10 ans d'enrichissement des collections du Centre Jeanne d'Arc

8 juin au 5 novembre 2000

Il y a maintenant un quart de siècle que la ville d'Orléans a créé le centre Jeanne d'Arc et, tout en prenant garde de ne pas tomber dans le travers des excès d'anniversaires, il nous a semblé bon de faire une petite respiration au tournant de l'âge des catherinettes, dont la sainte patronne est si familière à la Pucelle et ses historiens. Les rôles essentiels du Centre sont le service documentaire et l'aide aux chercheurs et amateurs. Pour cela il faut se tenir au courant des nouveautés et les informations de nos correspondants se révèlent précieuses. Le Centre est aussi un lieu d'échanges de savoir, d'idées, d'arguments. On y sait l'accueil courtois, l'écoute cordiale et le courrier assez rapide. On connaît notre boulimie de papier, de nouvelles, d'images, d'objets et de sons et tous ceux qui pensent pouvoir apporter leur contribution à notre accumulation sont heureux et même fiers de poser ou d'envoyer leur petite ou grosse pierre au patrimoine de la ville. Tout cela est enregistré avec un égal sentiment de nous trouver en phase avec nos divers publics.

Au bilan, le Centre ressemble cependant à la caverne des contes de notre enfance et les cahiers d'inventaire évoquent irrésistiblement un célèbre et méticuleux mammifère d'Amérique qui ne s'y trouve pourtant pas, à moins qu'il ne se cache dans des cartons non encore achevés d'inventorier.

Pas tout à fait à côté du Centre, et trop loin à notre goût, se trouve la Maison de Jeanne d'Arc, cette « vitrine grand public » destinée à faire mieux connaître l'héroïne du XVe siècle et à affirmer la fidélité que lui voue la ville qu'elle a délivrée. Les expositions s'y sont succédé depuis cinq lustres, au rythme de une à deux par an, parfois plus. Pour chacune d'entre elles les responsables ont commencé par ouvrir les armoires aux trésors pour trouver au Centre même les objets, les images, les textes nécessaires et en même temps ils ont cherché à compléter par emprunts ou par achats des fonds parfois un peu répétitifs ou trop maigres. On peut ainsi lire ensuite dans les colonnes d'inventaire l'apparition et le développement de sujets privilégiés : les gravures, le cinéma, les vitraux, les objets familiers, les maisons de Jeanne. A la suite de ces présentations « grand public » nos yeux, et ceux de nos amis et correspondants restent souvent attirés par ce qui se rapporte à ces thèmes et nous continuons, dans la mesure de nos moyens à recueillir petites coupures de presse et grandes statues. Nous n'avons pas, bien sûr, prétendu cette année tout montrer : le choix n'est donc qu'une toute petite sélection, son éclectisme reflète la richesse du personnage auquel nous nous consacrons et en même temps rappelle la diversité de nos moyens d'enrichir une collection qui se veut ouverte à tous.

D'abord les textes et les livres. Honneur est rendu aux fondements mêmes de notre connaissance : manuscrits, microfilms, éditions de miracles, bibliographies se rapportant directement à Jeanne d'Arc et à Orléans à son époque, ouvrages et mises au point historiques permettant de mieux comprendre le XVe siècle. La copie et la collation de ces sources est un témoignage de la curiosité du passé . Ensuite viennent thèses et mémoires de toutes nationalités et de tous genres (histoire, art et littérature) sur les divers aspects de notre héroïne, puis les hommages et études variés : biographie, essai, théâtre, y compris des réactions d’humeur et une honnête vulgarisation . Mais à côté de ces travaux pour chercheurs notre désir est aussi de rappeler la relation avec un personnage qui a touché autant le coeur et l'âme que la raison en présentant missel , bandes dessinées et romans.

Les images ont largement popularisé les divers épisodes de la vie de la Pucelle, elles ont servi pour de multiples propos : images pieuses depuis les étapes de la canonisation, affiches de théâtre, pour une pièce oubliée ou un chef-d'oeuvre, annonces des fêtes d'Orléans (1955/1958), dessins politiques et imageries populaires, couvertures de partitions de pianos pour salons bourgeois. Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir exposer l'original d'une célèbre Couverture de journal satirique et le bois de la Romance de Jeanne d'Arc. Les aspects artistiques du développement du culte de Jeanne d'Arc entre 1760 et 1940 sont largement évoqués par quatre programmes décoratifs destinés à des églises : les vitraux de la cathédrale d'Orléans (projet non retenu de l'atelier Bazin, la verrière de la chapelle du Mans, les mosaïques de Saint-Pierre-le-Moutier et le grand carton anonyme qui est l'emblème de cette exposition et dont nous ignorons s'il fut réalisé quelque part.

Les objets représentant Jeanne ou évoquant sa vie nous permettent de mettre en valeur l'évolution du goût et d'évoquer les aléas de l'histoire : les statues de grande taille ont eu parfois des existences agitées : celle de Maxime Real del Sarte a quitté l'atelier du sculpteur pour une chapelle parisienne puis un jardin de la banlieue orléanaise, non sans brisures dommageables. De fragiles biscuits côtoient vrais et faux bronzes. Un grand classique, la Jeanne en prière de Marie d'Orléans a rejoint sous notre toit au cours de cette dernière décennie une Jeanne bergère en terre cuite de 1945.

Mais on ne rencontre pas Jeanne qu'en statues, les assiettes « parlantes » ont connu une vogue remarquable nous avons ici donné une place méritée à Gien, et à des formes de souvenirs tous récents : les fèves d'un parcours suivant les étapes de Domrémy à Rouen.

L'audiovisuel ne devait pas être oublié, les conditions techniques et financières tout comme le confort de nos visiteurs rendent difficile le passage en continu d'opéras classiques ou rock et interdisent la projection publique de longues séquences de films ou de débats, nous pouvons alors revenir au début de cette introduction et rappeler qu'au Centre il est possible de regarder les Jeanne d'Arc de ou Rivette et de retrouver Régine Pernoud au cours de quelques discussions passionnées.

Cette rétrospective est l'occasion de redire notre gratitude envers ceux qui nous permetent d’enrichir nos collections. En premier lieu la ville d'Orléans et ses citoyens : nous ne pouvons accueillir au Centre tous les habitants de notre cité, il est juste de leur permettre d'avoir une idée grand public de nos activités. En nous permettant d'aller au delà de ce que nous pouvions acquérir grâce à la dotation financière propre du Centre, des particuliers, vendeurs ou donateurs, généralement eux-mêmes héritiers ou collecteurs de livres ou d'objets se rapportant à Jeanne d'Arc, nous ont souvent dit que ces souvenirs dont ils se séparaient « ne pouvaient être bien que là ». L'Association des Amis du Centre Jeanne d'Arc reste l'interlocutrice privilégiée en cas d'urgence et nous accorde son ferme appui pour des restaurations de longue haleine. Le conseil Général du Loiret participe généreusement à cet effort de sauvegarde de nos collections. Enfin, les chercheurs, artistes, étudiants qui ont eu recours à nous font généralement don d'un dossier documentaire, d'un exemplaire de leurs travaux, parfois d'une première ébauche, hommages combien précieux.

Tout cela ne serait que de l'autocélébration en circuit fermé si le sujet même de notre recherche et de nos expositions, Jeanne d'Arc, la Pucelle d'Orléans, ne demeurait aujourd'hui un personnage à la fois toujours familier et encore inexpliqué.

©Françoise Michaud-Fréjaville