Du silex à la poudre... 4 000 ans d'armement en Val-de-Loire

1er octobre 1991 -1er mai 1992

L'ARMEMENT DU 8e AU 13e SIECLE
Les sources
La répartition géographique
L'armement

Défensif
Offensif
La fabrication
Les éléments de datation

Les épées
Les lances
Les grandes modifications du 13e siècle

L'ARMEMENT DU 14e ET DU 15e SIECLE
L'armement défensif
Protection de la tête
Protection du corps
Protection des membres
L'armement offensif
L'arbalète
L'artillerie

BOUZY (O.), "Les armes du 8e au 15e siècle", Du silex à la poudre..., catalogue d'exposition, collectif, Gap, 1990.

Les armes du 8e au 15e siècle

C’est au cours du 8e siècle que l’étrier, invention des peuples des steppes, se généralise en Occident. Cette innovation transforme complètement le combat à cheval, en permettant au cavalier d’utiliser pleinement sa force et celle de sa monture pour frapper son adversaire. Une nouvelle manière de combattre et de nouvelles armes apparaissent alors, qui évolueront lentement jusqu’aux importantes transformations du 13e siècle. Cette époque marque une profonde transition dans la conception de l’armement. La période romane porte l’accent sur l’armement offensif : les épées et les lances sont parfois des chefs-d’oeuvre d’orfèvrerie et des tours de force techniques. Par contre, l’armement défensif, s’il s’améliore qualitativement, ne fait appel à aucune innovation. La période gothique, en revanche, innove profondément du point de vue défensif, les “plates” de métal recouvrant peu à peu la cotte de maille jusqu’à la supplanter presque complètement, alors que l’armement offensif tend à régresser du point de vue technique.

Cette évolution tire son origine aussi bien des bouleversements tactiques que de l’évolution des mentalités. Le 8e siècle est une période de conquêtes, menées par des combattants relativement peu nombreux, au sein de sociétés politiquement peu encadrées et l’exploit individuel est de rigueur. Au 13e siècle la population est plus dense, plus organisée, la littérature introduit au sein de l’aristocratie guerrière un esprit “courtois” qui dans le long terme amène un certain respect de la vie de l’adversaire, du moins de l’adversaire noble. Les guerriers évoluent au sein de formations compactes, et si l’exploit individuel est encore chanté, en pratique il est fortement désapprouvé par les “manuels techniques”, comme les mémoires de Guillaume le Maréchal, et les "jeunes" qui s’y risquent sont moqués par les vétérans.

L’ARMEMENT DU 8E AU 13E SIÈCLE

Les sources

L’armement du 8e au 13e siècle est mal connu, les sources iconographiques étant moins nombreuses et souvent moins précises que pendant la fin du Moyen Age, où les nombreuses chroniques concernant la guerre de Cent Ans sont somptueusement illustrées, dans un grand luxe de détails. Notre information concernant l’Age Roman est rendue plus difficile par l’art volontiers plus "impressionniste" et symboliste du début du Moyen Age.

Les armes romanes sont pourtant nombreuses, plus nombreuses qu’on ne le croit habituellement, mais leur datation est difficile à établir. La cause réside dans l’évolution des rites funéraires à la fin du 8e siècle : on passe de tombes où la panoplie complète du guerrier est enterrée avec le défunt, à des tombes très pauvres en mobilier militaire. Toutefois, les tombes avec armes se maintiennent en Scandinavie jusqu’au 10e siècle, et en Hongrie jusqu’au 12e. En France et en Allemagne même on trouve des tombes à armes datant du 10e et du 11e siècle, mais elles sont rarissimes. Les raisons de cette évolution sont sans doute multiples, au nombre desquelles un idéal chrétien du dénuement n’est sans doute pas à négliger, mais l’épée fait désormais partie des symboles de pouvoir transmis de père en fils et la façon dont on la porte, ou dont on la fait porter, devient un symbole de position dans la hiérarchie sociale. Les armes de rois ou de princes prestigieux acquirent même le statut de relique ainsi le pommeau de l’épée dite “du sacre” ou "de Charlemagne", conservée au musée du Louvre, dont la forme semi-circulaire est celle d’une épée du 10e siècle, pourrait provenir de l’épée de Hugues Capet. La Sainte Lance du Wavel à Cracovie, en Pologne, et la lance de Saint Maurice conservée au trésor impérial de Vienne, en Autriche, datent pour leur part du 11e siècle.

