croyez-vous avoir bien fait de prendre l’habit d’homme ?
R - Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par commandement de Dieu et crois l’avoir bien fait, et j’en entends bon garant et bon secours.


Q - Qu’aimez-vous mieux votre étendard ou votre épée ?
R - J’aimais beaucoup mieux, voire quarante fois, mon étendard que mon épée. Je prenais l’étendard quand j’attaquais les adversaires pour éviter de tuer quelqu’un et je n’ai jamais tué personne. Avant qu’il soit 7 ans, les Anglais perdront plus grand gage qu’ils ont eu devant Orléans et ils perdront tout en France. Et même les Anglais auront plus grande perte qu’ils eurent jamais en France, et ce sera grande victoire que Dieu enverra aux Français.

23 mai 1431

Dans le cimetière de Saint-Ouen, devant une assistance nombreuse, Maître Guillaume Erard, délégué par Cauchon, fait un sermon à Jeanne, l’exhortant à se soumettre à l’Eglise.

C’est ce qu’elle fait en signant une cédule d’abjuration - un document certifiant sa soumission - dans lequel le principal chef d’accusation concernait le port de l’habit d’homme et son insoumission à l'Eglise. Mais ses geôliers l’obligèrent à porter à nouveau des habits d’homme, en usant de violence sur elle quand elle était vêtue d’habits de femme ou en ne lui présentant que des habits d’homme.

"On sait que prise dans la guerre, la Pucelle fut vendue pour 10000 écus d’or aux Anglais et conduite à Rouen. En ce lieu, elle fut examinée diligemment pour savoir si elle usait des sortilèges ou d’une aide démoniaque ou si elle errait de quelque manière en la religion ; on ne trouva en elle rien qui fut digne d’être censuré, si ce n’est le vêtement qu’elle portait. Et cela ne fut pas jugé digne du dernier supplice. Ramenée dans sa prison, elle fut menacée de mort si elle revêtait de nouveau des vêtements d’homme". (Aeneas Sylvius Piccolomini, futur Pie II, Mémoires rédigées en 1463).

30 mai 1431

Jeanne est brûlée vive à Rouen, sur la place du Vieux-Marché.

Elle n’avait passé ses humbles dix-neuf ans Que de quatre ou cinq mois Et sa cendre charnelle fut dispersée aux vents. (Charles Péguy, Les tapisseries - Eve).