JEANNE AU THEATRE : DECORS DU XIX e SIECLE

Le début du XIXe s. siècle a été marqué par l’incroyable succès à partir de 1801 de la Jungfrau Von Orléans (la Pucelle d’Orléans) de Friedrich Von Schiller (1759-1805) dont la faiblesse historique n’a alors pas paru étrange, tant le romantisme, la sensibilité, l’élan patriotique convenaient à une Europe bouleversée par la Révolution française et ses-conséquences pour les nations.
La pièce de Schiller fut traduite dès 1802 en de nombreuses versions et Guiseppe Verdi en fit tirer un livret pour un opéra en 1845. Des imitateurs dramaturges proposèrent entre 1805 et 1850 une quinzaine d’œuvres en vers dont la Jeanne d’Arc de Soumet (1825) qui eut du succès grâce à la célèbre Mlle Georges. On connaît aussi pour ce premier demi siècle cinq vaudevilles ou pantomimes dont certains particulièrement “ineptes”, selon des commentateurs, ce que ne dément pas au début du XXIe siècle une lecture des synopsis conservés ! On dénombre également trois drames lyriques et enfin seulement quatre drames en prose dont seuls deux furent représentés.


Le centre Jeanne d’Arc a acquis en vente publique le 12 novembre 2001, neuf aquarelles originales qui évoquent le cadre des épisodes les plus connus de la vie de Jeanne. Leur destination réelle de maquettes de théâtre est attestée par la présence des rideaux bordeaux qui encadrent le décor de la porte de Compiègne (7e tableau). Un scène est absente, celle du procès de Rouen, et lors du désencadrement des sous-verre nous avons constaté, grâce aux numéros inscrits au dos, qu’il manquait bien le "8e tableau" d’un ensemble qui en comportait donc dix. Nous disposons ainsi des décors intitulés par l’encadreur ancien:

Domremy
Chinon
Présentation de Jeanne d’Arc à l’année royale
Orléans assiégée
Le parvis de Reims
Le cortège royal à Reims
Compiègne
Place du Vieux Marché
L’apothéose de Jeanne d’Arc.

Le style des personnages qui figurent dans les premiers, troisième, sixième et dixième tableaux permet d’attribuer les décors à la première moitié du XIXe siècle. La maison natale de Jeanne d’Arc a son allure d’avant 1818, le roi Charles VII a un costume des plus “troubadour”, devant l’armée comme lors de la procession du sacre, et Jeanne elle même défile avec un grand béret à plumes. Toutes ces représentations, classiques depuis le XVIe siècle, furent abandonnées après les travaux de Viollet-le-Duc (Dictionnaires raisonnés de 1854 et 1855) et de Paul Lacroix (1806-1888) sur les costumes. les armures et le mobilier médiévaux.

Par élimination successives des oeuvres non jouées puis des pièces dont les actions ne se déroulent pas dans l’ensemble des lieux des maquettes nous sommes arrivés à proposer, avec la prudence d’usage. l’identification du drame en prose de Charles Desnoyers Jeanne d'Arc, drame national en cinq actes et dix tableaux, publié dans la France dramatique au dix-neuvième siècle chez N. Tresse, 1847, 46 p. et joué pour la première fois au Théâtre de la Gaité à Paris le 17 avril 1847, Jeanne Langhers tenait alors le rôle de l’héroïne. il existe néanmoins des différences entre certaines des indications de l’auteur et les maquettes que nous présentons. Même si le déroulement des tableaux est vraiment très proche, de Domremy jusqu’à l’apothéose de l’héroïne, on doit supposer de la part du décorateur et du metteur en scène des libertés qui auraient été acceptées par l’auteur. Charles Desnoyers (1806-1858) fut un dramaturge assez célèbre en son temps qui eut le goût des pièces historiques et écrivit entre autres un Radeau de la Méduse (1839) d’après le célèbre fait divers, et Le roi de Rome (l850).

La Jeanne d’Arc de Desnoyers faisait preuve à la fois d’imagination et d’un certain engagement politique. Celui-ci se manifestaient dans la scène de l’apothéose : on y faisait allusion au 14 juillet et à la révolution de 1830. Le martyre de Jeanne avait révélé au peuple de France l’amour de la patrie et le modèle du sacrifice
“Car de ton bûcher commence
La marche d’un grand peuple à la gloire, au bonheur”


©Françoise Michaud-Fréjaville