Les rares armes ainsi datées ou retrouvées en place dans des fouilles archéologiques seraient insuffisantes à elles seules pour qu’on puisse établir une typologie. Il faut recourir à l’iconographie pour pallier ce manque d’information. Les enluminures des trop rares manuscrits conservés ne font malheureusement pas figurer d’arme dans la plupart des cas, et ces rares représentations sont trop souvent schématiques. Les miniatures utilisables fournissent cependant plusieurs centaines d’images précises, ce qui permet de dater approximativement l’important matériel qui est par ailleurs remonté du fond des rivières, par dragage ou prospection.

La répartition géographique

L’étude de ces différentes sources permet de constater que, du point de vue de l’armement, la chrétienté forme un tout assez homogène, limité au Sud et à l’Est par des domaines où le sabre domine, et au Sud-Est par l’Empire Byzantin dont l’évolution militaire est indépendante. Au sein de ce territoire les évolutions se propagent assez rapidement. Les armes retrouvées dans les cimetières hongrois ressemblent assez précisément à celles qui sont dessinées en France au même moment.

Il existe toutefois des différences assez notables qui caractérisent des sous-groupes de vaste étendue et de superficie fluctuante. Ainsi une aire “impériale”, caractérisée par des épées plus longues aux pommeaux pointus comprend-elle au 10e siècle l’Allemagne et l’Italie actuelles, tandis qu’une aire “scandinave”, caractérisée par la riche décoration du pommeau des épées, recouvre l’ensemble du monde viking, avec l’Angleterre et une partie des pays baltes. Au 12e siècle, le type proprement scandinave ayant disparu, l’aire “impériale” englobe la Scandinavie, alors que l’aire "française" couvre l’Angleterre et le Nord de l’Espagne.

Chaque sous-groupe peut également contenir un certain nombre de styles locaux caractérisés par un type de décor, au sein desquels on peut, bien que de manière exceptionnelle, isoler la “patte” distinctive d’un atelier. Les petites ailettes triangulaires de la pointe de lance n° 207 du musée Denon sont ainsi caractéristiques des lances françaises du 11e siècle, les lames damassées et le décor en chevron de la douille se retrouvent majoritairement en Bourgogne, alors que le double redan et les trois signes gravés sur la lame sont certainement la marque d’un atelier, voire d’un artisan. Les mêmes caractéristiques se retrouvent sur des armes découvertes à proximité, les n0 208 et 209. Mais par ailleurs, ce qui illustre bien l’intensité du commerce des armes à l’époque et la difficulté qu’il y a à établir une typologie, des pointes pratiquement identiques ont également été retrouvées à Rouen, Paris et Cognac.

L’armement Défensif

De l’armement défensif de cette période il ne nous reste pas grand-chose. Quelques casques nous sont parvenus, dont la forme découle de celle des casques de la cavalerie romaine du 4e siècle, à ceci près que le nasal est généralement solidaire de la calotte. A la fin du 12e siècle apparaît une pièce (articulée? fixe?) qui couvre la face seule, la protection du reste de la tête étant assurée par une cagoule de mailles.

Le bouclier est d’abord rond, creux avec un “umbo” métallique qui protège la main et la poignée centrale. Au 10e siècle il s’aplatit, au 11e siècle il s’allonge en forme d’amande. Au 12e siècle les bords latéraux s’incurvent et l’umbo, qui n’avait d’ailleurs plus de fonction pratique depuis deux siècles, disparaît. Malheureusement le bois et le cuir dont ces boucliers sont faits ne nous sont que très rarement parvenus.

