Le château de Mehun-sur-Yèvre

Le château de Mehun-sur-Yèvre, repensé sur ordre du duc de Berry à partir de 1367, fut une des demeures préférées du roi Charles VII, qui y mourut en 1461.
Délaissé par ses successeurs qui préféraient résider dans le Val de Loire, le château de Mehun-sur-Yèvre commença à se délabrer. Frappé par la foudre à plusieurs reprises, en partie incendié, il servit encore de résidence à des garnisons jusqu'au XVIIe siècle, mais se transforma peu à peu en une superbe ruine, malgré quelques réparations sommaires. Vendu comme bien national après la révolution, il servit de carrière de pierres à un entrepreneur qui n'en laissa que le donjon et une demie tour. Depuis 1817, il appartient à la ville de Mehun.

Installé à l'extrémité d'un éperon calcaire dominant la vallée de l'Yèvre, le donjon domine largement les environs et permet d'observer les alentours dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres.
Le site a donc une réelle importance stratégique, qui fut mise en valeur très tôt : l'existence d'un château est mentionnée dès 1025.
Des fouilles effectuées dans les caves ont permis de découvrir plusieurs états antérieurs à la construction du château actuel. Un habitat seigneurial des environs de l'an mil, comprenant au moins un bâtiment à piliers de bois, fut remplacé par un habitat en pierre dès le XIe siècle. Enfin, un château fut construit à partir de 1196, sous le règne de Philippe Auguste.

En 1391, alors qu'il était chargé de capturer le capitaine brigand Merigot Marchès, le duc de Berry reçut deux ambassadeurs anglais venus plaider la cause du capitaine, qui les avait longtemps servi : "et vinrent à Mehun-sur-Yèvre, un château à lui, et là l'une des plus belles maisons du monde y avait pour lors, car le duc de Berry excellemment y avait fait ouvrer et enjoliver et édifier, et avait bien coûté trois cent mille francs… (Kervyn de Lettenhove, Œuvres de Froissart, t. 14, Bruxelles, 1872, p. 196). Le chiffre cité de 300.000 francs est probablement approximatif, néanmoins, le franc "à cheval" de 1364 pesant 3,8 grammes d'or et valant 20 sous, on voit que Froissard estime le coût des aménagements du château à environ une tonne d'or, à une époque où le salaire quotidien d'un ouvrier est de quatre sous, soit un peu plus de quatre francs par mois.

Le château fut construit en réutilisant certaines parties du château de Philippe-Auguste. La tour de l'est, dont la structure interne fut remise au jour par les destructions du XIXe siècle, avait été entourée d'une chemise de pierre. Il ne reste cependant rien de ce qui fut sans doute la plus extraordinaire des transformations du logis, qu'on ne peut deviner qu'à l'examen des images qui nous sont parvenues, notamment l'illustration des Très Riches Heures du duc de Berry. Pour augmenter la taille de la salle d'apparat du premier étage du bâtiment sud, une extension lui fut ajoutée à l'ouest. Le mur pignon de la salle dut être construit en biais entre la tour "du Trésor" et la tourelle d'escalier.

Demeure de plaisance ou de prestige comme le sera le château de Chambord, le château de Mehun-sur-Yèvre est aussi une forteresse imprenable : il sera utilisé, à l'instar de la forteresse de Loches, pour y abriter des membres de la famille royale en cas de troubles. Ainsi, en octobre 1414, au plus fort de la guerre entre Armagnacs et Bourguignons, l'héritier du trône, le duc de Guyenne, quitta-t-il Paris pour se réfugier à Mehun-sur-Yèvre. Le duc de Berry, décédé le 15 juin 1416, ayant légué son château de Mehun au futur Charles VII, celui-ci y installa en 1419 sa future femme, Marie d'Anjou. Enfin, c'est à partir des domaines constituant l'apanage du duc de Berry - Berry et Poitou - qui venaient de faire retour au Domaine, que Charles VII prépara la reconquête de son royaume.

Jeanne d'Arc vint à Mehun-sur-Yèvre à deux reprises, en octobre 1429, à la fin de la chevauchée du sacre, et en décembre, au lendemain de la tentative à demi réussie contre les places fortes tenues sur la Loire par le routier Perrinet Gressart : Saint-Pierre-le-Moûtier et la Charité-sur-Loire. Jeanne, qui avait probablement déjà été anoblie à titre personnel en reconnaissance de la levée du siège d'Orléans, vit à cette occasion cet anoblissement étendu à toute sa famille. Si l'acte original en latin ne nous est pas parvenu, nous en possédons deux copies, du XVIe et du XVIIe.

©Olivier Bouzy