JEANNE DANS LES MARGES. MISSELS 1890-1920

Présentation de l’exposition réalisée à l’occasion des fêtes 2001 à la Maison de Jeanne d’Arc.

Le centre Jeanne d’Arc a choisi de consacrer son exposition annuelle à des ouvrages de piété dits «missels de Jeanne d’Arc», livres tout à faits caractéristiques de la culture du tournant des XIXe et XXe siècles.
Les collections du Centre disposaient de quatre éditions (Mame à Tours, Zech et fils à Braine-le-comte, Mélottée à Limoges, Lelarge et Chambard à Paris) auxquelles sont venues s’ajouter quatre autres provenant d’une collection privée (Barbou à Limoges, deux différents de J. Depelley à Limoges, Roux et Marchelot à Dijon).

Les éditeurs religieux ont profité de l’élévation certaine du niveau de lecture apportée dans tout le pays par le grand effort de scolarisation accompli depuis le milieu du XIXe siècle et surtout avec les lois scolaires de la Troisième République. Ils ont également bénéficié du renouveau religieux français, d’autant plus évident que s’affirmait en contre partie le très fort courant laïc qui a mené le combat pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat (qui survint en 1905). Tout cela n’aurait pas permis la présente exposition si, en plus, la mémoire de Jeanne d’Arc n’avait pas bénéficié d’une extraordinaire popularité entretenue par presque tous les courants de pensée politique et par l’enseignement public.

Les missels présentés sont johanniques par leurs illustrations, celles-ci sont d’abord essentiellement anecdotiques : elles racontent la vie de Jeanne en marges et en vignettes et, pour les plus luxueux exemplaires, en hors-textes, parfois en deux exemplaires de deux couleurs. Avant 1909, rien dans le texte religieux n’évoque la Pucelle, elle est présentée seulement en décoration comme une héroïne modèle dont les détails de la vie sont évidemment connus de tous grâce à l’éducation reçue tant à l’école publique que dans la vie privée et familiale. Une mention religieuse de Jeanne d’Arc n’apparaît après la béatification de 1909 que dans de rares illustrations rajoutées (glorification représentée par une apothéose entourée d’anges). Il faut attendre la canonisation de 1920 pour que, logiquement, soit inséré l’office en l’honneur de la nouvelle sainte.

L’exposition propose donc chacun des missels et leur iconographie.
Six panneaux présentent :

les raisons historiques pour lesquelles les éditeurs ont eu l’idée de proposer ce type précis de sujet pour embellir des livres destinés surtout à être des cadeaux-souvenirs et marquer les grands événements de la vie, en particulier les communions solennelles, cela explique aussi la richesse des reliures et leur personnalisation (monogrammes)
-la vie de Jeanne d’Arc, avec une série minimum des grands moments selon les choix faits par les commanditaires et leurs artistes (panneau double)
-les artistes connus ou obscurs, dont les manières différentes sont le bon reflet des goûts des trente ans envisagés : Belle époque et Art nouveau. Trois artistes, alors déjà confirmés, sortent du lot: Henri Carot et Victor Prouvé pour Lelarge et Chambard, et surtout Luc-Olivier Merson (1846-1920) dont les hors-textes et les marges, chez Mame, sont nettement les plus inventifs
-un des messages que véhicule le choix iconographique de ces missels: la valeur essentielle du système monarchique, celui que Jeanne a soutenu en menant Charles VII jusqu’à Reims. La propagande reste discrète, mais demeure aujourd’hui encore perceptible
-l’aboutissement des efforts qui furent entrepris pour promouvoir une nouvelle sainte. Efforts cléricaux et aussi patriotiques, que devaient relayer, par leur choix même, les acheteurs de ces ouvrages. La canonisation de 1920 fut autant l’œuvre de la pression des fidèles que celle des autorités nationales françaises.

Dans les vitrines sont d’abord présentés à titre de comparaison d’autres missels de la même époque, et de genre divers, de toutes tailles, destinés à ce public désormais parfaitement capable de lire. On y a joint également quelques objets de piété johannique, issus du musée Historique de l’Orléanais et de collections privées, afin de montrer la variété de l’expression du culte de Jeanne.
Les éditeurs religieux n’avaient pas dans leurs catalogues seulement ces livres de messe, il leur fallait rentabiliser les planches gravées : elles ont donc servi, surtout celles de Carot et de Merson. dans bien d’autres ouvrages soit pieux, soit simplement historiques, une vitrine est consacrée à la déclinaison éditoriales de ces modèles.

Il nous était impossible de permettre de feuilleter les ouvrages, et, faute de place, d’exposer chaque page en photographie, aussi un montage vidéo offre aux visiteurs qui le désirent le déroulement de chaque série de marges avec l’identification de chaque scène.

©Françoise Michaud-Fréjaville