La cuirasse, ou broigne, est peu répandue parmi les combattants jusqu’au 11e siècle. Elle s’arrête au biceps et à la cuisse et peut être réalisée de deux manières "loricata", elle est composée de petites pièces de métal cousues sur une veste de cuir et serait l’ancêtre de la brigandine, de "mailles treslies",elle est faite de milliers d’anneaux entrecroisés selon une technique qui remonte aux Celtes indépendants. L’une ou l’autre technique étant très sensible à la corrosion, il est difficile d’affirmer si, parmi les quelques cuirasses qui nous soient parvenues, il en existe une seule de cette époque. C’est la seconde technique qui se généralise dans la cavalerie noble tout en s’allongeant au cours des siècles et en moulant tout le corps au début du 13e siècle, le guerrier est entièrement cuirassé, pratiquement invulnérable aux coups de poignard et d’épée, et son grand bouclier le protège des coups de lance.

Offensif

Les armes offensives sont d’abord la lance dont on se sert, selon les textes, aussi bien d’estoc que de taille. Les formes, très variées à l’époque mérovingienne, se standardisent, ainsi que les dimensions. Elle supplante rapidement la semispatha, dont elle pourrait d’ailleurs en partie découler, les ultimes semispathae ayant une soie de plus en plus allongée. Moitié moins longue qu’une épée, pour un prix bien inférieur elle autorise une escrime très semblable et elle est très répandue.

L’épée est l’arme la plus prestigieuse du cavalier noble. Les épées de l’époque sont l’objet d’un trafic important vers les pays scandinaves et musulmans, comme d’ailleurs les broignes, répétitivement interdit par les empereurs à partir de Charlemagne, sans résultat.

La hache et le sabre droit, communément appelé scramasaxe, disparaissent au cours du 10e siècle.

La fabrication

Technique mise au point par les Gaulois avant la conquête romaine, le “damas soudé” ou “tor-sadé” consiste à souder entre elles de petites barres d’acier de duretés différentes et à torsader le tout, ce qui lui donne l’élasticité d’un ressort. Des tranchants en acier sont ensuite rajoutés. Le mordançage effectué après un meulage plus ou moins important donne à la lame un aspect très esthétique en révélant les différentes veines de métal.

Cette techique est utilisée jusqu’au 10e siècle pour les épées, jusqu’au 11e pour les pointes de lance, mais elle se révèle trop fragile pour les armes de plus de 90 cm, à une période où les épées tendent à s’allonger jusqu’à un maximum de 110 cm, ce qui multiplie les risques de fractures. A partir du 10e siècle les lames sont d’abord recouvertes d’une pellicule d’acier protectrice, puis les forgerons font appel à une nouvelle technique. Une couche d’acier est soudée sur une plaque de fer doux, puis l’ensemble est replié plusieurs fois à la façon d’une pâte feuilletée. On obtient ainsi des lames extraordinairement souples et tranchantes, pesant de 700 à 900 grammes, pour un poids total de l’arme n’excédant pas deux kilos.

Pourtant cette évolution technologique, qui suppose une meilleure maîtrise de la soudure des surfaces, est insuffisante pour assurer une parfaite solidité dans le cas d’armes dépassant un mètre de longueur. Plutôt que mettre en doute la virtuosité des forgerons, il faut incriminer dans ce cas les contraintes dues aux méthodes de combat qui influent sur la forme de l’arme, l’épaisseur de la lame ne dépassant pas un millimètre d’épaisseur dans la gorge centrale. C’est au 11e siècle que les épées sont les plus longues de tout le Moyen Age, mais c’est aussi la période pour laquellc le plus d’épées nous sont parvenues brisées : un peu plus de la moitié d’entre elles. Au 12e siècle on revient prudemment à des tailles avoisinant les 90 cm, et ce n’est qu’au 16e siècle qu’on franchit à nouveau la barre des 110 centimètres, avec des épées dépourvues de gorge.

Les lances, pour leur part, sont d’une facture complexe et ne se composent pas moins que de cinq éléments : une barre centrale, en damas torsadé, assure la souplesse de l’arme et sa résistance aux chocs latéraux, deux tranchants rapportés sont soudés de part et d’autre du noyau, une douille est enroulée autour de celui-ci et deux crochets décoratifs rajoutés de part et d’autre de la douille. Les lances les plus anciennes sont les plus longues, de 70 à 90 cm, au 12e siècle elles mesurent généralement une trentaine de centimètres.

Les éléments de datation

Les épées

Même si l’évolution des formes est assez lente, même si l’aspect général reste le même, du 8e au 13e siècle les épées changent complètement dans le détail.

Issue de la poignée du “gladius” romain, la poignée de l’épée est au début du 8e siècle entièrement en ivoire ou en bois, parfois recouvert d’une feuille d’or ou d’un décor cloisonné. Les éléments organiques qui constituent le pommeau et la garde sont peu à peu remplacés par du métal, et dès le 9e siècle seule la fusée est en bois.

Le pommeau prend au 8e siècle une forme trilobée soudée à une barre transversale, comme dans le cas de l’épée n0 189. Au 9e siècle le pommeau se simplifie en un demi-disque métallique soudé à la barre transversale, comme celui de l’épée n0 191, puis celle-ci se fond au 10e siècle dans le reste du pommeau (épée n0 193). Au 11e siècle le pommeau s’aplatit et s’étire en "noix de Brazil" comme celui de l’épée n0 194, puis se transforme en disque plat au 12e, avant de s’enfler au cours du 13e siècle. Il est à noter que, contrairement aux mentions des chansons de geste, il ne semble pas que des reliques soient incluses dans le pommeau, y compris dans le cas des épées les plus prestigieuses qui nous soient parvenues. Enfin, les pommeaux décorés sont assez rares à partir du 10e siècle.

La garde, d’abord courte et ovale, devient rectangulaire et ne cesse de s’allonger au cours des siècles. Au 13e siècle, l’extrémité des quillons s’orne de gueules d’animaux fantastiques.

La lame est à peu près rectangulaire dans les deux tiers de sa longueur, puis s’affine lentement vers la pointe. Celle-ci est dans la plupart des cas arrondie. Une gorge large et arrondie court de la garde à la pointe. Dans le courant du 13e siècle la gorge disparaît progressivement et la lame devient pointue et triangulaire.

Les lames sont damassées jusqu’au 10e siècle, décorées par la suite de motifs géométriques ou d’inscriptions. Quelques rares exemplaires sont à la fois damassés et décorés. Les motifs géométriques, croix, cercles, traits parallèles, se maintiennent en se transformant tout au long du Moyen Age. Les inscriptions, d’abord en gros fil d’argent aplati au marteau et soudé sur la lame, puis inséré dans des incisions, consistent souvent en un nom d’atelier compris entre deux croix, le plus fréquent, et le plus ancien, étant +ULFBERH+T, où le T final symbolise peut-être un marteau de forgeron, à moins qu’il ne s’agisse d’une erreur du fabricant. On trouve également les noms de INGELRII, comme sur la lame n0 192, et de GICELIN, parfois suivis de la mention ME FECIT ou ME FIT. Des formules de bénédictions ou de consécrations sont également fréquentes, parfois associées à la marque de fabrique.

Les lances

Elles évoluent moins rapidement que les épées. Elles ont une lame en forme de navette, de feuille de saule ou de triangle selon leur provenance et leur âge. La douille est de plus en plus courte, car c’est l’élément le plus fragile de l’arme. Des ailettes sont situées à la base de la douille, reste d’anciennes tiges de renfort, dont les ligatures sont parfois encore figurées.

En forme de barbelures à section carrée au 8e siècle, comme dans le cas de la pointe n0 202, les ailettes deviennent minces, allongées et rectangulaires au 10e. Au 11e siècle elles sont courtes et triangulaires, comme sur la pointe n0 206.

Les grandes modifications du 13e siècle

Les combats devenant une suite de charges menées par des groupes compacts de cavaliers, l’armement est entièrement modifié pour s’adapter aux nouvelles contraintes de cette forme de lutte. La lance complexe de la période précédente disparaît complètement pour être remplacée par des fers plus courts, non damassés, résistant au terrible choc de cavaliers chargeant au galop. Sa forme survit toutefois jusqu’au 15e siècle dans des épieux, faits cette fois d’une simple plaque d’acier forgée autour d’un noyau de fer doux, comme les pointes n0 211 et 212. Les ailettes sont percées de trois trous disposés en triangle, caractéristiques des armes qu’on retrouve entre les mains de la piétaille et des chasseurs, tels qu’ils sont figurés par exemple dans les Très Riches Heures du duc de Berry.

L’armure se transforme, des plaques de métal couvrant le torse, l’abdomen et la tête. Les coups de taille à l’épée ne pouvant plus mordre dans ce type d’armure, on abandonne l’épée tranchante et souple au profit d’une épée rigide et pointue faite pour les coups d’estoc, illustrée par les n0 195, 196 et 197. L’usage de la hache est remis à l’honneur, et comme il est désormais plus difficile de percer une armure que d’assommer son propriétaire ou de lui casser un membre, on introduit l’usage de la masse et du fléau d’arme. Dans des batailles où la lance ne sert souvent qu’au premier choc et où l’épée est trop courte pour atteindre un adversaire de toute façon bien protégé, le nombre des victimes nobles diminue de façon spectaculaire à la bataille de Bouvines (27 juillet 1214) seuls deux chevaliers français furent tués, selon le commentaire officiel. Quoi qu’il en soit, la piétaille roturière continue à payer d’un prix élevé sa participation aux combats de l’aristocratie mais la relative sécurité du combattant bardé de fer transforme la mentalité même du combat, et il est moins important de tuer son adversaire que de tenir honorablement sa place.

L’ARMEMENT DU 14E ET DU 15E SIECLE

L’armement défensif

Si le 11e siècle peut être appelé l’âge d’or de la lance, le 15e siècle est celui de l’armure. Rendue nécessaire par la systématisation de la charge frontale à la lance, elle reçoit de constantes améliorations. Il est en fait extrêmement difficile de dresser, pour cette époque, un paysage complet et uniforme de l’armement. Celui-ci, surtout en ce qui concerne les différentes pièces de “harnois” est d’une grande richesse de formes, et offre de nombreuses possibilités de combinaisons, selon la fortune du combattant, mais aussi selon le genre de combat qu’il se prépare à mener : combat à pied, à cheval, assaut d’une place forte, joute.

Protection de la tête

La tête est d’abord protégée par un lourd heaume cylindrique, tout en métal, ajusté sur un sous-casque garni intérieurement de tissu, le bassinet. Bientôt, le heaume cylindrique n’étant plus utilisé qu’au tournoi, le bassinet, garni d’une visière amovible, ou mézail, reste seul employé. Un camail de mailles, également amovible, protège la gorge. Ce camail sera lui-même recouvert, au 15e siècle par un gorgerin métallique, qui finit par envelopper tout le cou vers 1490, avant que le bassinet ne soit remplacé, au début du 16e siècle, par un casque à ventaille et mentonnière articulées, emboîté directement sur le gorgerin.

Protection du corps

Le chevalier du 14e siècle porte par-dessus son vêtement de mailles une brigandine ou un jazeran dont le nombre de plaques et l’ajustement sont proportionnels au prix. Bientôt, seules les manches et le bas de la cotte sont en mailles, la poitrine et le ventre étant protégés par la brigandine. Celle-ci est elle-même recouverte, au 15e siècle, d’une “pansière”, protégeant le ventre et les hanches, puis d’un plastron, recouvrant le torse. La brigandine est alors abandonnée, la pansière et le plastron étant réunis en une seule pièce. Au bas de la pansière, on rajoute des “tassettes” pour protéger la jointure avec les harnois de jambes.

Protection des membres

Destinés à protéger les os et les articulations des coups pouvant briser, endolorir ou trancher, les harnois de jambe et de bras doivent cependant avoir assez de souplesse pour permettre de combattre et de se déplacer. Le problème est d’autant plus délicat que le cavalier doit également tenir en selle, et qu’ainsi l’armure ne doit pas recouvrir la face interne des cuisses.

L’armure de plates laisse ainsi la place au “harnois blanc”, entièrement composé de pièces forgées, d’où les mailles ont pratiquement disparu. Ce type d’armure connaît son apogée au milieu du 15e siècle : le cavalier en selle est alors pratiquement invulnérable. A terre il est encore très difficile à blesser, à moins que, pour être plus agile, il n’ait enlevé les solerets “à la poulaine” qui protègent les pieds mais entravent considérablement la marche. Un grand nombre de combattants de la guerre de Cent Ans ont ainsi été blessés au pied ou au talon.

Le poids de l’armure est variable selon la combinaison adoptée, mais réparti sur tout le corps et il permet au combattant de courir, sauter en selle, et de monter à l’échelle, au prix, toutefois, d’un entraînement physique prolongé.

L’armement offensif

Le grand développement de l’arbalète et surtout des armes à feu vient toutefois imposer des limites à l’invulnérabilité des combattants en armure. Ces armes ne sont d’ailleurs pas les seules à pouvoir percer les harnois blancs : la masse, la hache, les différentes vouges et piques qui seront à l’origine de la hallebarde permettent de fausser ou de fendre les épaulières et les bassinets. Maniés avec dextérité, le marteau d’arme n° 223 ou l’épée n0 200 peuvent percer la pansière. L’arc long lui-même, si puissant et si précis qu’il constitue l’arme décisive des guerres du 15e siècle, permet de tra-verser les points les plus vulnérables de l’armure, ou du moins d’abattre la monture du combattant.

L’arbalète

Couramment employée dès le 10e siècle, condamnée d’ailleurs par l’église au 12e siècle en raison de son efficacité meurtrière, c’est une arme puissante, mais d’un maniement délicat qui en fait une arme de spécialistes. Sa cadence de tir est faible et en rase campagne elle est moins performante que l’arc long, mais à l’abri des remparts d’une ville assiégée elle permet de percer toutes les armures. Les plus grandes ont un arc si puissant qu’on ne peut le bander qu’à l’aide d’un treuil amovible, le croc, dont un exemplaire est exposé sous le n° 227. Les plus répandues se bandant avec un cranequin, sorte de cric solidaire de l’arme. Le projectile, le garrot, est court, terminé par un fer quadrangulaire. La pointe n° 225 est probablement du 14e ou du 15e siècle.

L‘artillerie

Elle fait son apparition à Crécy, en 1346, mais les canons sont lourds, fragiles, sans affût permettant de les pointer et de viser. On les fabrique d’abord en bois cerclé d’acier, puis en fer. La munition est en pierre, de petit diamètre, taillée à la main. Les imperfections nombreuses provoquent l’explosion des pièces et les canonniers ont ordre de se confesser et de ne pas jurer au moment de servir leurs pièces, pour le salut de leur âme. L’artillerie est surtout utile au cours d’un siège pour abattre une muraille ou percer une porte, et ce n’est qu’après l’invention de l’affût mobile qu’elle aura quelque effet au combat, comme à la bataille de Castillon, en 1453. C’est ce genre de canon léger, en bronze, à chambre forée, qui est illustré par la pièce n0 224. L’histoire de l’armure et de l’épée ne s’arrête pas au 15e siècle : on en porte encore, sous une forme bien différente, en 1914. Mais les progrès des armes à feu donnent désormais le pas aux dif-férentes formes de canons, fusils et pistolets, et l’intérêt des combattants va de plus en plus vers une amélioration de la portée et de la cadence de tir des armes à feu, au détriment du développement des armes blanches.

 

©Olivier Bouzy